Catherine Roskam

Evêque suffragant de l'Eglise Episcopalienne, diocèse de New York, USA

3 janvier 2023

Récit d'une vocation

Appelée à être prêtre et évêque

Quand j'avais 14 ans, mon frère m'a demandé ce que je voulais faire quand je serai grande. Sans hésiter, et à ma propre surprise, j'ai lâché : "Je veux être prêtre". "Mais tu ne peux pas l'être", a-t-il répondu, perplexe, "Tu es une fille". "Je le sais. Mais tu m'as demandé ce que je voulais être, et c'est tout." "Pourquoi pas être religieuse?" "Je ne veux pas être religieuse." "Pourquoi pas ?" "Les religieuses ne peuvent pas dire la messe." Curieusement, je ne me suis souvenue de cette conversation que bien des années après être devenue un prêtre épiscopalien. Mais revenons en arrière.
Catherine Roskam
Evêque suf fragant de l’Eglise Episcopalienne,
diocèse de New York, USA

Pendant les seize années qui ont suivi l’université, j’ai travaillé dans le théâtre, d’abord comme actrice, puis comme metteuse en scène et productrice. J’avais quitté l’Eglise de ma naissance dix ans plus tôt, pour des raisons à la fois théologiques et ecclé[1]siologiques, même si je n’aurais pas utilisé ces mots à l’époque. Le théâtre est devenu ma pratique spirituelle, dans une commu[1]nauté de camarades diversifiée et en constante évolution. C’est par le théâtre que j’ai découvert l’Eglise épiscopale une dizaine d’années plus tard. Les théâtres expérimentaux Off-Off Broadway fleurissaient dans tout New York au début des années 70. La plupart d’entre eux étaient destinés aux écrivains ou aux réalisateurs, ou encore aux acteurs non syndiqués qui débutaient. Huit ans plus tard, j’étais une actrice professionnelle, et j’avais envie de travailler davantage sur des projets qui offraient des rôles consistants à des acteurs expérimentés comme moi ; cela nous permettait de jouer devant un public, mais aussi d’ être vus par des agents et des directeurs de casting et de développer nos carrières.

Avec un ami, nous avons décidé de demander au prêtre de l’église de la Transfiguration, surnommée « la petite église du coin », également connue sous le nom de « l’église des acteurs », d’utiliser l’espace de l’église pour monter une pièce. Heureusement pour nous, nous avons demandé au nouveau recteur la semaine suivant son arrivée et, comme il aimait le théâtre, il a accepté. Au cours des huit années qui ont suivi, j’ai joué dans certaines pièces, mais j’ai aussi produit et, très occasionnellement, mis en scène ; mais aussi, j’ai eu régulièrement des conversations avec le recteur et le vicaire. J’aimais beaucoup ces rencontres. Je pouvais demander n’importe quoi à l’un ou l’autre sans qu’on me dise que je devais croire. Ils étaient tous deux des hommes très instruits, aimables et priants. Ils m’ont beaucoup appris sur l’histoire de l’Eglise, la théologie et la spiritualité anglicane. A cette époque, j’étais une pratiquante régulière, non seulement le dimanche, mais aussi en semaine. Je n’en avais jamais assez. Le recteur m’a suggéré de suivre un cours au General Seminary, ouvert aux laïcs sans nécessité d’inscription. Mon premier cours fut un cours de théologie donné par Richard Norris. J’ai bien accroché. C’était exactement ce dont j’avais besoin. Je me suis inscrite au Master.
Mais ensuite, mon recteur m’a encouragée à entamer le processus de diaconat. Cela me semblait être une bonne idée, car j’étais une bénévole qualifiée, travaillant dans un programme d’un hôpital local, et j’étais déjà attirée par l’idée de devenir aumônier d’hôpital. J’ai été acceptée par la commission ministérielle, et j’avançais vers cet objectif. Mais, des membres de cette commission, des amis et des camarades séminaristes, et même mon propre mari, m’ont vivement conseillé de penser à la prêtrise. J’ai donc décidé, au moins, d’y penser.

