Pascale Paté

rédactrice en chef, ccn

1 mars 2022

Changement de paradigme?

Tout chrétien est missionnaire dans la mesure où il a rencontré l’amour de Dieu en Jésus Christ ; nous ne disons plus que nous sommes ‘’disciples’’ et ‘’missionnaires’’, mais toujours que nous sommes ‘’disciples-missionnaires’’ 1 », écrit le pape François dans Evangelii gaudium. Nous sommes invités à ne pas séparer « disciples » et «missionnaires », car accueillir l’Evangile, c’est l’annoncer. Une «Bonne nouvelle » ne peut être gardée pour soi ; elle doit être proclamée. Mais, comment ?

Le XIXème siècle a vu de nombreux hommes et femmes quitter leur pays européen et partir pour les « grandes missions », laissant profiler une sorte d’archétype du missionnaire. Plus proche de nous, depuis une vingtaine d’années, nous parlons de « nouvelle évangélisation », avec la préoccupation de répondre aux besoins de notre époque et le souhait d’utiliser de nouveaux moyens. Aujourd’hui, après deux années d’une pandémie mondiale qui a fait bouger les marques de nos relations-interpersonnelles, et nous a rendus plus conscients de l’urgence écologique, nous vivons une remise en cause de notre mode de vie ; la situation géo-politique de certains pays crée des écarts de plus en plus grands entre riches et pauvres, chez les uns, et arrive à mettre en péril la démocratie chez d’autres ; la crise des abus dans l’Eglise invite celle-ci à retrouver une attitude humble et servante, alors que le pape François nous exhorte à remettre les personnes plus défavorisées au coeur de la vie de l’Eglise. Alors, à la suite de Jésus « pauvre et humble », ne recevons-nous pas des signaux d’un « changement de paradigme » quant à l’évangélisation ? Lorsque Jésus appelle ses disciples, il insiste d’abord sur la façon d’aller : « Il commença à les envoyer deux par deux (…) Il leur ordonna de ne rien prendre pour la route, sauf un bâton » (Mc 6, 9). Que veut dire, pour nous, aujourd’hui, d’aller démunis 2 ?

La prochaine béatification de Charles de Foucauld, « frère universel », nous ouvre une piste, celle de l’évangélisation par l’hospitalité, la rencontre et le respect mutuel. Au Tchad, au Liban, en Pologne et à Marseille, nos frères et soeurs vivent concrètement ce lien presque organique entre pauvreté et évangélisation, dans des situations qui les mettent en dépendance avec l’autre. Ne plus être en situation de surplomb, mais plutôt d’amitié, comme nous le disent ces trois jeunes philosophes chrétiens co-auteurs de l’ouvrage La communion qui vient 3 : « Evangéliser n’est pas transmettre une information, mais faire connaître un ami à un autre ami ». Pour d’autres, à l’écoute des mouvements sociétaux, l’enjeu se trouve plutôt dans la recherche de « traducteurs », des hommes et des femmes qui sauront traduire les besoins du monde en termes chrétiens et traduire la foi chrétienne en termes compréhensibles par tout à chacun, sur les réseaux sociaux ou par la créativité artistique.

« Etre une Eglise dans le monde et pour le monde », nous disent les jeunes qui présentent dans une video en mode slam le prochain Festival « Welcome to Paradise » 4. Les jeunes entendent bien ce « changement de paradigme » et il nous faut les écouter, afin de mieux savoir comment annoncer la « joie de l’Evangile».

Cet article fait partie du numéro 72 de la revue FOI

Evangéliser autrement?

mars-avril-mai 2022

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