Valentin Mbayadoum Ograngar

ccn, Tchad

Brigitte Milamem Yotobumbeti

ccn, Tchad

9 janvier 2022

C’est notre choix !

"Cheminer ensemble, pour nous c’est marcher, réfléchir, décider, prier, … ensemble. Cela est humainement difficile parce que nous somme différents (Homme – Femme, culture, éducation, rythme, etc.), mais, avec la grâce de Dieu, tout est possible sur ce chemin à parcourir ensemble. Cheminer ensemble, dans le couple, n’est pas facile parce que chacun a son rythme. Arriver à harmoniser les rythmes demande beaucoup d’attention, d’écoute et de patience." Valentin Mbayadoum Ograngar et Brigitte Milamem Yotobumbeti , responsables de la Communauté du Chemin Neuf au Tchad, nous disent comment ils ont été conduits à prendre une décision importante en couple, puis en famille.

Nous avons connu la Communauté du Chemin Neuf par le biais de la session Cana que nous avons vécue en 2001 à Ku-Jéricho, dans le diocèse de Moundou (Tchad), après six ans de mariage. Après avoir cheminé dans la Fraternité Cana, les frères et sœurs de la Communauté nous ont proposé de poursuivre notre cheminement dans la Communion du Chemin Neuf et cela nous a permis d’harmoniser notre vie de couple et de famille.

Brigitte : Au cours d’une rencontre avec une sœur de la Communauté en visite à Ku Jéricho / Moundou, Valentin posait beaucoup de questions pour mieux connaître la Communauté. Cela m’agaçait et m’énervait beaucoup parce que je ne me sentais pas concernée par la question de la communauté. Quelques années plus tard, le responsable du pays nous a proposé de cheminer dans la Communauté comme engagés. Valentin était prêt, mais moi, alors que le désir de servir persistait en moi, je résistais. Je me disais : « J’ai des enfants encore petits, si je dois aller en mission qui s’en occupera ? ». Le Seigneur me disait toujours dans ma méditation, à travers sa Parole : « C’est moi qui t’ai donné des enfants, des parents, je saurai m’en occuper ».

Valentin : Comme l’engagement est à deux, en couple, je patientais, j’écoutais Brigitte et je priais le Seigneur pour qu’Il nous donne sa lumière pour avancer, cheminer ensemble.

Brigitte : Dans mes méditations, le Seigneur me confirmait toujours que ma place à son service était dans la Communauté. C’est ainsi qu’en 2017, avec Valentin, nous avons dit « OUI » au Seigneur en nous engageant.

Ce oui au Seigneur nous a conduits à un autre appel : celui de la Fraternité de vie. En 2019, pendant notre formation HDS à Hautecombe (France), nous avons participé, chacun de son côté, à une retraite des Exercices spirituels, avec cette question de la Fraternité de vie. Pendant la retraite, chacun a été saisi par trois textes d’appel : l’appel d’Abraham « qui devait tout quitter pour répondre a l’appel du Seigneur » (Gn 12,1 – 9) ; l’appel de l’’Ange qui dit à Joseph de ne pas avoir peur de prendre Marie chez lui. (Mt 1, 20 – 22) ; l’appel de Moïse (Ex 3).

Lorsque nous avons échangé entre nous les fruits de notre retraite, l’appel à la fraternité de vie s’est clairement dessiné. En famille, ce fut la première étape pour nous, la deuxième étape c’est avec nos enfants et nos parents respectifs.

Cheminer ensemble, avec les enfants

C’est écouter les enfants, les respecter et prendre leur avis. Cela n’est pas un exercice facile parce que chaque parent a un penchant pour tel ou tel enfant. Nous nous efforçons alors de nous entendre, d’harmoniser nos idées avant de les exposer aux enfants. Nous ressentions comme un devoir pour nous de demander et recueillir l’avis des enfants, avant de répondre définitivement à l’appel en fraternité de vie.

De retour au pays, au cours d’une réunion familiale, nous avons informé nos enfants de notre choix, de notre appel en fraternité de vie. Ce fut un refus catégorique de leur part. Pour eux, il était hors de question d’aller vivre à Ku Jéricho, hors de Moundou, avec des prêtres, religieux, religieuses. Avec Brigitte, nous leur avons dit que nous respections leur choix ; mais nous leur avons demandé de prendre le temps de réfléchir et de prier avec cette question. Après plusieurs rencontres et temps de prières, un matin, ils ont demandé à nous rencontrer et, ce jour-là, ils nous ont dit qu’ils ne voulaient pas être un obstacle à notre cheminement ni s’opposer à la volonté de Dieu et donc ils ont dit oui pour notre appel en fraternité de vie.

Avec les parents, cela n’a pas été facile : certains ont qualifié cet appel de folie car ils ne comprenaient pas qu’on abandonne tout pour partir. Nous leur avons fait comprendre que c’était notre choix.

C’est avec une grande joie et non sans difficultés, que nous avançons doucement et avec beaucoup de patience, Brigitte et moi, dans ce chemin que le Seigneur nous a tracé dans la vie communautaire et dans la vie de travail ensemble, comme fils et fille de Dieu.

Cet article fait partie du numéro 74 de la revue FOI

Cheminer ensemble

septembre-octobre-novembre 2022

Vie de la Communauté  

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