27 mars 2024

Témoignage

Ce que je vis a vraiment de l’intérêt aux yeux de ma famille.

La famille Schiffmann a vécu la semaine « Cana Famille » à l’abbaye des Dombes en 2022. Chaque membre de la famille nous partage quelques éléments de ce qu’il a vécu.

Marie :

Si je fais une petite relecture d’avant « Cana Famille », je me revois, comme beaucoup d’autres mamans sans doute, m’agacer à force de répéter à mes enfants (et parfois mon mari !) ce qu’il y a à faire ; cela m’épuisait au quotidien car j’avais pas mal de to do lists sur mon téléphone qui ne désemplissaient jamais…

En arrivant aux Dombes, j’ai suivi le conseil de laisser mon portable dans la voiture et me suis rendue compte à quel point je me sentais libre et beaucoup plus dans l’instant présent plutôt que dans ce qu’il reste à accomplir (comme il n’y avait pas d’intendance à gérer, j’avoue que ça aidait pas mal !).

Au cours d’un temps d’échange en famille, j’ai pu partager à Charles et aux enfants combien cela me pesait d’avoir le souci permanent de l’organisation de la maison et à quel point je me sentais agacée et triste que personne ne m’écoute (du moins c’était mon ressenti).

 De leur côté, ils ont pu me partager qu’ils se sentaient parfois agressés par mes nombreuses demandes qui devaient être faites sur le champ et que par ma façon de faire, ils ne se sentaient pas respectés dans leur propre rythme. Nous avons alors eu ensemble l’idée d’acheter un tableau effaçable à poser sur le frigo pour que chacun note ce qu’il a à faire ou à penser (par exemple un service particulier à rendre, un rendez-vous à prendre, un horaire de messe qui change, un invité qui s’annonce…) et le supprimer une fois que c’est fait ou que l’évènement est passé.

La liste de courses participative est également posée sur le frigo et nous avons un calendrier connecté partagé qui permet de connaître le planning de chacun : ces mises en place simples ont drôlement allégé ma charge mentale et donné plus d’autonomie aux enfants !

Charles :

Un moment très intense a marqué cette semaine « Cana Famille » : lors d’un chemin de relecture de notre histoire familiale, nous avons pu expliquer certaines de nos blessures passées à nos enfants, mais aussi celle d’une fausse couche lorsque nous attendions notre quatrième enfant.

La joie d’attendre et la peine d’avoir perdu ce bébé avaient bien été partagées en couple et en famille, mais j’ai pu réaliser que tous ne l’avaient pas ressenti de la même manière et en particulier que Marie n’en avait pas fait le deuil aussi rapidement que je l’avais cru… Concrètement, tous les cinq au cours d’une prière, nous avons pu écrire sur une pierre le prénom de cet enfant qui aurait dû nous rejoindre et l’avons déposé ensemble au pied de la croix. Cette démarche a permis de recréer de l’unité familiale autour de ce passage douloureux. Le temps passe vite, en particulier avec des enfants qui commencent à quitter la maison, et on peut toujours avoir le regret de ne pas avoir su partager suffisamment de moments de qualité par des temps d’échange en profondeur. Je m’aperçois que les temps de prière d’alliance en famille sont parfois de vraies découvertes de ce que vivent nos enfants intérieurement et permettent de mieux se connaître. A nous de trouver le temps de le faire plus régulièrement

Alice (18 ans) :

Lorsque nous étions à « Cana Famille », j’ai pu faire comprendre à mes parents que les conversations pendant les repas familiaux n’étaient pas forcément adaptées à chacun, car ils parlaient presque toujours de paroisse, du choix des chants de la messe, et, lorsqu’ils étaient pris d’une inspiration soudaine, des travaux dans la maison ! En bref, pratiquement, que des sujets pour lesquels mon frère, ma sœur et moi nous sentions peu concernés. J’avais essayé d’aborder le problème avec eux auparavant mais le message ne passait pas. Et en parallèle, je commençais à me faire à l’idée que je partirai en étude supérieur et que je les verrai beaucoup moins souvent…

A « Cana Famille », on avait à notre disposition, à table, des petites cartes avec des questions du style : « Quel est ton meilleur souvenir d’enfance ? », « A quelle époque de l’histoire aimerais-tu voyager ? » ou encore « Quel talent aimerais-tu développer ? ».   J’ai alors confectionné d’autres cartes avec l’encouragement de Maman qui nous servent aussi lorsqu’on a des invités à la maison pour avoir des repas plus dynamiques et intéressants. J’aime beaucoup cette manière d’échanger entre nous parce que j’avais souvent l’impression avant que ce que j’aime, ce que je vis n’avait pas vraiment d’intérêt aux yeux de ma famille….

