Mustapha Amari

ccn, prêtre, responsable Mission Jeunes 18-30 ans

9 janvier 2022

Avoir besoin des autres, un vrai miracle !

Il n’y a pas de mystère. La recette la plus simple pour vivre une vie de miracles, c’est d’avoir besoin des autres. C’est ce que l’équipe de préparation du Festival Welcome To Paradise a vécu ces derniers mois. Une année sous le signe de la multiplication des pains.

Un peu comme pour les miracles dans les évangiles, tout a commencé par un constat : il y a trop de jeunes qui ont faim et soif de l’amour de Dieu. Comme pour tout le monde, la covid avait impacté nos missions. Comment faire pour prendre soin de tant de jeunes ? Un calcul rapide nous a fait évaluer qu’il y a environ 10 millions de jeunes entre 18 et 30 ans en France. Imaginons à l’échelle de l’Europe ! Pouvions-nous alors nous satisfaire de toucher entre 800 et 1000 jeunes avec le Festival ? Nous sentions que Dieu nous disait : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ».

Après plusieurs mois et réunions de préparation, il faut dire la vérité, nous étions certains qu’il nous fallait changer quelque chose mais sans savoir dans quelle direction vraiment aller. Le festival devait passer à une autre étape, mais nous n’étions pas plus avancés que les disciples et leurs impasses de raisonnements. Nous sommes en janvier, les mains un peu vides, mais peut-être le cœur un peu plus disponible. Le miracle a commencé en réalisant que nous avions besoin de demander de l’aide à l’extérieur.

Le moment décisif eut lieu en janvier, lorsque nous avons décidé de contacter Henk Stoorvoegel. Henk est un pasteur néerlandais qui a fondé un mouvement international pour les hommes, 4M. Nous l’avions invité plusieurs fois à parler au Festival et ses interventions ont toujours été profondes et percutantes. Henk a un sens profond et solide de l’Eglise et de la mission. Dès les premiers instants à Welcome To Paradise, il avait compris notre charisme et la vision propre du festival. Presque mieux que nous.

Lors de cette réunion mémorable du mois de janvier, en visio, Henk nous a tout d’abord partagé tout ce qu’il voyait de bon et précieux dans le festival. Il nous apportait un regard objectif sur nos propres forces et nous n’étions pas peu fiers des compliments qu’il nous faisait. Puis, Henk nous a aussi très librement partagé quelles étaient, selon lui, nos faiblesses. Et c’est ici que se trouve la force de la collaboration qui a commencé avec lui. Il est assez proche de nous pour comprendre qui nous sommes, et assez extérieur pour être libre de ce que nous sommes. Il nous a donc, en toute simplicité, partagé que nous perdions des forces à nous éparpiller sur plusieurs missions et que nous passions à côté de la ressource du Festival en organisant seulement une semaine. C’est là que la multiplication a commencé, puisque cet ami dans le Seigneur nous a crus capables d’organiser non pas un, deux ou trois mais au moins quatre festivals sur un même été.

C’est à ce moment-là qu’il se passe quelque chose qui a le goût de l’Esprit Saint. Alors que l’idée est folle, nous sentons que Dieu nous conduit à travers cette folie. La motion est partagée par les membres de l’équipe comme par les responsables de la communauté à qui nous avons tout de suite fait part de ce projet inimaginable. « Cheminer ensemble », ça a aussi été de nous sentir tout de suite encouragés par les responsables de la communauté. Ils n’ont pas attendu de voir nos premiers résultats mais ont choisi de marcher vers ce projet avec nous, dans la confiance. Nous nous sommes sentis envoyés.

« Cheminer ensemble », c’était vraiment donner plus de place aux autres dans toutes les étapes de préparation.

Il a fallu ensuite mettre les choses en œuvre. Comme on dit : les mêmes actions produisent les mêmes résultats. Il nous fallait donc trouver une nouvelle manière d’agir. Là encore, le pasteur Henk nous a accompagnés. Avec l’aide d’un responsable stratégie et marketing de son mouvement, Wouter, il nous a coachés et équipés pour appréhender cette nouvelle aventure. Le cadeau, c’est de nous avoir fait comprendre qu’il s’agissait surtout pour nous de mettre en place une stratégie de mobilisation. En d’autres termes, la meilleure communication que nous pouvions faire de l’événement était de le porter avec d’autres jeunes.

