Sr. Joanna Pruszkowska

ccn, Mistów (Pologne)

L'hospitalité. Témoignage

Être une présence aimante

Charles de Foucauld a été canonisé il y a quelques semaines. Lui qui a tellement désiré être le frère universel, vivre un quotidien pauvre avec les pauvres, il est un signe pour nous ici à Mistów, où, depuis trois mois, nous partageons la vie avec les réfugiés d’Ukraine. Pendant la rencontre avec la famille spirituelle de Charles de Foucauld, le pape François a dit : « Comme le Seigneur est content de voir qu’on l’imite dans la voie de la petitesse, de l’humilité, du partage avec les pauvres ! Être une présence aimante auprès de ceux qui ne sont pas aimés, les petits, les abandonnés… ».

Être une présence aimante … Pour moi, l’image la plus forte de la guerre est celle de poussettes vides laissées par les mamans polonaises sur les quais de gares et les arrêts de bus pour les mamans ukrainiennes qui arrivent avec leurs bébés dans les bras. Pas de mots, pas de déclarations, juste l’amour simple… L’amour toujours possible. L’amour qui s’exprime dans les petits gestes du quotidien : être ensemble, manger ensemble, faire le jardin ensemble, jouer avec les enfants… Mais aussi, pleurer ensemble quand le mari part à la guerre, quand on craint pour les parents restés là-bas, quand on entend les atrocités de la guerre… Et, petit a petit, se découvrir de plus en plus dans nos coutumes, traditions, dans nos manières d’exprimer la foi. En avril, on a fêté la Pâque d’abord selon le calendrier liturgique romain, puis orthodoxe. Pour nos soeurs ukrainiennes, qui, pour la première fois, ont participé à la fête pascale dans l’Eglise catholique, c’était très fort. Chaque jour, on changeait la décoration de la chapelle en expliquant la signification des éléments particuliers. La liturgie de la Vigile Pascale était bien longue et en langue polonaise, mais, malgré cela, comme elles ont dit, elles ont senti une joie énorme ! Et, une semaine plus tard, on a célébré la Paque selon le calendrier orthodoxe. Les familles qui habitent avec nous ont préparé un grand repas pour toute la paroisse ! C’était à la fois pour partager la joie de la résurrection du Christ et, en même temps, pour dire merci à tous les paroissiens qui, depuis février, ne cessent pas de partager avec nous. Et il ne s’agit pas uniquement de choses matérielles. Les petits gestes d’amour et d’amitié sont les plus touchants : une coiffeuse qui fait la coupe de cheveux gratuitement, quelqu’un qui organise une sortie au jardin zoologique, un voisin qui monte un trampoline pour les enfants, une famille qui invite au repas, et puis les petits vélos déposés devant la porte, ainsi que les pommes, les gâteaux… Ces gestes d’amour anonymes, d’un amour gratuit qui n’attend rien au retour… C’est comme si, chaque jour, on vivait un peu plus le mystère de la vie cachée à Nazareth ; vie simple où, dans la banalité du quotidien, on reconnait la Présence du Christ, la Providence du Père et les Inspirations de l’Esprit Saint ! Avant la guerre, on était bien débordé – la paroisse, le chantier du Centre Siloe, le chantier de l’Eglise paroissiale, missions communautaires… La présence de plus petits et des plus pauvres nous a aidés à ordonner de nouveau notre vie en mettant Dieu au coeur de chaque journée.

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Cet article fait partie du numéro 73 de la revue FOI

La guerre et la paix

Juin-juillet-août 2022