Bénédicte Le Callennec

mariée, mère de famille, ccn, Conseillère conjugale et familiale

27 mars 2024

Dialoguer en famille

En famille, apprendre à aimer et à dialoguer !

Rêvons un peu… Dans la « famille idéale» , chacun pourrait exprimer ses émotions en toute sécurité, développer sa personnalité, recevoir et donner, partager ses idées avec les autres membres du foyer… pour ensuite être en mesure de se déployer à l’extérieur de la famille. Mais voilà, réaliser ce rêve n’est pas si simple !

Un climat de confiance

Pour que chacun puisse s’exprimer en vérité et « se confronter » à l’autre dans une discussion, un climat de confiance, de bienveillance, de respect mutuel est nécessaire. Bref, un espace où les membres de la famille se sentent en sécurité, où ils ont l’assurance d’être acceptés tels qu’ils sont, et où ils ont le droit à leurs propres idées, leur intimité, leurs rêves… Il s’agit pour les parents, de cultiver cet espace rassurant, ce terreau favorable au dialogue. Les temps de qualité en famille ou à quelques-uns, sont des moments privilégiés pour faire grandir la complicité, la confiance, l’amour tout simplement ! Chaque famille peut trouver ce qui rassemble le plus : repas (sans écrans !), jeux de société, randonnées, fête, détente…

Le temps

Le plus grand défi aujourd’hui est de consacrer du temps à ces relations gratuites. Cela « demande » de la volonté et de l’investissement. C’est si important de partager sur ce qui enthousiasme chacun des membres de la famille, de faire des projets communs, de discuter du dernier film qu’on a vu ensemble, de faire mémoire des bons souvenirs familiaux… Or la tentation est forte de fonctionner en famille. Nous disons souvent qu’il faut gérer les enfants, gérer leurs activités, gérer leurs devoirs,… Comme si nos vies étaient tellement chargées que l’organisation, la planification, la répartition des tâches (bien nécessaires par ailleurs !) étaient le centre de notre attention et prenaient le pas sur les rencontres simples et nourrissantes affectivement. Sommes-nous prêts à faire de ce terreau familial une priorité ? C’est ce que les semaines Cana familles proposent. (cf ci-dessous)

J’insiste sur l’importance du climat familial et des relations gratuites car c’est dans cet environnement que naissent les discussions fécondes et que peuvent être abordés paisiblement les sujets sensibles, les divergences de points de vue… Nous serons d’autant plus enclins à accueillir l’opinion différente, la remise en question, l’interpellation, que nous aurons créé cette ambiance chaleureuse. Sans cette assurance d’un amour inconditionnel, adultes et enfants peuvent être sur la défensive : l’attaque, la fuite, la soumission par peur… bref des réactions de survie !Les conflits peuvent d’ailleurs aller jusqu’à la rupture de relation.

L’écoute des émotions

Abbaye des Dombes, Cana Famille

Le dialogue demande à chacun d’apprendre à écouter vraiment. L’autre est autre ! Il pense et réagit différemment de moi. Il a ses propres désirs. Ecouter l’autre, accueillir ses émotions ne veut pas dire les « approuver », mais toutes les émotions peuvent être accueillies : peur, tristesse, colère, déception, frustration, envie, jalousie… et joie aussi ! C’est tout un apprentissage pour les adultes et les enfants, de reconnaître que l’autre est traversé par des émotions qui sont légitimes et différentes des miennes. Tout un apprentissage aussi, d’accueillir sans juger (« C’est hors de question ! »), sans interpréter (« Tu n’as pas réfléchi ! »), sans donner des solutions hâtives (« Tu devrais faire comme cela ! »), sans minimiser (« Ce n’est pas grave ! »), ou tout simplement sans nier ces émotions (« Tu n’as aucune raison d’avoir peur ! »)

C’est tout un apprentissage pour les adultes et les enfants, de reconnaître que l’autre est traversé par des émotions qui sont légitimes et différentes des miennes.

Pour autant, tous les comportements ne sont pas acceptables et c’est bien aux parents de fixer les limites. Le cadre est là pour protéger l’enfant lui-même et pour protéger les relations. Il est bon de rappeler, comme le dit Véronique Margron, que la relation parents/enfants est asymétrique. Ce sont les parents qui sont les « leaders ». Ils ne sont pas les « amis » de leurs enfants, mais bien leurs premiers éducateurs. Ce sont eux qui accompagnent avec bienveillance et fermeté, relèvent, encouragent, montrent l’exemple. Ce sont eux aussi qui doivent les premiers maîtriser leurs émotions, écouter les points du vue, manifester de l’empathie, accepter les frustrations… Les enfants ne font pas ce qu’on leur dit de faire : ils font ce que leurs parents font !

Traverser les conflits

Les conflits en famille viennent souvent d’une difficulté à faire coopérer les enfants (autour des services domestiques, autour des devoirs…). Ici, il ne s’agit pas de dialoguer longuement sur le fond du sujet mais plutôt de discuter, négocier sur la forme. Les idées de chacun peuvent être prises en compte. On ne négocie pas sur le fait de se laver les dents, mais on peut négocier le goût du dentifrice ou la forme de la brosse à dent ! On ne discute pas sur la participation de chacun au service de ménage, mais on peut négocier sur le moment où on le fait… L’enfant est alors plus enclin à coopérer lorsqu’il se sent « acteur » et non « exécutant » des nombreuses tâches à accomplir !

