Dominique Rouyer

Secrétaire nationale du CCFD-Terre Solidaire, Groupe de pilotage de « Promesses d’Eglise », Mariée, mère et grand-mère.

1 mars 2021

« Promesses d'Eglise »

Faire « chemin ensemble »

A la suite du choc lors des révélations des abus sexuels commis dans l'Église, la "Lettre au peuple de Dieu", écrite par le Pape François en 2018, faisait le lien entre les abus sexuels, abus de pouvoir et abus de conscience et appelait le peuple de Dieu à réagir contre ce qu’il appelle le cléricalisme. Certains responsables de mouvements ont pris au sérieux cet appel. Dominique Rouyer retrace pour nous l’histoire de cette démarche inédite, "Promesses d'Eglise", rassemblant des catholiques de différentes sensibilités, qui avancent avec la volonté de répondre à cet appel.

A la parution de la lettre du Pape François, « Lettre au peuple de Dieu », publiée dans le contexte des abus sexuels dans l’Eglise, le 24 août 2018, plusieurs mouvements en France qui composent le CCFD-Terre Solidaire ont pris position par des communiqués et des publications, interpellant l’instance nationale du CCFD-Terre Solidaire : « On appelle au peuple de Dieu. Il faut faire quelque chose qui corresponde vraiment à l’appel du pape ! ». Ce qu’on appelle, dans l’Eglise catholique, les trois services, le Secours catholique, la Délégation Catholique à la Coopération et le CCFD-Terre Solidaire, se sont retrouvés pour se poser la même question. Ensemble, ils ont reçu la conviction que, pour répondre à cet appel, il fallait s’ouvrir à des mouvements et sensibilités très différents de ceux qu’ils avaient l’habitude de côtoyer. Chacun a alors pris son carnet d’adresses et a lancé un appel à tous les gens qu’il connaissait, mais aussi à des mouvements moins ou pas connus. C’est comme cela que ça a démarré. Le petit noyau d’une dizaine d’organisations s’est vu très vite rejoint par d’autres et c’est ainsi que la première rencontre eut lieu en mai 2019, à la CEF, réunissant une trentaine de responsables de mouvements, d’associations, de communautés de statuts et de tailles différentes, un émouvant kaléidoscope, allant des mouvements auprès des jeunes aux mouvements de religieux, comme la CORREF. Nous n’avions pas la prétention de représenter l’ensemble des catholiques de France, mais juste témoigner d’une volonté commune de répondre à la lettre du pape. Ce jour-là, nous avons vécu une expérience de communion qui nous a encouragés à continuer. En écho avec les problèmes d’abus, nous désirions aborder le thème de la « gouvernance », mais en étant attentifs à donner à chaque mouvement présent la possibilité de s’exprimer. Comment chaque mouvement était-il interpellé par cette question ? Que voulait dire pour chacun une transformation ecclésiale et sociale de l’Eglise ? Dès cette rencontre, des thèmes ont émergé : l’égale dignité des baptisés, la relation avec les prêtres et les évêques, la gouvernance de l’Eglise, la collégialité, la parité hommes-femmes, le dialogue fraternel, la parole donnée à ceux qui ne l’ont pas. Il y avait aussi un consensus fort sur le souhait de se mettre au service de l’Eglise et de travailler en pleine collaboration avec les évêques.

En juin 2019, une seconde rencontre eut lieu, où nous avons souhaité approfondir le sens de l’appel du pape. Jusque-là engagées dans la transformation de notre société, la plupart des organisations qui constituaient notre petit groupe s’est alors intéressée à la transformation ecclésiale. Dans sa lettre, le pape dénonce les abus sexuels comme « une manière déviante de concevoir l’autorité dans l’Eglise qui peut être favorisée aussi bien par les clercs que par les laïcs ». Comment imaginer ensemble une conversion de l’agir ecclésial ? L’apport de deux théologiennes nous a éclairés sur le sens d’une Eglise synodale, une Eglise où chacun est au service des autres.

En septembre, nous étions entre 60 et 70 personnes, représentant une quarantaine de mouvements. C’est à ce moment-là que Mgr. De Moulins Beaufort nous a demandé de venir présenter notre démarche à Lourdes. Aller à Lourdes était pour nous l’occasion de partager le point de nos réflexions et aussi nos souhaits ; par ailleurs, nous étions bien au clair avec le fait qu’il fallait représenter la plus grande diversité possible. Nous avons donc choisi d’envoyer deux représentants d’organisations très différentes, qui n’avaient pas eu l’occasion de travailler ensemble. Ainsi, le 6 novembre, Emmanuel Odin, responsable de l’Emmanuel en France et moi-même, représentant le CCFD-Terre Solidaire, avons commencé notre présentation de la démarche « Promesse d’Eglise » par ces quelques mots : « Vous ne vous attendiez peut-être pas à nous voir ensemble à une tribune ».

