Agata Jaworska

ccn, Pologne

1 septembre 2021

Festival Changemakers

Europe – un rêve commun ?

Cet été à Budapest, du 27 juillet au 1er août, 130 jeunes de plusieurs pays se sont rencontrés pour la première édition du Festival „Changemakers”, comme une réponse à la demande du Pape François de construire la fraternité en action. Pendant ce Festival, chacun pouvait choisir et s’engager dans un des différents projets autour des questions du monde moderne liées aux domaines de l’écologie, de la pauvreté, du leadership en Eglise, de la politique et de l’identité européenne.

Pour bâtir ce dernier projet, intitulé „Europe : un rêve commun”, les organisateurs se sont appuyés sur la pédagogie proposée par le Pape François dans son livre „Un temps pour changer – viens, parlons, osons rêver”1. Il invite à entrer dans la dynamique des trois temps : un temps pour voir, un temps pour choisir et un temps pour agir. Dans le „temps pour voir”, le Pape François explique combien il est important de connaitre la réalité autour de nous, et même contempler le monde entier. Après il y aura „un temps pour choisir” dans lequel le Pape, à la manière ignatienne, donne des moyens pour prendre des décisions. Enfin, avec un „temps pour agir”, il précise comment s’engager avec notre volonté. Ces trois étapes sont indispensables pour changer le monde, pour devenir un „changemaker”.

Tout ce Festival, mais surtout ce projet lié à l’identité européenne, était basé sur le point qu’il y a une différence de perspective entre l’Europe de l’Ouest et l’Europe de l’Est. Il est bien évident que chaque pays européen a sa propre histoire, ses intérêts, qui lui font comprendre autrement tant son rôle en Europe que la signification de l’Europe pour lui. Le projet „Europe : un rêve commun” donnait une opportunité pour faire se rencontrer les points de vue orientaux et occidentaux. Avec des représentants de pays différents (Hongrie, Tchéquie, Pologne, Allemagne et France) nous avons débattu ensemble s’il existe encore un projet commun de l’Europe et si oui, en quoi il consiste.

Pour commencer, nous nous sommes tournés vers un des pères fondateurs du projet européen : Robert Schuman et sa vision de l’Europe, présentés par Gergely Fejerdy, enseignant-chercheur en histoire, membre de la Communauté du Chemin Neuf. Inspiré par la note d’un diplomate au sujet de Schuman : „Que voulez-vous que je fasse avec un homme qui prie sans cesse ?” Gergely approfondissait sa recherche sur la personnalité et l’oeuvre de la vie de Schuman. Robert Schuman, aujourd’hui peu connu en Europe, est toujours remarquable quant à sa façon de penser l’Europe après deux guerres mondiales. Luimême, un homme à la jonction de quatre frontières (française, allemande, luxembourgeoise et belge), comprenait bien qu’il faut agir au niveau local parce que certaines idées sont irréconciliables au niveau international. Mais est-ce que l’Union Européenne avec sa devise „l’Unité dans la diversité” est encore réalisable et même, plus important, est-ce que la volonté de réaliser cette idée existe encore ? Dans les partages entre jeunes, il apparaissait que, dans certains pays, le sujet de l’appartenance à l’UE est peu présent dans le discours public et la pensée des pères fondateurs peut être ignorée.

Il fut aussi important de pouvoir partager personnellement sur la question de l’identité européenne. A partir de quand mon pays s’est-il senti européen ? Quelle expérience m’a influencé(e) pour que je puisse dire que je suis européen (ne)…ou pas ? Sur ce point, il était intéressant de voir qu’il y a, surtout dans les pays d’Europe centrale et orientale, une tendance forte à séparer la question de l’appartenance à l’Europe, au sens d’une communauté de patrimoine culturel et civilisationnel, de l’Europe en tant que projet politique, c’est-à-dire aujourd’hui l’appartenance à l’Union Européenne. Une sorte de désaccord avec les décisions politiques de l’UE (notamment sur les questions bioéthiques) et le sentiment d’être critiqués par Bruxelles pourrait justifier une conviction que la voix de la Hongrie, Tchéquie ou Pologne n’est pas entendue soit par l’Europe occidentale, soit par l’UE en général.

Reconnaissant bien qu’il y encore beaucoup à faire pour chercher plus d’unité en Europe, nous avons délibéré et choisi deux sujets sur lesquels nous aimerions bien travailler plus précisément pour porter un changement. Premièrement, nous avons fait un choix de dix personnalités qui ont influencé l’Europe : Robert Schuman, Ste Brigitte de Suède, Georges de Podebrady, St Jean-Paul II, Ste Edith Stein, Emmanuel Kant, St Benoit de Nursie, Otto von Habsbourg, Saints Cyrille et Méthode, Ste Catherine de Sienne, pour les présenter ensuite sur les réseaux sociaux. Le but était de sensibiliser au fait que des personnalités originaires de toutes les parties d’Europe ont enrichi sa dimension spirituelle au long des siècles. Deuxièmement, pour „construire des ponts entre l’Europe occidentale et orientale”, nous avons fait un sondage de rue pour interroger des Hongrois sur plusieurs questions, afin d’entendre les raisons de leur fierté nationale et de l’apport de la Hongrie à l’Europe, mais aussi leurs raisons d’apprécier les pays d’Europe occidentale. L’objectif était de mettre en valeur des échanges positifs qui se passent entre des pays et les enrichissent mutuellement. Le projet „Europe : un rêve commun” nous a fait réaliser encore plus nos différences, mais aussi la base commune de notre héritage chrétien, lequel s’exprime dans la recherche du dialogue avec l’autre.

[1] Flammarion, 2020

Cet article fait partie du numéro 70 de la revue FOI

Mémoire et identité

septembre-octobre-novembre 2021

Regard sur le monde  

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