Sr. Hannah Spiers

Soeur consacrée ccn, Hautecombe

1 mars 2022

Mission aux Etats Unis

Appelés à une certaine pauvreté dans la ville la plus riche du monde

La Communauté du Chemin Neuf a été invitée par la cathédrale épiscopale de Saint Jean le Divin à entrer dans un partenariat avec eux, vivre et travailler sur place dans la plus grande cathédrale aux États-Unis, avec pour mission principale d'établir une communauté de jeunes qui choisissent de prendre une année hors de leur parcours normal, afin d'étudier, de se plonger dans la vie communautaire, d'expérimenter un rythme intensif de prière, de servir les pauvres, et d'être déplacés par Dieu.

Ce partenariat est passionnant, il est désorientant, il est guidé par l’Esprit, il est stimulant, il peut nous faire trembler, c’est une fondation dans un pays où nous ne sommes pas encore présents. Nous sommes appelés, en tant que Communauté du Chemin Neuf, à vivre avant tout ce que nous sommes, avec notre vocation d’unité et notre engagement dans les trois voeux évangéliques : pauvreté, chasteté, obéissance. De plus en plus de personnalités à travers le monde – chefs religieux, instances politiques, services de santé, militants du climat – nous appellent à un partage plus profond. Qu’il s’agisse de ressources, de conversations, de temps, de connaissances, il semble que nous devons partager pour que la justice et le salut règnent. Nous devons nous appauvrir. La pauvreté, et non la misère, est profondément évangélique – mais à quoi cela ressemble-t-il d’être appelé à la pauvreté dans la ville la plus riche du monde ?

La pauvreté évangélique consiste à ouvrir les mains, à être dépendant. Comme Jésus qui reçoit tout du Père, qui est en totale communion et dépendance dans la Trinité, la vocation chrétienne est de vivre la vie les mains ouvertes. Un Franciscain a dit un jour que la pauvreté n’avait « aucune anesthésie, aucun plan B » – c’est tout ou rien. Un élément clé de la spiritualité ignatienne est l’indifférence, le fait de ne rien préférer d’autre que la volonté de Dieu – un dessaisissement de notre préférence. Alors que nous envisageons de déménager dans un beau quartier de New York, je pense aux paroles de Mère Teresa : « Chaque jour, vous devez dire « Oui ». Abandon total. Pour être là où Il veut que vous soyez. S’il vous met dans la rue, si tout vous est enlevé et que soudain vous vous retrouvez dans la rue, acceptez d’être dans la rue à ce moment-là. Non pas pour que vous vous mettiez dans la rue. Mais acceptez d’y être. C’est tout à fait différent. Acceptez si Dieu veut que vous soyez dans un palais, acceptez d’être dans le palais, tant que vous ne choisissez pas d’être dans le palais ». Dans ce cas, la pauvreté ne consiste pas à choisir quelque chose comme une fin en soi, mais comme un moyen d’atteindre une fin – Ignace dirait la plus grande gloire de Dieu. Ne pas choisir, mais accepter, recevoir, comme le psalmiste loue Dieu : « Les yeux de tous se tournent vers toi, et tu leur donnes leur nourriture au moment voulu » (Psaume 145:15).

Nous pourrions être ailleurs, dans une autre église, une autre ville, un autre contexte, une autre maison dans un autre quartier moins beau. Mais c’est ici que nous sommes invités, c’est ici que Dieu nous a conduits.

Qu’il s’agisse de ressources, de conversations, de temps, de connaissances, il semble que nous devons partager pour que la justice et le salut règnent.

Cathédrale Saint-Jean-le-Théologien de New York

La communauté n’est pas encore établie aux États-Unis ; il y a divers contacts, des membres de la famille, des couples CANA, des amis d’amis… mais il n’y a pas de frères et soeurs communautaires, pas de deuxième maison. La pauvreté évangélique parle aussi de nos relations comme les disciples de Jésus qui ne se sont pas choisis ou n’ont pas choisi l’endroit où ils ont été envoyés, comme Rahab qui a été le sauveur inattendu du peuple d’Israël dans son voyage vers la Terre Promise. La communauté dont vous avez besoin est celle que l’Esprit Saint établit. Le fait de ne pas avoir de relations ou de contacts préalables permet de recevoir des surprises de l’Esprit Saint, de sa providence, d’une vision plus large de la manière dont Dieu est à l’oeuvre dans le monde. Cela nous permet de rester des apprenants et des découvreurs, d’éviter les pièges d’un confort ennuyeux. « Attention à la paralysie du bonheur du canapé », a dit un jour le pape François. Lors d’une visite préparatoire à New York, nous avons invité quelques amis américains à déjeuner, en prévoyant payer de l’addition. Le moment venu, toutes nos cartes de crédit ont été refusées ! Nous nous sommes retrouvés dans la situation de devoir demander et accepter la générosité de nos amis. Nous avons été humiliés par leur empressement à le faire et leur empressement à le faire nous a invités à l’humilité. J’ai reçu cela comme un doux coup de pouce vers l’humilité : souvenez-vous, vous êtes invités ici, et c’est moi qui prends soin de vous. New York est l’une de ces villes que l’on a l’impression de connaître avant même d’y arriver, grâce à son statut d’icône et à sa présence dans de nombreux films et références de la pop-culture. C’est un sentiment bienvenu lorsqu’on descend de l’avion, mais c’est aussi une illusion. Pour connaître réellement quelque chose ou quelqu’un, il faut l’aimer. Et pour aimer, il faut y passer du temps, être prêt à être surpris, prendre le bon et le mauvais et le différent. Les États-Unis sont un autre pays et un autre continent. Dans différentes réunions ou visites, cela est devenu plus évident : des différences de vocabulaire, la façon dont les repas sont censés se dérouler, nos différents contextes ecclésiaux. Il y a eu de véritables moments de choc culturel, et ce ne seront pas les derniers. Moïse est une personne qui a peutêtre compris la pauvreté de la culture : il est né dans un peuple (Israël), il a été sauvé et accepté dans un autre lorsqu’il était bébé (Égypte), puis à nouveau lorsqu’il était adulte (Madian). Cette pauvreté culturelle est une richesse parce que vous êtes dépouillés de ce qui est certain et sûr, c’est-à-dire votre identité en Christ, votre appartenance les uns aux autres dans et par l’Esprit Saint (Éphésiens 3:6). Les lieux de rencontre sont un lieu de richesse déguisé en pauvreté où nous réapprenons à écouter, à comprendre, à vivre avec des différences réconciliées.

