Ziad Fahed

Théologien. Directeur du bureau de mission universitaire et professeur associé à l'Université Notre Dame-Louaize (Liban)

Interview : Ziad Fahed

Chercher à vivre en « homme réconcilié »

La guerre du Liban a commencé quand j’avais neuf ans. Mon enfance a été marquée par ces années de guerre ou on a vu le mal, la souffrance. Lorsque j’étais adolescent, j’ai cru au pouvoir de la violence. Je pensais que la violence pouvait tout résoudre. Mais plus tard, j’ai compris que ce n’était pas le bon choix.

La guerre du Liban a commencé quand j’avais neuf ans. Mon enfance a été marquée par ces années de guerre ou on a vu le mal, la souffrance. Lorsque j’étais adolescent, j’ai cru au pouvoir de la violence. Je pensais que la violence pouvait tout résoudre. Mais plus tard, j’ai compris que ce n’était pas le bon choix. J’ai vu le mal, j’ai vu les bombes, j’ai vu la mort, j’ai vu les blessés, j’ai vu Beyrouth et le Liban se déchirer, j’ai vu ou le mal et la violence pouvaient mener une nation.

A cette époque, je croyais à ce discours diabolique, ou l’être humain diabolise son frère et sa sœur en humanité. Et j’y ai adhéré, j’y ai cru. Mais, plus tard, la Providence a fait que j’ai rencontré des hommes et des femmes qui m’ont permis d’adopter une réflexion plus critique, à me poser des questions, chercher, fouiller, essayer de comprendre et c’est la – c’était la plus belle découverte de ma vie – que j’ai compris, finalement, que nous sommes des frères et des sœurs en humanité.

J’ai compris que ce qui nous unit est beaucoup plus fort que ce qui nous sépare, ce qui nous connecte l’un à l’autre est beaucoup plus profond. Il y a notre soif de Dieu, il y a cette présence invisible, et visible, de Dieu qui nous guide et qui nous permet de faire ce « pèlerinage de confiance sur la terre » dont parlait Frère Roger de Taizé.

Ce qui nous unit est beaucoup plus fort que ce qui nous sépare.

Avec le temps, j’ai rencontré des Chrétiens, des Musulmans, et, à travers ces hommes et ces femmes, j’ai pu comprendre la présence de Dieu dans ma vie. J’ai fait le deuil en moi de tout discours qui peut me pousser à diaboliser l’autre et ainsi j’ai fait un chemin. J’ai commencé des études de Théologie au Liban, que j’ai poursuivies à Lyon. J’ai rencontré la communauté de Taizé, j’ai eu de longues discussions avec Frère Roger et j’ai pu saisir l’importance de vivre en personne réconciliée.

Plus tard, j’ai pu élaborer ce concept de l’homo reconciliare, comme on dit homo sapiens etc. Homo reconciliare, cela signifie être un homme, être un être humain après la réconciliation, chercher à vivre en réconcilié.

En 2010, j’ai fondé une association qui s’appelle DLR Lebanon (Dialogue for Life and Reconciliation – Dialogue de la vie et de la réconciliation) avec, comme mission principale, de découvrir et promouvoir la dignité d’être différents. Parce qu’il y a une beauté dans cette différence, il y a une dignité. Je commence à exister pour l’autre quand je commence à dialoguer avec lui ou elle. Le dialogue me fait exister, le dialogue nous fait exister l’un pour l’autre.

Cet article fait partie du numéro 67 de la revue FOI

La fraternité

décembre 2020-janvier-février 2021

Regard sur le monde  

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