Emmanuel Proix

prêtre, ccn, Nantes

Témoignages

A cause de son amour pour moi

À l’âge de 18 ans, alors que j’étais parti commencer mes études à Lyon, j’ai rencontré des amis habitant au foyer rue Henri IV. Ils étaient tellement joyeux, simples et leur foi était si vivante et vraie que ça m’a donné envie de vivre la même expérience.

Quelques mois plus tard, je suis arrivé au foyer. En décembre suivant, dès le début de la retraite « Jéricho », je devais constater que la joie fraternelle et la foi vivante auxquelles j’aspirais n’étaient pas là. Au fond de mon cœur, lourd et triste de ne pas être à la hauteur de mes ambitions, j’entends Dieu qui me dit un soir : « C’est ma tendresse de Père que je te donne aujourd’hui ». Dieu, Celui que je cherchais sans vraiment le savoir, d’un coup venait de me révéler son amour. Avant d’avoir des réponses à mes questions, j’ai compris que j’étais aimé d’un Père depuis toute éternité.

Dans le cœur à cœur de la prière, au milieu de la retraite je reçois deux cadeaux. D’abord, le bouleversement de l’appel de Dieu : Dieu m’invite à sa suite et à déplacer mes désirs de vie de famille, de vie professionnelle. Ensuite, m’est venue comme une évidence : la vie que Dieu m’a donnée, je dois la lui rendre, m’offrir à cause simplement de son amour pour moi, dans le baptême dans l’Esprit Saint.

L’expérience de cette retraite est pour moi aussi, très concrètement, d’avoir vu des sœurs, des frères, partageant, travaillant, au service, disponibles pour chacun, et tous très différents, de différentes confessions chrétiennes mais annonçant ensemble le même Jésus. Ces personnes-là, mariées ou consacrées semblent pouvoir tout se dire, rire d’elles-mêmes, être données pour la mission. Cette vie-là, en communauté me dit quelque chose de Dieu, de la vérité qu’Il y a en lui, de l’unité qu’Il fait grandir.

Après quelques mois, avait grandi en moi le désir de consacrer toute ma vie à ce Dieu qui m’aimait tant. Au cours de l’été 2005, lors des JMJ à Cologne, pour la première fois de ma vie, j’ose formuler de manière explicite : « Seigneur, à quoi m’appelles-tu ? ». Jésus m’a répondu en me laissant toute liberté : « Si tu le choisis, Emmanuel, tu peux dire oui, car moi, Dieu, je t’appelle à cette vie consacrée que tu désires, c’est-à-dire à tout perdre à cause de moi (Ph 3, 8) ». L’appel était là, et je l’avais entendu. J’ai commencé donc en revenant des JMJ l’année de Bethléem, tout en continuant mes études.

Pendant cette année, je suis parti en échange Erasmus en Pologne, à Lublin, où la Communauté venait de recevoir une maison en périphérie de la ville. Pendant six mois j’ai vécu la vie communautaire avec un frère prêtre, en étudiant d’une part, et d’autre part en participant aux missions à Wesola quasiment tous les WE. Ces six mois riches et denses ont fait résonner très profondément l’appel que Dieu m’avait fait entendre. Le désir de mon cœur était bien celui de « tout perdre », et la forme que je désirais était bien celle du célibat consacré et du sacerdoce dans la Communauté. Depuis mon premier engagement au célibat, et mon engagement à vie en 2015, je ne cesse de découvrir que la source de la vraie joie à laquelle j’aspirais est Dieu le Père, qui réside particulièrement dans les frères et sœurs qu’il me donne au quotidien, et avec lesquels Il m’appelle.

Ordonné prêtre en 2020, je ne cesse de m’émerveiller de ce que Dieu a fait pour moi. J’ai choisi de tout perdre, « à cause de la supériorité de la connaissance du Christ Jésus mon Seigneur » (Ph 3, 8). Pourtant, j’ai souvent l’impression que le chemin ne fait que commencer, et « je poursuis ma course pour tâcher de saisir, ayant été saisi moi-même par le Christ Jésus. » Ph 3, 12. E. P.

Cet article fait partie du numéro 78 de la revue FOI

LE CHEMIN NEUF FÊTE SES 50 ANS

septembre-octobre-novembre 2023

Vie de la Communauté  

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