Lors de ma deuxième année de stage sur le terrain, j’ai travaillé à l’Eglise des Saints Apôtres, où une soupe populaire était en cours de création. J’ai travaillé à la fois à la soupe populaire et à la paroisse. La soupe populaire était en soi un ministère diaconal de service, mais au lieu qu’une seule personne du clergé s’en charge, j’ai réalisé que le travail du prêtre consistait à aider les autres dans leur ministère, en les nourrissant par la parole, les sacrements et les soins pastoraux pour qu’ils accomplissent le travail auquel Dieu les a appelés. Un prêtre nourrit une communauté de ministres. J’ai alors demandé à la Commission du ministère de changer ma voie vers la prêtrise.
Ce changement s’est accompagné néanmoins d’une certaine tristesse, car si mon recteur était favorable à ce que je devienne diacre, il était opposé à l’accession des femmes à la prêtrise. J’ai dû me rendre dans une autre paroisse qui m’a gentiment accueillie et soutenue pendant le reste du processus d’ordination. Mais, je n’oublierai jamais l’accueil et la gentillesse de mon premier recteur. C’est grâce à lui que je suis devenue anglicane. J’ai été ordonnée à la prêtrise en 1984, faisant partie de ce que l’on appelle la « deuxième vague » de femmes ordonnées. Si nous n’avons pas rencontré une forte opposition, comme ce fut le cas pour les femmes de la « première vague », néanmoins, nous avons connu une forte résistance, souvent inconsciente, envers l’autorité féminine.

Malgré cela, j’ai été appelée par une merveilleuse paroisse de Mill Valley pour être recteur intérimaire, puis nommée par l’évêque dans une église missionnaire. Mon rôle était de superviser la croissance de l’église, les soins au clergé, la vision et la formation multiculturelle. Je pensais occuper ce poste jusqu’à ce que l’évêque actuel prenne sa retraite.

Mais, en janvier 1995, j’ai reçu une enveloppe brune contenant une lettre disant que mon nom avait été proposé pour le poste d’évêque suffragant 1 du diocèse de New York et que je devais informer le comité si j’acceptais cette proposition. C’était totalement inattendu ! Je ne savais même pas qu’il y avait une recherche. Après avoir lu le profil plusieurs fois dans la prière, et avec le soutien de ma famille, j’ai donné ma permission et après un processus de cinq mois, j’ai été élue évêque suffragante par le clergé et les laïcs du diocèse de New York, le 10 juin 1995.

J’ai été consacrée le 27 janvier 1996 par l’évêque président de l’époque, le très révérend Edmond L. Browning, assisté de 19 évêques, dont la première femme évêque de l’Eglise épiscopalienne, la très révérende Barbara Harris, à la cathédrale de Saint-Jean le Divin à New York 2 . J’étais la quatrième femme à être consacrée évêque dans l’Eglise épiscopalienne et la cinquième dans la Communion anglicane mondiale. J’ai été la première femme à n’avoir aucune protestation lors de ma consécration. Et aucune de celles qui m’ont suivie n’en a eu non plus.

