Hyacinthe Mpozayonzi

Mariée à Callixte NDAYIZIGA, mère de famille, responsable ccn au Burundi.

3 janvier 2023

Etre femme responsable au Burundi

« Fleurir là où je suis semée »

Callixte et moi avons fait la session Cana en 1995, au Burundi. Une vraie conversion, une vraie rencontre avec le Christ qui est venu sauver notre jeune couple. En 2005, avec joie, nous nous sommes engagés dans la communauté. Habités par cette passion d’unité et ayant vécu des situations très difficiles dans notre famille et notre pays, nous trouvions joie et consolation dans la Communauté du Chemin Neuf et désirions annoncer l’Evangile

Après un temps de formation en France au sein de la communauté, nous sommes revenus au Burundi et avons retrouvé chacun notre travail, un autre signe de la bonté de Dieu pour nous. En couple, nous avons été responsables de la mission 14-18 ans, de la Communion du Chemin Neuf et j’ai participé à l’équipe nationale (dite troïka).

En 2017, lors d’une retraite d’Exercices de St Ignace, j’ai entendu l’appel à arrêter mon travail, correspondant à un désir très profond d’être plus disponible pour la mission, d’être en relation avec les gens, les écouter, et annoncer les bienfaits du Seigneur. J’en ai parlé à mon mari qui m’a dit : « Si tu es convaincue que c’est la volonté du Seigneur, que sa volonté soit faite ». Je priais en demandant un signe au Seigneur et j’ai eu plusieurs signes que c’était sa volonté sur moi. J’étais en confiance. Avec l’accord et le soutien de mon mari, fin juillet 2018, j’ai mis fin au contrat qui me liait avec mon employeur. C’était très paisible.

En mai 2019, je reçois un coup de fil de notre berger, qui me demande si je peux accepter d’être la responsable nationale de la Communauté du Chemin Neuf. Je lui ai directement répondu « NON ». Il m’a simplement dit : « Ca me rassure que tu dises non, pries avec ça et parles-en avec ton mari. » Nous en avons parlé en couple, nous avons prié. Mon mari m’encourageait plutôt à dire oui, surtout que j’étais plus disponible, sans contrainte d’un travail à l’extérieur. J’ai donc accepté et depuis septembre 2019, je suis responsable nationale de la Communauté du Chemin Neuf au Burundi. En août 2021, nous nous sommes engagés à vie dans la communauté.

En tant que femme, cela m’invite à rester moi-même. Je demande chaque jour la grâce de l’humilité, de la douceur, de l’écoute et du bon discernement. J’ai le soutien total de mon mari. Et ce que j’aime au Chemin Neuf, c’est qu’on n’est jamais seul : j’ai l’appui de la troïka, des responsables des missions et de tous les frères. Je remplis ma mission en priant, je prends soin de garder le lien avec les uns et les autres, je soutiens, j’encourage. Je suis une sœur parmi tant d’autres ; je me rends disponible pour ma famille et pour la communauté. Au niveau culturel de mon pays, ce n’est pas habituel qu’une femme ait la première place dans les postes de responsabilité. Au niveau de l’Eglise locale, et peut-être ailleurs aussi, une femme responsable d’une communauté où il y a des prêtres, des hommes, ce n’est pas courant. Mais les choses changent tout doucement. L’essentiel pour moi, ce n’est pas d’occuper une grande responsabilité, c’est plutôt de « fleurir là où je suis semée », pour la gloire de Dieu.

Dans la communauté du Chemin Neuf, je trouve le plein épanouissement de ma personne ; en tant que femme je n’ai pas rencontré de difficultés particulières. Chaque jour, je compte sur la grâce de Dieu qui ne choisit pas ceux qui sont capables mais qui rend capable ceux qu’il choisit. En plus, je sais que je peux compter sur chaque membre dans l’accomplissement de ma responsabilité. Les saintes femmes dont la Bible nous parle agissaient discrètement. Je prie et je sais que Celui qui nous a appelées est fidèle.

Cet article fait partie du numéro 76 de la revue FOI

Ecouter la voix des femmes

mars-avril-mai 2023

Vie de la Communauté  

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