Philippe Tabouy

marié, père de famille, ccn, Chartres

1 juin 2021

Paternité et adoption

Etre père « autrement »

Un jour, à table, l’une de nos filles m’a interpellé pour connaître ma décision concernant l’adoption d’un petit garçon, que nous avions envisagée deux ans plus tôt, projet familial pour lequel moi seul avais dit ne pas être prêt.

Je lui ai demandé une semaine pour pouvoir entendre ce que le Seigneur avait à me dire. Une semaine plus tard, ma fille me demande : « Que t’a dit le Seigneur ? ». Je lui ai répondu : RIEN. Mais, en réalité, le Seigneur m’avait déjà parlé, lors de la précédente semaine communautaire. Alors que je disais aurevoir à des frères polonais, une petite fille adoptée s’est jetée dans mes bras, à la surprise de sa maman qui la pensait sauvageonne. En la recevant dans mes bras, j’ai senti en moi un mouvement du coeur : ce n’était pas moi qui la prenais dans mes bras, mais elle qui me prenait dans les siens. J’ai compris que le Seigneur me disait que j’étais prêt à être père « autrement ».

Dans l’évangile du premier jour de notre démarche d’adoption, on pouvait lire « Ce que vous ferez à l’un de ces petits, c’est à moi que vous le ferez » (Mt 25, 40). Neuf mois plus tard, nous avons accueilli à Roissy un petit garçon, Briac, dont nous n’avions vu que des photos. J’ai pu alors le prendre dans mes bras et c’était déjà mon enfant comme les autres.

Après six années de vie familiale, Briac gardait en lui une souffrance d’abandon par ses tantes, et nous avons compris que le Seigneur nous demandait d’aller en Ethiopie avec lui retrouver sa famille restante. Ses parents étant décédés, il recherchait la maison de son père.

Ce voyage eut de beaux et grands fruits : • Une vraie réconciliation du coeur de Briac avec sa famille que, par miracle, nous avons retrouvée. • Les retrouvailles avec le meilleur ami de son père qui lui a remis les cinq photos existantes de ses parents avec lui, montrant leur joie familiale • Le beau souvenir des personnes du quartier qui se rappelaient les belles qualités de Briac à cinq ans, prenant grand soin, seul, de son papa malade. • La rencontre avec sa grand-mère maternelle, qui a pris mes mains dans les siennes. Puis, en m’embrassant, m’a confié Briac, en disant qu’elle pouvait mourir en paix car elle savait maintenant qu’il allait bien.

Puis, il a fallu traverser la période tourmentée de l’adolescence. Moi, je l’avais adopté tout de suite. Mais, de mon côté, de quelle manière je me laissais adopter par lui, et avait-il dit « oui » à l’adoption? Lors de sa fugue, surtout liée à des problèmes scolaires, Briac m’a amené à lui donner ma confiance : sur le chemin de retour du commissariat de police, il refusait de rentrer à la maison. Décontenancé, je l’ai suivi, perdant pied à mon tour, ne sachant pas l’issue d’un tel moment. Au bout de quelques tours de pâtés de maison, j’ai pu lui dire que j’avais choisi de lui faire confiance, qu’il nous dirait ses choix et que je serai à ses côtés jusqu’au bout.

Plus tard, un dimanche, à table, Briac a pris la parole : « En fait, je suis français : je parle français, mes amis sont français, ma famille est française ». Ce jour, il venait de me dire qu’il m’adoptait comme son père.

Cet article fait partie du numéro 69 de la revue FOI

St Joseph, un modèle masculin?

juin-juillet-août 2021

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