Dominique et Marie-Christine Ferry

mariés, ccn, Tigery

Témoignage

Dieu appelle

« Tout le long de notre vie, le Christ nous appelle [...]il nous appelle toujours de grâce en grâce. [...] Abraham fut appelé à quitter sa maison, Pierre ses filets, Matthieu son emploi, Elisée sa ferme, Nathanaël sa retraite ; tous nous sommes appelés sans cesse, d’une chose à l’autre, toujours plus loin... » (John Henry Newman, Parochial and Plain Sermons).

Tout a commencé pour nous chez les Sœurs de Bethléem à l’Abbaye de Bocquen : au cours d’un week-end passé avec elles, les sœurs nous avaient proposé de nous engager davantage dans notre relation à Dieu en consacrant nos vies au Christ par les mains de Marie. Le 16 Juillet 1983, au travers de cette prière de consécration, nous avons vécu le Baptême dans le Saint-Esprit et reçu cette Parole : « Tout ce qu’Il vous dira, faites-le. » (Jn 2,5). Ce sont elles qui nous ont envoyés à Cana et de là, à la Communauté.

Durant l’été, alors que nous priions tous les deux séparément avec l’appel des quatre premiers disciples, nous recevons chacun la conviction que c’était Jésus lui-même qui nous disait : « Venez à ma suite et je vous ferai pêcheurs d’hommes. Eux aussitôt, laissant les filets, le suivirent. » (Mt 4,19). Il nous invitait à laisser notre vie professionnelle et notre maison pour annoncer le Royaume. Comme cela se passait pendant un temps avec le Communauté, il nous semblait que c’était là que le Seigneur nous appelait à travailler à sa Vigne. La Communauté nous confirmant dans cet appel, nous nous sommes préparés pour aller aux Pothières l’année suivante, arrêter la vie professionnelle et peu à peu devenir responsables de la formation (Cycle A et C).

Au cours d’une retraite de 30 jours à Tigery, Dominique était au service de l’accompagnement et Marie-Christine aux Pothières. Tout à coup, de façon inattendue, a surgi pour Dominique la question du diaconat permanent ; au cours d’un « quies », de retour aux Pothières, Marie-Christine lui partage qu’elle a pensé au diaconat pour lui. Comme cette question ne le lâchait pas, Dominique s’en ouvre au responsable de la Communauté, le Père Fabre ; il lui dit que l’Archevêque de Lyon vient de demander à la Communauté de présenter des candidats au diaconat permanent et que son nom est sur la liste de ceux à qui le Conseil de Communauté voulait poser la question.

Au cours du week-end de Pentecôte 1987 où la Communauté était rassemblée à Tigery, suite à une image reçue dans le groupe de prière, le Père Laurent fait un appel à tous ceux qui se sentent appelés à évangéliser par l’Art pour qu’ils s’avancent pour remettre leurs talents au Seigneur et demander à l’Esprit Saint de les guider sur ce chemin. Ainsi est née la fraternité Création, dont Marie-Christine deviendra responsable. Peu de temps après, Monseigneur David, évêque de La Rochelle, proposait à la Communauté de s’installer à l’Abbaye de Sablonceaux pour y participer, entre autres, à la pastorale du tourisme. Ainsi naitront toutes sortes d’initiatives artistiques et d’évangélisation durant les étés : création de la pièce Jonas, de « Georges ou le fils aîné », de concerts classiques, de visites guidées de l’abbaye, de son et lumière, de l’atelier de poterie, des spectacles à Montmartre et à Rome pour les JMJ 1997 et 2000…

Avec Mgr; Decourtray, Lyon 1994

En Février 1989, alors que notre engagement à vie et l’ordination diaconale de Dominique devaient avoir lieu à Pâques, le Cardinal Decourtray, alors président de la Conférence épiscopale de France, demande au Père Laurent Fabre s’il accepterait de prêter Dominique au diocèse, pendant trois ans, pour assurer la responsabilité de la communication : nouvel appel au service de l’Eglise, élargissement de l’espace de notre tente.

En 2002, après 10 ans au service de la Communauté en France, nous partageons au Père Laurent notre sentiment qu’il serait peut-être bon d’envisager pour nous une autre mission. Il nous fait alors plusieurs propositions, dont celle d’aller en Angleterre pour aider à y fonder la Communauté naissante. Notre première réaction n’est pas enthousiaste, mais partant faire une retraite à ce moment-là, nous posons la question devant le Seigneur. Dominique découvre dans la prière que ses objections à l’Angleterre sont de l’esprit du monde et Marie-Christine dans la nuit est « visitée » par le Seigneur et se réveille au matin consolée et joyeuse avec le mot « Angleterre ». En Septembre, nous rejoignons la Communauté à Langport, petite ville de moins de 2000 habitants dans le Sommerset.

Après quatre ans, le Conseil de Communauté nous interpelle pour sortir de notre campagne et fonder la Communauté en milieu urbain avec une mission qui nous mette en contact avec des jeunes. Après avoir repéré les principales villes universitaires d’Angleterre, nous écrivons à dix évêques anglicans et catholiques pour leur présenter la Communauté et savoir s’ils auraient une mission à nous confier. Cinq veulent nous rencontrer, et ce sera l’archevêque de Southwark (moitié sud de Londres) qui nous proposera un contrat de trois ans comme aumôniers d’étudiants dans deux universités du sud de Londres, avec une petite maison pour y installer la Communauté. Temps de mission passionnante, mais où nous avons l’impression que beaucoup de grains tombent sur le chemin, la rocaille ou les ronces, et très peu sur la bonne terre. Ce qu’il nous manque, c’est un foyer d’étudiants à partir duquel développer notre pastorale.