Au cours de mes 38 années d’ordination, je n’ai jamais pensé que j’étais une femme prêtre ou une femme évêque. Après avoir été prêtre pendant plusieurs années, je me suis finalement souvenue de la conversation avec mon frère et j’ai réalisé que Dieu m’avait appelée à quelque chose qui n’était pas possible à l’époque, mais qui s’est réalisée, non pas selon mon calendrier, mais selon le temps de Dieu. Je suis « un prêtre pour toujours selon l’ordre de Melchisédech 3 ”, tout comme mes collègues masculins. Il se trouve simplement que je suis une femme. Et il en a été de même pour moi avec l’épiscopat. J’étais un évêque pour et avec le diocèse de New York. J’ai exercé les ministères qui m’ont été confiés en tant qu’évêque. Et il se trouve que je suis une femme.
Je pense que ce qui a donné sa force à la deuxième vague, c’est qu’au moment de notre ordination puis de notre consécration, l’Eglise nous a officiellement soutenues. Les femmes étaient désormais libres de répondre à l’appel de Dieu et à l’appel de ceux qui les avaient élues, pour servir. Je me suis sentie appelée à la prêtrise bien avant de savoir que je pouvais être prêtre. Mais je ne pensais pas devenir évêque jusqu’à ce qu’on m’envoie le profil. Je me suis sentie appelée par le diocèse de New York. Je n’ai ressenti la profondeur de cet appel qu’après avoir été consacrée et avoir passé plusieurs années dans le ministère épiscopal. C’est alors que j’ai reconnu pleinement cet appel. Je n’ai jamais aspiré à une « carrière » dans l’Eglise. J’ai simplement suivi Jésus et suis allée là où il m’appelait, là où Il me conduisait. Il s’est avéré que, bien que n’étant pas recteur, j’avais la meilleure formation pour être évêque : j’avais travaillé dans trois paroisses de tailles différentes, dans des zones urbaines et suburbaines, j’avais appris à connaître la culture changeante de l’Eglise, le ministère multiculturel, le ministère en transition, le développement des congrégations et, en tant que missionnaire du diocèse de Californie, j’avais la responsabilité de 24 congrégations, avec un tour de visites très semblable à celui d’un évêque 4 , et la responsabilité du soin du clergé. Il est très difficile de savoir ce qu’est l’épiscopat avant de l’exercer. Et j’ai adoré cela, les défis difficiles et tout le reste.

Mais maintenant que je suis à la retraite, je trouve que mon sacerdoce revient au premier plan. Il est difficile d’exercer l’épiscopat lorsque vous n’êtes pas activement déployé, en raison de problèmes de juridiction. Et cela me convient parfaitement. Je continue à rendre visite aux paroisses de temps en temps lorsqu’un de nos évêques actifs a un autre engagement ou tombe malade. Mais la plupart du temps, je fonctionne comme un prêtre, avec un service tranquille en semaine dans l’une des chapelles de la cathédrale, et des soins pastoraux officieux sous forme de visites aux malades, de prédications invitées, etc. Je trouve cette vie immensément satisfaisante et j’en suis profondément reconnaissante.

[1] Un Suffragant est un assistant élu qui est titulaire. Dans la Chambre des évêques, les suffragants ont une voix et un vote égaux, sauf pour l'approbation de l'élection d'un évêque, où seuls les évêques diocésains votent.
[2] Les membres du Chemin Neuf résident actuellement dans l'enceinte de la cathédrale.
[3] Psaume 110 (109), 4
[4] La fonction d'évêque dans l'Église épiscopale est une fonction pastorale. Les évêques actifs ne sont généralement présents à la cathédrale que le dimanche pour les grandes fêtes et les événements spéciaux. Sinon, dimanche après dimanche, nous faisons le tour de toutes nos paroisses. Cela nous prive d'une "chaire d'intimidation", ce qui n'est pas une si mauvaise chose !

Cet article fait partie du numéro 76 de la revue FOI

Ecouter la voix des femmes

mars-avril-mai 2023

Oecuménisme  

Ces articles peuvent aussi vous intéresser…

 

De toutes les nations…

L’Église est « catholique » : elle le proclame dans sa profession de foi. Mais qu’entend-elle par ce terme, un des plus riches et des plus complexes qui puissent la désigner ?...

Hautecombe celebrates its 50th anniversary

«Church of tomorrow » EN

Celebrating 50 years of existence is certainly an opportunity to remember and give thanks for the benefits granted by God. But it is also, and this is what the Chemin Neuf Community has chosen to do, an opportunity to bring together friends from different Christian backgrounds and to look, with them...

Bible

Enter the celebration

Nicole Fabre

"Celebrate God! This call resounds again and again throughout the biblical writings, particularly in the book of Psalms, where it is addressed to the people gathered in the temple. The roots translated into French by this verb are diverse. They give rise to a veritable symphony, rich in varied nuanc...