Rev Dr Peniel Jesudason Rufus Rajkumar

Coordinateur de programme - Dialogue et coopération interreligieux, Conseil œcuménique des Églises, Genève

Œcuménisme et Interreligieux

Aimer et servir nos semblables dans la solidarité interreligieuse

En août 2020, au plus fort de la pandémie mondiale COVID-19, le Bureau du dialogue interreligieux du Conseil oecuménique des Églises (COE) et le Conseil pontifical du Vatican pour le dialogue interreligieux (PCID) ont publié un texte conjoint intitulé : « Servir un monde blessé dans la solidarité interreligieuse: un appel chrétien à la réflexion et à l'action pendant le COVID-19 et au-delà ».

Ce document aborde une question principale : « Qu’est-ce que cela signifie pour les Chrétiens d’aimer et de servir nos semblables dans un monde ou la pandémie du COVID-19 a infligé des souffrances généralisées? ». Dans un contexte où le coronavirus a franchi les frontières et a affecté des personnes indépendamment de la région et de la religion, le document reconnaît l’importance d’une réponse qui transcende également les frontières et affirme la nécessité pour le service chrétien de prendre la forme et l’esprit de la solidarité interreligieuse.

Un projet sur la solidarité interreligieuse

Ce document devait, à l’origine, faire partie d’un projet conjoint entrepris par le Conseil pontifical pour le dialogue inter religieux et le Bureau du dialogue et de la coopération interreligieux du COE. Depuis 1977, les deux bureaux travaillent en collaboration pour favoriser l’engagement inter religieux sur le plan œcuménique. Ils ont entrepris des projets communs sur la « prière interreligieuse» (1994); «Réflexion sur le mariage interreligieux» (1997); «Le témoignage chrétien dans un monde multi-religieux: recommandations de conduite» (2011) et «Education pour la paix dans un monde multi-religieux» (2019).

Un outil pastoral qui encouragerait les Eglises à répondre à la pandémie dans un esprit de solidarité interreligieuse.

Lors de la réunion annuelle conjointe des deux bureaux tenue à Rome en janvier 2019, il fut décidé de lancer un projet sur la solidarité inter religieuse. Une réunion de réflexion avec des experts à Rome en décembre 2019 a été suivie d’une session consultative et d’une « table ronde inter religieuse» à Genève en février 2020 – pendant la Semaine mondiale de l’harmonie inter confessionnelle (Semaine annuelle de célébration des Nations Unies, du 1er au 7 février).

Cependant, l’attaque du COVID-19 a changé la vitesse, la portée et l’importance de ce projet. Confrontés à la nouvelle réalité de la pandémie, les deux bureaux ont décidé de remodeler le document afin qu’il soit plus pertinent dans le contexte mondial immédiat de la pandémie. Nous avons accéléré le rythme de production et repensé ce document comme un outil pastoral qui encouragerait les Eglises à répondre à la pandémie dans un esprit de solidarité interreligieuse. C’est ainsi qu’est né le document actuel.

« Les différentes religions, par leur valorisation de la personne humaine
comme créature appelée à être fils et fille de Dieu, offrent une contribution
précieuse à la construction de la fraternité et pour la défense
de la justice dans la société. » (FT 271)

Le « dialogue des mains »

L’intention principale du document est de favoriser ce que l’on appelle souvent le «dialogue des mains», c’est-à-dire le dialogue de l’action pratique, et de cultiver et nourrir parmi les Chrétiens l’esprit et le don de la coopération interreligieuse. Il est important de souligner que ce document porte sur le service AVEC les autres et pas seulement envers les autres.