Les lieux de rencontre sont un lieu de richesse déguisé en pauvreté où nous réapprenons à écouter, à comprendre, à vivre avec des différences réconciliées.

Une partie du fondement de la nouvelle initiative communautaire est le service auprès des pauvres, inspiré par les paroles et les actions du pape François et de l’archevêque Justin Welby. Nous aurons toujours plus à apprendre sur la pauvreté et sur ce que c’est vraiment d’être pauvre. Il y a des saints et des frères et soeurs aînés dans la foi qui nous inspirent et nous encouragent ; notre Dieu est un Dieu qui s’est fait pauvre. Il est attesté dans le monde entier que les villes les plus riches sont aussi les plus pauvres, où la frontière entre riches et pauvres peut être aussi étroite qu’une rue. Et nous constatons également qu’il existe différents types de pauvreté : une pauvreté qui n’est pas du type évangélique volontaire, mais qui est source de misère et d’étouffement, pauvreté matérielle, pauvreté relationnelle, pauvreté éducative… À New York, il est certain qu’il y a de la pauvreté – mais nous ne connaissons pas la ville, nous ne connaissons pas ses besoins, nous ne pouvons pas y entrer avec notre perspective et décider de ce qui sera. Qui sont les pauvres que l’on nous demande de servir ? Nous comprendrons en écoutant et en rencontrant, et non pas à partir de notre compréhension actuelle.

L’un des noms de l’Esprit Saint est « celui qui donne la vie », le créateur. J’aime le processus de création, les idées qui se rencontrent et se mélangent, l’inspiration et la révélation. Mais il y a aussi un côté plus pauvre à la création. Pour New York, nous sommes appelés en tant que communauté, avec notre vocation, notre histoire et nos charismes ; nous ne partons pas de rien ! Mais nous sommes appelés à incarner ce que nous sommes dans un contexte nouveau et très différent, nous ne pouvons simplement déployer ce qui a été éprouvé jusqu’ici. C’est inconfortable, mais c’est là que la véritable création peut commencer ! Nous devons nous ouvrir pour chercher ensemble, poser des questions, faire confiance à l’autre, dépendre de l’Esprit Saint, seul véritable bilingue parmi nous. Nous avons vécu quelque chose comme cela pour une décision importante que nous devions prendre. A quelques uns, nous avions discuté et partagé nos idées et inspirations initiales, en envisageant la question sous différents angles, dormi dessus, attendu que la nuit porte conseil… mais nous nous sentions contre un mur, incapables de prendre une décision. Puis, un simple moment d’inspiration : soumettre l’idée à deux jeunes adultes américains et leur demander leur avis. Leurs conseils étaient si simples et clairs, et apportaient une telle unité et une telle paix que nous savions que l’idée était inspirée par le Saint-Esprit. Ils étaient les bonnes personnes à qui demander, les personnes que Dieu nous a offertes comme pont entre notre égarement et Sa solution créative. Le Psaume 127 le résume bien : « Si le Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain ; si le Seigneur ne garde la ville, c’est en vain que veillent les gardes ».

Rencontre pour préparer le projet

Si nous l’acceptons, comme nous y exhorte Mère Teresa, cette fondation aux USA sera un chemin de dépendance, où nous discernons et décidons ensemble, où nous n’avons pas le confort de nous retirer dans un cercle de  » nôtres  » mais découvrons nos compagnons sur la route de la Bonne Nouvelle, où nous ne comprenons pas tout a priori mais avons besoin des oreilles et des yeux de nos frères et soeurs. Nous portons un trésor dans des jarres d’argile – la bonne nouvelle que la pauvreté que Jésus nous invite à vivre est en fait la vraie richesse.

Repas avec deux jeunes new-yorkais

Cet article fait partie du numéro 72 de la revue FOI

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mars-avril-mai 2022

Vie de la Communauté  

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