Après ces trois années, l’occasion nous est donnée de changer de diocèse pour rejoindre le diocèse de Westminster (moitié nord de Londres) qui vient de changer d’archevêque, et d’y prendre la responsabilité d’un foyer de 70 étudiants qui nous est confié par des sœurs, et celle d’une autre aumônerie d’étudiants d’universités très proches du foyer. Le rêve !

A travers un colloque tenu à Montagnieu, Pierre-Yves Denis nous signale avoir rencontré un homme très intéressant, Dean de la cathédrale anglicane de Liverpool, qui a mené des missions de réconciliations en Afrique, Justin Welby. Nous prenons contact avec lui pour voir s’il pourrait venir partager avec les étudiants du foyer. Au cours de notre rencontre, il nous propose d’explorer la possibilité d’établir à Liverpool un centre spirituel œcuménique. Mais très vite, il sera nommé évêque de Durham et nous proposera d’explorer la possibilité pour la Communauté de prendre la responsabilité d’une paroisse anglicane, mais avant que cela n’aboutisse, il est nommé archevêque de Canterburry.
Au bout de deux ans et demi, une vive tension survient avec la communauté des sœurs de notre foyer qui décident brutalement de mettre fin par anticipation à notre contrat de cinq ans et nous donnent six mois pour déménager. Au même moment, le sœurs propriétaires de la maison de Langport nous signifient qu’elles mettent en vente la maison et qu’il nous faut partir. Tout à coup, nous voilà à court terme sans toit en Angleterre !

Au cours d’un week-end communautaire, nous prions le Seigneur de nous montrer le chemin, et Il nous invite à lui faire confiance, car la Communauté ce sont des frères et sœurs et non des maisons. Toute la communauté repart rassérénée, redoublant d’ardeur pour trouver où le Seigneur allait nous « trouver un nid pour abriter sa couvée » (Ps 83, 4).

Le Seigneur va répondre très vite, puisque dans les six mois nous aurons une nouvelle maison à Storington, une autre à Sclerder, une paroisse à Londres (Christ the King), et une invitation à nous installer à Lambeth Palace, résidence londonienne de l’Archevêque de Canterbury. C’est comme une seconde fondation pour la Communauté en Angleterre et, après onze ans, il nous semble qu’il faut d’autres responsables pour assurer cette nouvelle étape. Ce qui nous est confirmé par la lecture de Dt 31 où Moïse voit la terre promise, mais c’est Josué qui y fait entrer le peuple.

Fraternité à Oosterhout

Nous rentrons en France pour quatre années à la Paroisse de Levallois, durant lesquelles Marie-Christine pourra accompagner ses parents malades et dépendants vers leur retour au Père. En même temps, la mission paroissiale est bouillonnante : Alpha, Cana welcome, groupes Bibliques, Siloë Pro, Emmaüs, ministère diaconal… et porte du fruit, mais il nous semble que pour nous, intérieurement, cela ne nous unifie pas assez. Nous en faisons part au Père François Michon, nouveau responsable de la Communauté qui nous propose de partir aux Pays-Bas pour aider Sœur Ruth, responsable de la Communauté à accompagner le chemin de couples se posant la question de la vie communautaire. Dominique ressent tout de suite l’appel, mais Marie-Christine attend une parole qui la confirme, car elle se sent âgée et sans force. Cela viendra le jour de l’Annonciation avec ces mots de l’ange à Marie : « Elisabeth vient elle aussi de concevoir un fils dans sa vieillesse […] car rien n’est impossible et Dieu » et « Comment cela se fera-t-il ? […] L’Esprit-Saint viendra sur toi et te prendra sous son ombre » (Lc 1, 35-36). En Septembre 2017, au moment de la mort du père de MarieChristine, nous partons à l’Abbaye d’Oosterhout. Nouveau pays, nouveaux frères et sœurs, beaucoup de contacts avec les Protestants, des amis dans le Seigneur et la communauté qui grandit. Au bout d’un an, la Belgique et les Pays-Bas sont appelés à marcher ensemble.

De passage à Paris pour Noël 2022, les enfants insistent pour que Marie-Christine voie un médecin. Le 30 décembre, on nous apprend que Marie-Christine doit subir sans tarder une opération à cœur ouvert : plus question de retourner aux Pays-Bas, nous devons tout abandonner brusquement entre les mains du Seigneur et des frères et sœurs. Une autre parole, à propos de la Providence, entendue dans un podcast d’un frère de l’Emmanuel nous accompagne dans ce passage : « Si les choses ne se déroulent pas comme on les avait prévues, c’est que Dieu a un meilleur plan ! »

 D. & M-C. F.

Cet article fait partie du numéro 78 de la revue FOI

LE CHEMIN NEUF FÊTE SES 50 ANS

septembre-octobre-novembre 2023

Vie de la Communauté  

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