Les adolescents

Avec les adolescents, certains sujets sont plus délicats, comme les sorties avec les amis, la tenue vestimentaire, le temps sur les écrans… Ils vont nécessiter un dialogue et non un monologue fait de discours moralisateurs ! Il s’agit de construire « les règles » avec le jeune. Si l’adulte impose sans écouter le point de vue de son enfant, celui-ci va obtempérer «  servilement  », ou bien au contraire se rebeller, ruser ou mentir… Il faut bien sûr choisir ses batailles car les sujets sont d’importance variable. N’oublions pas que l’objectif de l’éducation est de « conduire hors de » (cf étymologie). Nous accompagnons nos enfants à exercer leur sens critique, à prendre des bonnes décisions pour leur corps, leur vie affective, leur avenir professionnel… Il est important que les parents se mettent d’accord entre eux sur ce qui est non-négociable et ce qui est négociable pour avoir une même parole (même si les enfants sauront toujours quoi demander à quel parent selon son degré de souplesse !).

Le plus difficile pour des parents est de tenir bon dans l’adversité car bien sûr l’adolescent va chercher à tester si le cadre posé est solide. J’aime bien cette image du parent qui est comme un panneau indicateur d’une direction et de l’ado qui secoue ce panneau pour vérifier s’il tient bon !

La communication non-violente

Dans la communication non violente, nous choisissons de ne pas attaquer l’autre de front lorsque nous avons un problème avec ce qu’il a fait, ce qu’il a dit ou ce qu’il a décidé. En revanche, nous prenons le temps de dire à l’autre l’objet de notre désaccord (sans juger ou accuser), d’exprimer les émotions dans lesquelles cela nous met, de parler de nos besoins et de demander ce que nous souhaitons, en ayant confiance que l’autre est capable d’empathie et de collaboration. Pratiquer cette façon de communiquer s’apprend et demande, là encore, du temps. Cela porte vraiment du fruit dans la vie de famille. Dans l’accompagnement de la fratrie, nous apprenons également aux enfants à gérer leurs différents de cette manière-là.

Le pardon

Lorsque la relation parent/enfant ou dans la fratrie a été abîmée par l’emportement, les injures, le mépris, le mensonge, l’insolence, la violence, la négligence… il faudra à chacun de l’humilité pour demander pardon ou pardonner et du temps pour rétablir la confiance, voire guérir les blessures.

Abbaye de Sablonceaux, Cana Famille

L’exemple de Jésus peut nous aider  : il différencie toujours la personne de ses actes. Ce n’est pas parce qu’un enfant a dit un mensonge, qu’il EST un menteur. En tant que parent, nous pouvons dire : « Toi, je t’aime, même si je n’aime pas ce que tu as fait. » « Tu vaux plus que ce que tu fais. » Nous pouvons également demander pardon à nos enfants lorsque nous sommes en tort. Ce n’est pas un signe de faiblesse. C’est tout simplement l’aveu que nous ne sommes pas des parents parfaits mais des parents en chemin !

Ce n’est pas un signe de faiblesse. C’est tout simplement l’aveu que nous ne sommes pas des parents parfaits mais des parents en chemin !

Conclusion 

C’est un atout pour toute leur vie lorsque les enfants ont pu expérimenter l’acceptation mutuelle, l’écoute bienveillante, le dialogue dans la confiance, les temps de qualité, la construction de solutions satisfaisantes pour chacun, le pardon… Ils sont alors « équipés » pour leur vie relationnelle à l’extérieur du foyer. La famille est un véritable laboratoire où chacun apprend à aimer et à dialoguer !

B. L. C.


Pour aller plus loin

Les langages de l’amour, Gary Chapman, Farel, 2002
Les mots sont des fenêtres, M.Rosenberg, La découverte, 2016
Parler pour que les enfants écoutent, A.Faber et E.Mazlish, Aux éditons du Phare, 2012 La joie de l’amour, Exhortation Pape François, 2016

Cana Famille

Pour une vie de famille harmonieuse

Vous êtes parents, seul ou en couple, d’enfants de 6 à 18 ans. Votre vie professionnelle est dense, vos enfants grandissent et les difficultés de la vie se présentent. Vous souhaitez prendre du temps en famille pour permettre à chacun de trouver sa place et trouver le bon équilibre.

CANA Famille c’est une semaine privilégiée pour :

Vous parler et vous écouter au sein du couple, entre parents et enfants, dans la fratrie.
Echanger avec d’autres parents sur votre rôle de père, de mère, vos joies et vos difficultés.
Jouer et prendre du temps en famille !
Découvrir l’action de Dieu dans votre vie et dans votre famille.
Prier et écouter la Parole de Dieu.
Faire la fête !

Cet article fait partie du numéro 80 de la revue FOI

Dialoguer pour se comprendre

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