C’est ainsi que nous avons commencé à lever des ambassadeurs pour le festival. Il ne s’agissait pas simplement de demander à des jeunes de faire de la publicité mais d’être eux-mêmes de vrais acteurs du miracle en prenant toutes les initiatives qui leur sembleraient bonnes. Nous avons été émerveillés de la centaine de jeunes en France et en Europe qui se sont levés, de leur créativité et du travail remarquable qu’ils ont accompli sur le terrain. Nous découvrions que « cheminer ensemble », c’était vraiment donner plus de place aux autres dans toutes les étapes de préparation et avoir plus d’impact au niveau local.

Pourquoi s’arrêter en chemin ?

Au même moment que la décision de faire plusieurs festivals, une autre conviction a commencé à nous habiter. Il nous fallait ouvrir le festival et en faire un outil pour toute l’Eglise. Nous étions conscients d’avoir entre les mains un bijou que nous ne pouvions pas garder pour notre seule communauté.

Nous avons alors commencé à contacter plusieurs mouvements, communautés, diocèses, prêtres ou pasteurs, pour les inviter à rejoindre notre aventure et y trouver une place. Cela a été pour nous une expérience riche et déplaçante. La multiplication des rencontres, des cafés, des échanges de visions avec différents responsables d’Eglises avait quelque chose de revigorant et de fécond.

Ceci n’a pas eu lieu, toutefois, sans son lot de déceptions. Nous avons en effet senti à plusieurs reprises de la réserve, de la peur ou des doutes. Là où le message audacieux de faire quatre festivals et de toucher 10000 jeunes a réveillé un feu chez les jeunes, nous avons trouvé moins de souplesse et de volonté de la part de l’Eglise institutionnelle. Ce n’était pas toujours simple de montrer comment un gros festival et une grosse organisation pouvaient réellement laisser de la place à des acteurs plus petits ou moins expérimentés. Nous avons découvert que « cheminer ensemble » c’est aussi consentir que tous ne veulent pas être de la partie. Tous ne peuvent se réjouir des mêmes aventures.

Nous nous sommes fait de nouveaux amis, des frères et sœurs, et le Royaume de Dieu était davantage au milieu de nous.

Nous avons quand même eu la joie immense de collaborer avec plusieurs mouvements et les fruits ont été manifestes cet été. Chaque semaine de festival avait sa couleur. La première semaine était portée avec l’École Pierre, une école innovante et créative à Lyon qui forme les jeunes à la louange, à la communication et au leadership. Les jeunes de cette école ont apporté leurs dons dans la louange, l’équipe communication ou encore dans la réalisation d’un rap où les festivaliers pouvaient apporter leur contribution. L’École Pierre, qui est encore toute jeune, nous a bousculés par son énergie et sa créativité.

La deuxième semaine nous a permis d’accueillir le pasteur Henk ainsi qu’une importante délégation des Pays-Bas. Parmi eux, de nombreux prédicateurs ou responsables de mouvements d’évangélisation. Un des mouvements, Move Community, a la particularité de rassembler une communauté de plusieurs dizaines de milliers de jeunes en ligne mais sans avoir d’église physique. La collaboration a permis à ces jeunes de trouver un lieu incroyable pour une rencontre en présentiel et au Festival d’accueillir d’une part beaucoup de Néerlandais mais surtout une des plus grosses délégations évangéliques de son histoire. Cela a permis de vivre une étape décisive dans la teneur œcuménique du Festival.

La troisième semaine, c’est la collaboration avec la fondation Służąc Życiu (Servir la vie), une fondation polonaise, qui a montré ses fruits. En lien serré avec l’équipe de préparation en Pologne, cette fondation a financé les transports et la communication du festival pour les Polonais et les Ukrainiens. Au point que près de 300 jeunes de ces pays sont venus, un chiffre incroyable. En retour, cette fondation a pu tout au long du Festival réaliser des interviews pour alimenter sa mission au service de l’unité des Chrétiens et de l’évangélisation.

Ces différentes collaborations nous ont d’abord donné beaucoup de joie. Elles ont réellement permis de toucher beaucoup plus de jeunes. Cette année, nous avons plus que doublé le nombre de festivaliers par rapport à l’année dernière. Enfin, nous avons réalisé la puissance de l’écosystème dans l’Eglise : quand chacun apporte son charisme et ses forces, l’Esprit Saint fait l’unité et multiplie les fruits.

Cet été, en cheminant ensemble, nous nous sommes faits de nouveaux amis, des frères et sœurs, et le Royaume de Dieu était davantage au milieu de nous.  

Cet article fait partie du numéro 74 de la revue FOI

Cheminer ensemble

septembre-octobre-novembre 2022

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