Solène Dailloux

coordinatrice du parcours Posture Apprenante de Coopération (PACoo’)

6 juin 2024

Témoignage

Derrière chaque peur se trouve le courage

Passer de l'éco-anxiété à l'éco-spiritualité

J’ai eu la chance de grandir dans une petite ville auvergnate, avec un accès facilité à la nature et à de nombreuses commodités.

J’ai eu la chance de recevoir beaucoup d’amour de ma famille, ayant grandi dans le même foyer partagé par mes parents, mon frère ainsi que mes grands-parents. Ces conditions d’enfance font qu’aujourd’hui je me sens particulièrement chanceuse et entourée. Mes parents étaient restaurateurs, mon grand-père banquier et ma grand-mère tenait une quincaillerie. J’ai eu la chance de faire des études dans une grande école de commerce.

J’aimerais maintenant vous raconter une des expériences les plus bouleversantes de ma vie, celle de ma transition écologique.

En 2018, je vivais à Paris et travaillais en alternance au sein de l’entreprise Air France, dans le département marketing. Un jour, lors d’une conversation avec mon meilleur ami Jordan, qui, à l’époque travaillait chez BlablaBus, celui-ci me parle d’un livre qu’il vient juste de terminer, Comment tout peut s’effondrer, de Pablo Servigne, et ajoute : « Solène, j’ai l’impression qu’on ne va vraiment pas dans la bonne direction, avec nos études ! ». Cette phrase m’a beaucoup interpellée et, de fil en aiguille, j’ai commencé à me renseigner sur les questions écologiques.

Lecture d’articles, visionnage de films, écoute de podcasts, toutes les constructions du monde que j’avais projetées se sont petit à petit écroulées. Je poursuivais ma mission chez Air France tout en me sentant en dissonance, avec l’ultime conviction que je contribuais à une activité qui détruisait la planète.

Peur de l’avenir, inquiétude constante de l’impact de mon mode de vie, sentiment d’impuissance, stress, perte d’espoir, sensation de n’en faire jamais « assez » … Je n’avais plus qu’une chose en tête : agir. J’avais envie de concret, d’aller réveiller les consciences.

Peur de l’avenir, inquiétude constante de l’impact de mon mode de vie, sentiment d’impuissance, stress, perte d’espoir, sensation de n’en faire jamais « assez » … Je n’avais plus qu’une chose en tête : agir.

Alors, à la fin de mon alternance, j’ai rejoint un collectif d’étudiants et de jeunes diplômé.e.s, « Pour un réveil écologique ». J’ai ainsi pu mettre mon énergie au service de causes plus grandes, afin de transformer l’enseignement supérieur et les entreprises.

Cet engagement m’a conduite à rencontrer le « Campus de la Transition », à Forges, un lieu de vie, de recherche, d’expérimentation et de formation autour des questions écologiques. J’ai eu la chance d’y découvrir une pédagogie transformante, alliant savoir théorique et dimension corporelle et émotionnelle. Une des pratiques qui m’a le plus touchée est celle du « Travail qui relie », méthode mise en place par l’éco psychologue américaine Joanna Macy, à la fin des années 1970. C’est une méthodologie de transformation personnelle et collective qui vise à développer nos ressources (intérieures et collectives) pour passer de l’impuissance face à l’état du monde à l’espérance.

A cette époque, j’étais dans une phase de dépression ; je me sentais très seule et déboussolée face aux faits du monde. Cette méthode a été une grande révélation pour moi. J’ai commencé à comprendre que mes émotions étaient comme des signaux me donnant des informations. J’ai appris, par le processus du « Travail qui relie », à regarder ce qui se cache derrière ces émotions : derrière chaque peur se trouve le courage ; derrière la tristesse se trouve l’amour ; derrière la colère se trouve la soif de justice ; derrière la sensation de vide la possibilité d’un nouveau départ.

Pour moi, le « Travail qui relie » est plus qu’une méthode. C’est une philosophie de vie qui nous relie à la gratitude. La gratitude envers le fait de me sentir vivante ; d’être ici, présente, maintenant ; faisant partie de cette magnifique nature. Je ressens au plus profond de mes cellules à quel point cette notion est un fil conducteur dans ma vie, y compris dans les étapes les plus difficiles.

Prendre soin de moi, me régénérer pour pouvoir prendre soin des autres et du vivant, sans me brûler dans l’action.

Le « Travail qui relie » a été pour moi l’entrée sur le chemin vers ma vie intérieure. J’ai alors commencé à comprendre à quel point mon engagement pour une justice sociale était nécessaire à coupler avec mon engagement spirituel. Aujourd’hui, il m’est impossible de continuer à m’engager de façon profonde et concrète sans prendre soin de mon corps physique, de ma santé mentale et ma spiritualité. Prendre soin de moi, me régénérer pour pouvoir prendre soin des autres et du vivant, sans me brûler dans l’action.

Pour moi, le soin dans l’activisme ne se résume pas à se ressourcer pour pouvoir retourner sur le terrain. Mais véritablement remettre en question nos façons d’agir et s’assurer de ne pas reproduire les mêmes systèmes d’oppression (envers les êtres humains et non-humains) que nous visons à transformer par l’activisme.  

Cet article fait partie du numéro 81 de la revue FOI

Vie intérieure

juin-juillet-août 2024

Regard sur le monde   Vie de l'église  

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