Dessiner le visage de l’Eglise de demain, une Eglise du dialogue, plurielle et synodale.

Tout au long de l’année 2020, et malgré la pandémie, nous avons pu mettre en place un cycle de soirées thématiques (en visio) qui nous ont permis de travailler et préciser les thèmes qui nous semblaient importants : l’égale dignité des baptisés, la synodalité, le rôle des femmes, le souci des plus vulnérables et des périphéries, la formation et le mode de vie des clercs, et bien sûr la lutte contre les abus sexuels, des questions autour de « Quelle Eglise on espère et on veut construire pour demain ? ». Ces temps de rencontre sont toujours nourris par un moment de célébration, par des apports, mais aussi par la joie de découvrir nos différences et le souci d’être à l’écoute de l’autre, nous appelant à une conversion dans notre manière de vivre l’Eglise. Nous avons pu préciser « notre » manière de travailler ensemble, c’est-à-dire en repartant de l’expérience des mouvements. Quelle expérience avons-nous sur tel ou tel sujet ? Que pouvons-nous en tirer, pour les autres mouvements présents et pour l’Eglise qu’on aimerait voir se profi ler dans l’avenir ? Pour travailler sur la synodalité, nous avons étudié trois aspects : que tous les acteurs puissent avoir leur place ; l’écoute; le troisième temps sera sur « l’Eglise du service ». Là, je pense qu’on entrera plus dans la question de la manière dont le pouvoir doit être un service. Dans le même temps, nous avons entrepris une autre tâche. Nous représentions déjà entre 35 et 40 mouvements, mais nous nous rendions compte que nous n’étions pas structurés et que nous ne savions pas sur qui nous pouvions réellement compter. Nous avons alors travaillé à une charte qui nous défi nisse. Cela nous a permis de mieux défi nir pourquoi on était ensemble et ce qu’on voulait faire ensemble. Cette charte permet aux nouveaux mouvements qui veulent adhérer de dire : « Je suis d’accord avec cela et je peux m’engager ».

Nous avons aussi structuré notre fonctionnement. Ce travail collectif nous a permis de comprendre ce que cela voulait dire « construire quelque chose ensemble ». En effet, nous représentons des sensibilités très différentes et nous n’avons pas du tout les mêmes façons de fonctionner. Certes, nous avons la même idée de ce que nous voulons faire, mais pas forcément par les mêmes chemins. Finalement, nous n’avons pas construit un système associatif avec un bureau, une assemblée, des élections, une représentativité, mais plutôt quelque chose de plus informel. Maintenant, est mise en place une équipe de pilotage, avec des représentants de huit ou neuf mouvements, qui organise les Assemblées plénières. En juin 2020, nous avons validé (en visio) la charte.

Nous voulons être des contributeurs de ce Synode, en essayant le plus possible de rassembler des sensibilités diverses et variées.

Le 2 février 20121, nous avons lancé d’autres groupes de travail, avec, pour mission, de préparer le Synode de 2022 sur la synodalité. Nous voulons être des contributeurs de ce Synode, en essayant le plus possible de rassembler des sensibilités diverses et variées. Pour l’instant, nous sommes un collectif de mouvements nationaux, mais nous voudrions que chaque mouvement appelle ses membres locaux à créer localement des groupes « Promesses d’Eglise ». Des groupes locaux qui se mobiliseraient petit à petit sur le sujet du synode et donc sur les sujets que l’on a choisis pour les groupes de travail. Donc, en ce moment, nous travaillons sur une charte pour les groupes locaux.

Dans « Promesses d’Eglise », on veut tenir trois choses : la première, c’est la diversité (chercher à rassembler la plus grande diversité sur son territoire, tenir cette diversité et l’élargir) ; secondement, notre objectif, c’est à la fois contribuer à une réflexion, mais sans forcément défi nir une position commune « Promesses d’Eglise », en tous les cas contribuer à un débat, que l’Eglise soit un lieu de débat ; la troisième chose que l’on veut mettre en avant, c’est que l’on veut être aussi un témoignage, un témoignage de ce que l’Eglise dans la plus grande diversité, une Eglise synodale, est possible. Ce sont nos trois axes actuels. « La démarche que nous avons initiée est pour nous un signe de l’Église que nous espérons. C’est une démarche de communion et de synodalité pour participer à la construction de l’Eglise du Christ en nous mettant à l’écoute de l’Esprit Saint. 1»

[1] Discours de présentation de la plate-forme « Promesse d’Eglise » à Lourdes, 6 novembre 2019.

Cet article fait partie du numéro 68 de la revue FOI

Quelle Eglise pour demain?

mars-avril-mai 2021

Vie de l'église  

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