Estelle Sogbou

soeur consacrée, ccn, Abbaye ND des Dombes, doctorante au Centre Sèvres-Facultés Jésuites de Paris (France) en théologie dogmatique, formatrice à l’ITD, membre du Circle of Concerned African Women Theologians.

Interculturalité

Etre un homme, une femme à la pensée ouverte

Nous vivons dans un monde multi-culturel, mais vivons-nous l'interculturalité, cette rencontre de l'autre différent de nous, et qui nécessite une "traduction"? Etre "affecté" par l'autre pour nous faire quitter les rives de l'indifférence ou de l'in-connaissance est un chemin chrétien, à la suite du Christ qui a "tant aimé le monde qu'il a donné sa vie pour lui".

Pourquoi passer du multi culturel à l’interculturel ?
L’Eglise, au long de son histoire, a été confrontée à l’interculturalité à de nombreuses reprises, mettant en jeu différentes cultures, juxtaposées et en concurrence les unes avec les autres.

Et donnant lieu à une culture dominante et malheureusement avec la violence qui pouvait l’accompagner.
Il y a donc une nécessité de sortir de ce schéma. Un nouveau visage de l’Eglise est en élaboration. Il ne se caractérise plus par la prédominance d’une culture mais plutôt par des rapports nouveaux entre les différentes cultures qui la composent.

Comment se dessine ce nouveau visage ? L’expérience de traduction : penser la relation entre nos cultures sous le mode de traduction (Marc Crépon)

Penser la relation entre les cultures comme traduction, c’est annoncer qu’il sera impossible désormais de parler des différentes cultures comme d’entités homogènes, développées à partir d’un fond propre, car, par le biais de la traduction, elles ne pourront rester identiques à elles-mêmes. Elles seront progressivement, chacune de façon singulière, un miroir de toutes les autres. Prise dans une telle perspective, l’extension du concept de traduction consiste à penser la relation entre les cultures dans un horizon cosmopolite. C’est une promesse eschatologique, une promesse d’espérance

La traduction opère une véritable désappropriation de ma (notre) langue – elle la déporte vers une communauté qui n’est plus seulement celle de ceux qui parlent la même langue que moi. Elle me rapproche de ceux qui parlent d’autres langues (les langues traduites), de même que ce qui se traduit de leur langue dans ma langue les rapproche de moi et fait que cette langue n’est plus tout à fait, ou du moins plus exclusivement, la mienne.

Ce qui se brouille, avec la traduction, c’est la carte du mien et du leur. C’est aussi tout rêve d’une appropriation (d’une maîtrise et d’une possession de sa langue, comme « langue maternelle »). Je ne puis être maître de ma langue, je ne puis jamais la posséder, dès lors que je ne suis pas maître de ce qui, par le biais de la traduction, risque, à chaque instant, de lui arriver.

L’accueil radical et me tenir à la frontière dans le troisième lieu avec l’autre.
Il s’agit de rejeter l’« assimilation » sommaire, et d’aller a au-delà de l’« inclusion » symbolique. Il s’agit de faire preuve d’une attitude d’« accueil radical » ou comme le dit le pape François, d’être un homme, une femme à la pensée ouverte.

Dans le cadre d’une communauté, le message est alors : « Apportez vos valeurs culturelles et religieuses, votre voix et votre personnalité autonome, et aidez-nous afin que nous construisions ensemble une nouvelle communauté ».

Au-delà de l’assimilation et même de l’incorporation, cette approche facilitera l’incarnation authentique de chaque membre. Cela signifie inévitablement que chaque membre de la communauté sera affecté par la présence des autres culturellement différents, comme tous sont appelés à une conversion permanente : laisser jaillir la nouveauté et être inventif ensemble.

Le nécessaire par la réconciliation

Pour qu’il y ait réconciliation, il faudrait faire mémoire : pour l’Eglise, reconnaître cette compromission avec la colonisation, avec l’esclavage.

La réconciliation fait advenir une nouveauté.

La réconciliation du Christ passe par les marges :


Pour réconcilier l’humanité avec elle-même et avec Dieu, et pour briser les barrières qui séparent les gens, Jésus a choisi de devenir une personne « marginale », un « étranger » sociologique et biblique, plutôt qu’un homme de pouvoir et d’influence. Les personnes influentes occupent des positions centrales, des lieux de pouvoir et d’autorité, mais Jésus a choisi la marginalité comme manière la plus efficace de rencontrer les gens marginalisés par les circonstances et la société.

Passer de la juxtaposition au tissage pour laisser apparaître une nouvelle image.
Une nouveauté, une réalité.
Un passage du multi à l’inter

Le seul chemin efficace pour ce faire est celui de Jésus, la voie de la Croix, la voie qui consiste à rencontrer ceux qui vivent à la marge et à marcher avec eux. Etant données les fortes pressions culturelles poussant à l’accomplissement, à l’avancement et à la reconnaissance sociale, la vie interculturelle est une invitation claire à un style de vie contre-culturel.

Conclusion

C’est un horizon qui est devant nous : une promesse et un tissage qui se fera sur un long temps mais qu’il faudrait commencer aujourd’hui.

Dans des petits lieux, nos communautés religieuses, dans nos facultés de théologies, dans nos paroisses etc, parce que le singulier est puissance d’universel. E. S.

Cet article fait partie du numéro 78 de la revue FOI

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septembre-octobre-novembre 2023

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