Martina Zatkova

ccn, Tuchoměřice, République tchèque

L'hospitalité. Témoignage

1400 kms pour trouver la solidarité

La communauté du Chemin Neuf en République tchèque écrit depuis 24 ans son histoire sur la colline de Tuchoměřice, un village à l’ouest de la capitale.

A l’origine, résidaient dans ce monastère les Jésuites ; plus tard, le lieu a appartenu aux soeurs de saint Charles Borromée, qui soignaient les malades. Pendant l’époque communiste, le monastère est devenu un hôpital d’état pour les personnes âgées. Enfin, le monastère et la paroisse ont été confiés à la Communauté il y a 24 ans. Aujourd’hui, nous sommes quatre célibataires, deux familles, une veuve, trois étudiantes, à habiter la maison, et, depuis le mois de mars, une famille ukrainienne de 8 membres. C’est cette nouvelle expérience de croissance des habitants de la maison de 14 à 22 personnes qu’on aimerait partager avec vous. Mais, sortons d’abord de chez nous et passons par le village pour monter jusqu’au monastère. Avec l’invasion en Ukraine depuis le 24 février, à peu près 200 000 réfugiés ont été accueillis en République tchèque. Tuchoměřice, un village de 1 600 habitants, accueille actuellement 93 réfugiés d’Ukraine, ce qui fait 6% des habitants du village. Ce sont surtout les familles qui ont réagi, on pourrait dire immédiatement, pour les accueillir avec beaucoup de compassion. C’est dans ce mouvement d’hospitalité du village, et au milieu d’une semaine d’Exercices Spirituels, que la demande des amis de la paroisse nous est arrivée. Encouragés par la lettre de notre berger François Michon, nous avons accueilli la famille de Svetlana et Sergej, qui ont 8 enfants. Nous étions unanimes dans la maison pour faire cet accueil. D’abord sont arrivés les deux premiers membres de la famille, et c’était un peu dramatique. Sergej venait de découvrir, juste deux semaines avant l’invasion, qu’il avait un cancer au cerveau. Leur fille Slava venait d’accoucher de son premier bébé qui avait 8 jours quand ils sont partis. Les secouristes tchèques ont aidé pour le transport, car le transport « classique », comme pour les autres réfugiés, n’était pas possible. Ces deux premiers réfugiés sont arrivés le 4ème jour des Exercices Spirituels, jour de la miséricorde. Svetlana est arrivée une semaine plus tard, avec quatre autres enfants entre 5 et 12 ans. Les trois autres enfants sont restés en Ukraine.

L’aventure commence : déménagement des étudiantes pour libérer l’appartement, rénovation des toilettes, achat d’une machine à laver par les amis du village, et d’autres petits ajustements pour notre vie quotidienne. Heureusement, la proximité des langues slaves nous aide au départ. Tous les membres de la famille se sont intégrés, chacun à sa manière, dans le rythme de la maison. Les enfants ont repris l’école et retrouvent la joie avec leurs nouveaux copains, Sergej vient de commencer sa thérapie, Slava, avec sa petite fille, s’habitue à son rôle de mère. Svetlana vient deux fois par semaine cuisiner avec nous et commence à parler de mieux en mieux tchèque.

Nous sommes les témoins d’une grande solidarité et d’une belle gratuité dans le village. Ce qui se passe est merveilleux et réunit les habitants du village, les paroissiens, avec la Communauté.

Cet article fait partie du numéro 73 de la revue FOI

La guerre et la paix

Juin-juillet-août 2022

Vie de la Communauté  

Ces articles peuvent aussi vous intéresser…

Dialoguer en famille

En famille, apprendre à aimer et à dialoguer !

Bénédicte Le Callennec

Rêvons un peu… Dans la « famille idéale» , chacun pourrait exprimer ses émotions en toute sécurité, développer sa personnalité, recevoir et donner, partager ses idées avec les autres membres du foyer… pour ensuite être en mesure de se déployer à l’extérieur de la famille. Mais v...

Hommage

Emile Shoufani : l’homme du dialogue

Béatrice Bourrat

« Toute ma vie j'ai voulu faire de cette terre un signe de réconciliation pour tous »1. C’est pendant l’une des étapes les plus dramatiques de l’histoire de l’Etat d’Israël et de la Palestine que le père Emile Shoufani s’en est allé. Cet homme se sera battu jusqu’au bout pour ai...