Mais avec ces cartes, même si on ne les utilise pas si souvent, on peut avoir des conversations plus profondes et intéressantes et apprendre à mieux se connaitre.

Avec ces cartes, même si on ne les utilise pas si souvent, on peut avoir des conversations plus profondes et intéressantes et apprendre à mieux se connaître.

(et j’insiste dessus parce que je pense qu’on a souvent l’impression de se connaître « assez » en famille alors qu’on ne peut jamais connaître entièrement quelqu’un, surtout si on parle toujours des mêmes sujets à table)

Simon (17 ans) :

Depuis que ma sœur est partie pour ses études et comme papa est souvent absent pour son travail, j’ai eu l’idée de monter un groupe WhatsApp juste pour nous 5 (il s‘appelle « chaton, chouchou et cie », car mes parents aiment bien se donner ces surnoms !). Ça arrive qu’on l’utilise lorsque nous sommes tous à la maison, par exemple si l’un de nous veut donner un rendez-vous pour un jeu de société ou un conseil de famille, c’est plus pratique plutôt que de se déranger. Et ça nous permet aussi de rester en lien quand on n’est pas ensemble en postant des photos ou vidéos qui nous font rire par exemple ou un dernier chant de louange qu’on veut partager… 

Julie (13 ans) :

A la fin de la session, on nous a offert un super jeu : les cartes « Cana Famille » ! Chaque dimanche soir, souvent après la prière familiale, et pendant un an on a pu tirer une carte au sort, chacun son tour, et relever un défi ou faire un partage. Par exemple, on a eu le thème : « Félicitez chaque autre membre de la famille pour une chose qu’il a faite récemment ». J’étais heureuse de voir que mon grand frère m’aimait bien, même s’il m’embête souvent. Parfois, on devait s’organiser pour préparer un repas en amoureux aux parents ou alors c’était aux parents de nous faire une surprise comme une sortie cool. Nous avons aussi un super jeu vidéo à la maison qui s’appelle « Use Your Words » : il permet de faire passer des messages en se défoulant, c’est très drôle et j’adore quand on y joue tous les cinq !

Pour résumer…

Si le dialogue est déjà un défi dans le couple, combien l’est-il davantage au sein de la famille ! L’écoute bienveillante est toujours à améliorer pour chacun du nous pour un meilleur dialogue entre nous : s’adapter à l’autre, à sa fatigue, à ce qu’il vit en ce moment… c’est un défi au quotidien, surtout quand nous-mêmes ne sommes pas dans de bonnes dispositions et que nous pouvons facilement blesser l’autre en utilisant la communication non verbale. Heureusement le dialogue passe aussi beaucoup à la maison par l’humour, les gestes de tendresses, les mots doux…

Le modèle des frat à s’appliquer en famille est un beau cadeau reçu à Cana dont on voit bien les fruits mais que nous n’ouvrons pas encore assez souvent parce que nous n’en trouvons pas toujours le temps… Il nous faudra aussi réinventer une autre façon de dialoguer à partir de la rentrée prochaine puisque les parents partent à Saragosse avec Julie pendant qu’Alice et Simon resteront en France faire leur vie d’étudiant. Heureusement, on sait qu’avant de se séparer quelques mois, on aura la chance du vivre un second Cana famille en étant au service (pour nous motiver, Alice nous a même préparé un super power point pour nous convaincre d’y participer, une autre façon de communiquer !) Alors merci Seigneur pour toutes les belles choses que tu nous prépares… et pour toutes celles que tu as encore à nous dire !

Cet article fait partie du numéro 80 de la revue FOI

Dialoguer pour se comprendre

mars-avril-mai 2024

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