1 septembre 2021

Interview : P. Zacharie Bukuru, Burundi

« Buta, mémorial de l’unité »

« 30 avril 1997, Ce fut un jour triste, un jour noir pour nous. On a vu couler le sang de nos frères, de nos enfants. On a vu un lac de sang aux dortoirs. C’était un jour triste. On ne peut pas oublier ça ! » Le 30 avril 2021, le jour-même où les jeunes de la Fraternité Politique du Chemin Neuf étaient reçus par le Pape François à Rome s’ouvrait à Buta, au Burundi, un Jubilé particulier. Il marque la 25ème année du massacre de 40 jeunes séminaristes qui avaient refusé d’être séparés entre Hutus et Tutsis lors de la guerre civile. Le Père Zacharie Bukuru, ancien recteur du séminaire, nous partage comment la mémoire de ces jeunes est porteuse de fruits aujourd’hui.

NFG : 24 ans après les massacres, quel souvenir gardez-vous ?

P. Zacharie Bukuru : Nous venons nous souvenir que Dieu a appelé 40 jeunes mais qu’Il en a laissé vivre d’autres pour qu’ils témoignent, qu’ils poursuivent l’oeuvre inachevée des séminaristes. Nous venons aussi nous remémorer la période qui a suivi l’attaque, une période pour rétablir, planter les arbres, reconstruire les bâtiments. Ce fut une saison de deuil qui était très importante pour les jeunes, pour les éducateurs et pour les parents. Pendant ces jours, on a appris aussi à se souder, à prier ensemble, à comprendre ensemble ce que nous avions vécu.

NFG : Quelle est votre attente pour ce Jubilé ?

P. Zacharie Bukuru : Le jubilé nous rappelle cette tragédie qui nous interpelle aujourd’hui. Si ces jeunes sont morts en se serrant les coudes par amitié, par fraternité, par bravoure, c’est parce qu’ils étaient inspirés par leur Créateur, ils étaient inspirés par le Christ qui a dit sur la Croix : « Pardonne-leur Seigneur, ils ne savent pas ce qu’ils font ». Aujourd’hui, en nous souvenant de leur geste, nous devons aussi suivre ce modèle. C’est un temps pour s’interroger : est-ce que moi-même je pardonne ? Est-ce que cette année sera une invitation à pardonner ? Ces jeunes ont montré un chemin, le seul qui peut nous mener vers Dieu, vers la paix, vers l’unité, vers la réconciliation. Aujourd’hui, nous venons d’ouvrir l’année jubilaire des martyrs. C’est aussi l’occasion pour nous de nous souvenir de tout ce qui a précédé le massacre, le 30 avril 1997, tout ce que nous avons entrepris pour que ces élèves apprennent à cohabiter ensemble, à s’aimer, à collaborer.

NFG : Quel message pourriez-vous donner aux jeunes aujourd’hui ?

P. Zacharie Bukuru : C’est un message lumineux, un message inspirant. Les élèves ont appris, pendant cette période difficile, à s’estimer, à s’écouter, à comprendre le problème de l’autre. Alors, si des jeunes aussi apprennent ce qui s’est passé ici à Buta, s’ils comprennent le chemin que nous avons pris pour guérir de cette haine, que les jeunes avaient tous à l’époque, çela peut vraiment les inspirer. C’est à dire que nous nous sommes mis ensemble, nous avons dialogué, nous avons touché le vrai problème sans nous cacher la face, nous avons nommé ce qui nous faisait mal. Et ces jeunes ont été guéris. Et devant les tueurs, ils ont dit : « Non, nous sommes des frères » parce qu’ils avaient déjà fait un chemin.

NFG : Quel est votre espoir pour le monde de demain ?

P. Zacharie Bukuru : Mon espoir est que des jeunes, de plus en plus, s’engagent pour le bien commun, pour le service de leurs frères. Il y a des jeunes chrétiens qui sont engagés pour le bien des autres, dans plusieurs domaines, dans le domaine social, dans le domaine politique même, dans le domaine religieux. Des jeunes qui s’engagent, qui veulent donner un sens à leur vie, donner leur temps aux autres et c’est une merveille.

Les élèves ont appris, pendant cette période difficile, à s’estimer, à s’écouter, à comprendre le problème de l’autre

Cet article fait partie du numéro 70 de la revue FOI

Mémoire et identité

septembre-octobre-novembre 2021

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