Le document utilise la parabole biblique du Bon Samaritain (Luc 10: 25-37) pour inviter les Chrétiens à «surmonter les préjugés religieux et les préjugés culturels à l’égard de ceux que nous servons comme de ceux avec qui nous servons», et à reconnaître avec humilité et gratitude, que «l’autre» nous montre le vrai sens du service et de la solidarité. A un stade ultérieur, le document affirme que « nous devrions également être ouverts à ce que Dieu peut nous enseigner à travers ceux dont nous nous attendons le moins à apprendre quoi que ce soit», mettant ainsi l’accent sur l’apprentissage mutuel comme faisant partie intégrante de la solidarité.

Ce bref document est divisé en cinq sections, outre un préambule et une conclusion. La section sur la crise actuelle fait ressortir les multiples implications du COVID- 19, qui a accentué le scandaleux fossé économique, exacerbé les préjugés raciaux et menace d’aggraver la crise climatique. La section suivante intitulée « La solidarité soutenue par l’espoir » se concentre sur la manière dont les religions peuvent « insuffler un nouvel espoir dans le monde ravagé par la pandémie» en s’appuyant sur des valeurs éthiques et spirituelles partagées.

«Surmonter les préjugés religieux et les préjugés culturels à l’égard de ceux que nous servons comme
de ceux avec qui nous servons»

La section suivante « Notre base pour la solidarité interreligieuse » présente un fondement trinitaire pour la solidarité interreligieuse. Il s’appuie sur les idées suivantes : a) la connectivité des êtres humains à travers un créateur commun, b) la co-souffrance du Christ avec l’humanité, qui attribue la dignité à toute souffrance humaine et oblige une réponse active à la souffrance, et c) l’autonomisation du Saint Esprit qui nous tourne vers Dieu et vers nos voisins.

Vient ensuite une section qui fournit sept principes directeurs pour la solidarité interreligieuse, à savoir : 1) humilité et vulnérabilité, 2) respect, 3) communauté, compassion et bien commun, 4) dialogue et apprentissage mutuel, 5) repentance et renouveau, 6) gratitude et générosité, et 7) amour.

La section qui suit sur les recommandations fait quelques propositions aux Chrétiens pour renforcer notre capacité à nous engager dans la solidarité interreligieuse. Elle met l’accent sur le plaidoyer, l’utilisation des médias sociaux, la spiritualité, la formation religieuse, l’engagement des jeunes, la création d’espaces sûrs pour le dialogue et la restructuration des projets et processus en cours, renforcer la coopération et la solidarité inter religieuses.

Un appel à la réflexion et à l’action

Comme son titre l’indique, ce document est un appel à la réflexion et à l’action. C’est un outil pour construire des communautés de solidarité réfléchies et résilientes. Par conséquent, tout en fournissant des réflexions théologiques ainsi que des recommandations d’action, le document évite de proposer un modèle d’action « à taille unique ». L’objectif est plutôt d’ouvrir un espace permettant aux Eglises de discerner et de concevoir la « taille qui convient » à la diversité qu’elles rencontrent.

Le document a rencontré une réponse positive non seulement parmi les Chrétiens, mais aussi de la part de la presse grand public comme le New York Times et le Washington Post. Plus important encore, il a inspiré une solidarité interreligieuse pratique. Un bon exemple vient du mouvement de dialogue Silsilah basé à Zamboanga City aux Philippines, où un groupe de Chrétiens et de Musulmans a été inspiré par le document pour démarrer un programme de formation sur la guérison des traumatismes.

La pandémie COVID-19 a mis en évidence l’interdépendance de tous les humains et nous a (d’une manière étrange) poussés à devenir « le gardien de notre sœur et de notre frère ». À un moment comme celui-ci, il incombe à chacun de nous de convertir ce moment de « crise » en un moment de « kairos » – découvrir de nouvelles façons d’être et d’appartenir. L’espoir de ce document est que la solidarité interreligieuse peut fournir une voie importante vers une « nouvelle normalité », où les conflits, la compétition et le mépris sont remplacés par la compassion, l’attention et la collaboration.

Cet article fait partie du numéro 67 de la revue FOI

La fraternité

décembre 2020-janvier-février 2021

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