Cathrine Ngangira

Traduction Hannah Spiers

9 janvier 2022

Témoignage

God’s Church for God’s World

Cathrine Ngangira, originaire du Zimbabwe, a été ordonnée prêtre anglicane en 2021 et est maintenant vicaire à Holy Cross Church Bearsted (Kent, Royaume-Uni). Elle fait partie du Lambeth Conference Design Group depuis 2017, dont le rôle était de soutenir la planification de la conférence et de donner un point de référence plus large lors de l'examen de l'orientation biblique, des sujets et des thèmes discutés.

La Conférence a exploré de nombreuses questions à la fois mondiales et internes à l’Eglise : la science et la technologie, le changement climatique et le développement durable, la mission et l’évangélisation, la formation de disciples, l’hospitalité, la dignité humaine et la réconciliation. Alors que les conjoints ont eu leur propre session, les évêques ont discuté de ces thèmes en petits groupes. Ce processus d’écoute mutuelle permet de mieux percevoir l’appel de Dieu sur l’Eglise, afin qu’elle soit pleinement l’Eglise de Dieu dans Son monde.

Dans son discours d’ouverture, l’archevêque Justin a utilisé l’expression du « lion rugissant » pour parler de ce qui menace la paix et la vie des gens aujourd’hui. Il a invité les participants à rester vigilants, à s’unir et à résister au lion, en puisant espoir et encouragement dans la vérité et la promesse que le Christ a remporté la victoire sur ce lion. Il a terminé sa déclaration par des appels à l’action, à l’intention des Eglises membres de la Communion anglicane et d’autres parties prenantes, en réponse aux besoins missionnaires de la décennie à venir.

Il va sans dire que la Conférence n’a pas été sans heurts ni sans défis. Il y avait un lion qui rugissait dans la salle. Il s’agissait de la question de l’identité humaine et sexuelle, sujet qui a déjà été à l’ordre du jour des Conférences de 1998 et 2008. Il existe différents points de vue sur le sujet, comme l’a exprimé l’archevêque Justin : « Pour la grande majorité de la Communion anglicane, la compréhension traditionnelle du mariage est quelque chose qui est compris, accepté et sans question, non seulement par les évêques mais aussi par toute leur Eglise, et les sociétés dans lesquelles ils vivent… Pour une minorité, nous pouvons dire presque la même chose. Ils ne sont pas arrivés à la légère à leurs idées selon lesquelles l’enseignement traditionnel doit changer. Ils ne sont pas négligents à l’égard des Ecritures. Ils ne rejettent pas le Christ. Mais ils sont parvenus à une vision différente de la sexualité après une longue prière, une étude approfondie et une réflexion sur la compréhension de la nature humaine ».

Pour le monde extérieur, la principale question était de savoir si la Conférence de Lambeth 2022 marquait la fin de la Communion anglicane. Si je me souviens bien, lors d’une des conférences de presse, quelqu’un a demandé ce qui changerait à la fin de la conférence ; il est possible que la question soit encore posée par ceux qui attendaient de la conférence une position définitive sur ce sujet.

D’autres questions émanent du fait que trois provinces n’ont pas participé à la Conférence : que peut-on dire du cheminement commun de la Communion anglicane ? Comment la Conférence de Lambeth a-t-elle réussi à rester intacte face à une question aussi menaçante ? Quelles leçons, le cas échéant, peut-on tirer de cette Conférence ?

A mon avis, tout d’abord, il est important de reconnaître que la Conférence de Lambeth est l’un des quatre instruments de la Communion anglicane. Bien qu’elle soit destinée à ceux qui détiennent l’autorité épiscopale dans l’Eglise, elle ne représente pas en soi l’ensemble de la Communion. Que tous les évêques soient présents ou non, il y aura toujours des voix qui ne seront jamais entendues parce qu’elles ne sont pas dans la salle. Il faut donc de l’humilité, une certaine vulnérabilité, demander la grâce de prendre du recul et laisser la place à l’Esprit Saint pour parler et mener le débat. Le mardi après-midi a été l’un de ces moments forts où l’on a eu l’impression que ce qui a été accompli ne l’a été que parce que Dieu a fait un geste.

Une interaction qui consiste à trouver et à chérir continuellement ce que chacun a en commun.

Ensuite, Stephen Spencer, reprenant l’image de la relation entre les instruments, a noté que « l’interaction humaine est ce qui signifie l’appartenance a la Communion anglicane, dans un contexte de différence et de diversité, une interaction qui consiste à trouver et a chérir continuellement ce que chacun a en commun »

Il y a plus de choses qui unissent les enfants de Dieu que de choses qui les séparent. Il s’agit notamment d’expériences communes de la souffrance, mais aussi du désir de vivre selon la volonté de Dieu et de la proclamation véridique du message de Dieu.

Cela n’est pas facile à réaliser, car il y aura toujours des opinions divergentes sur la lecture et l’interprétation de la Bible. Accepter ces différences, ne pas essayer de prétendre que tout va bien, et faire preuve de transparence sur la fragilité de la relation de la Communion anglicane a permis de poursuivre le processus de recherche de la vérité et de la volonté de Dieu les uns à côté des autres.

Enfin, le thème a rappelé à tous qu’il s’agit de l’Eglise de Dieu, et non d’un ou deux êtres humains. Dieu est plus grand et vit au-delà de la durée de vie d’une dénomination. Il ne devrait pas y avoir d’intimidation lorsque l’autre partie ne partage pas le même point de vue, mais plutôt une volonté de s’engager sur le chemin de la réconciliation. La réconciliation fait partie de la vocation de l’Eglise ; seul Dieu peut la réaliser. C’est un processus qui peut durer jusqu’au retour du Christ, mais la question est de savoir quels intérêts sont servis et protégés lorsque les gens s’efforcent de se réconcilier. Quel pouvoir est à l’œuvre ? Quelle attitude adopter en tant qu’agents et bénéficiaires de la réconciliation ?

« Deux personnes peuvent-elles marcher ensemble si elles n’ont pas accepté de le faire ? » (Amos 3, 3)

La session plénière sur la réconciliation a exploré certaines de ces questions dans le contexte plus large du monde et de l’Eglise. Sheran Harper, présidente de l’Union des mères, a déclaré : « Les femmes et les familles sont souvent des forces puissantes pour la réconciliation dans le monde entier ». La réconciliation n’est pas seulement l’affaire des dirigeants, elle concerne tout le peuple de Dieu. J’ai quitté la conférence pleine d’espoir après une réunion avec des délégués syndicaux et des membres du réseau des jeunes de la Communion anglicane, qui ont exprimé leur volonté de s’engager dans la réconciliation dans leurs communautés locales. Cela m’a fortement encouragée. Ils étaient positifs malgré les défis que cela peut impliquer : qui a dit que la réconciliation était censée être facile ? Un flambeau d’espoir a été allumé, le bâton a été transmis à la jeune génération. Le voyage continue, la Conférence n’était pas la fin, mais un début !

« Deux personnes peuvent-elles marcher ensemble si elles n’ont pas accepté de le faire ? » (Amos 3, 3). Physiquement, l’absence des autres provinces montre la nécessité d’un accord et d’un engagement intentionnel à faire partie du voyage. Car, sans cela, il y aura des lacunes dans le cheminement ensemble. Spirituellement, l’Eglise ne peut être l’Eglise de Dieu dans le monde de Dieu sans Dieu – comment mesurer le bien-être de cette relation ? L’évêque Te Kitohi Wiremu Pikaahu, de l’Eglise anglicane d’Aotearoa, de Nouvelle- Zélande et de Polynésie, affirme que la réconciliation exige de la confiance et de l’optimisme, ce qui implique de renoncer à quelque chose de valeur. Marcher avec Dieu vers la réconciliation signifie que nous lâchons le contrôle humain, que nous mettons toute notre confiance et notre foi en Lui alors que nous poursuivons le ministère de la réconciliation – comme l’ont fait les évêques et les époux. Dans la plénitude des temps, Dieu rendra tout beau. La destination de la pleine réconciliation sera atteinte, ensemble.

Cet article fait partie du numéro 74 de la revue FOI

Cheminer ensemble

septembre-octobre-novembre 2022

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