Semaine Internationale

Goûter à ce mystère de communion qu’est Dieu

Comme chaque année en janvier, les responsables nationaux de la Communauté du Chemin Neuf se sont réunis à Tigery, venant de 35 pays aussi variés que la Lettonie, le Tchad, le Canada ou encore Madagascar. L’édition 2020 fut marquée particulièrement par un travail de relecture et de transmission de ce qui fait l’identité de la Communauté. Enseignements, témoignages, rencontres fraternelles, liturgie ont ponctué cette semaine qui permet de solidifier l’unité de la Communauté. Voici quelques échos : en route vers le Brésil, Kata relit la fidélité de Dieu pendant ses neuf années de responsabilité en Hongrie ; Eugène et Samar partagent l’aspiration des Algériens et des Libanais à plus de justice ; deux nouvelles fondations sont en vue, sous une forme fraternelle innovante ; la prière pour l’unité des Chrétiens avec le peuple juif.

« Où que tu ailles, commence par aimer ! »

Sr. Katalin Győri, ccn, Brésil

Lorsque j’ai quitté la Hongrie, en septembre 1995, pour aller suivre la formation à l’Abbaye d’Hautecombe, j’aimais beaucoup mon pays et je ne pensais pas du tout vivre longtemps hors de la terre hongroise.

A l’époque, on faisait le trajet en car, cela prenait 24 heures. Après trois heures de route, j’ai regardé plus attentivement le tract qui présentait la Communauté du Chemin Neuf. Je trouve tout intéressant jusqu’au moment où je lis qu’il s’agit d’une communauté charismatique. Là, je me suis dit : « Il doit y avoir une erreur ! ». Cela ne m’inspirait pas confiance. J’ai dit au Seigneur : « Si c’est dangereux pour moi, je te demande de me ramener saine et sauve en Hongrie ! ». J’étais troublée et, en plus, en arrivant à Paris, j’ai réalisé que je ne savais pas comment aller jusqu’au Foyer de la Rue Madame.

A ce moment-là, j’entendis deux jeunes filles se parler dans le bus, à quelques rangs de mon siège et évoquer, en hongrois, la rue Madame ! Bien sûr, je leur demande : « Vous connaissez la rue Madame ? ». « Oui, nous habitons rue Madame ! ». En fait, il s’agissait des deux filles du directeur de l’Institut hongrois, situé rue Madame ! Leur père venait les chercher à la gare et il m’a emmenée. C’était la Providence du Seigneur ! C’était vraiment trop beau ! Lorsque je relis toutes ces années, je vois à quel point le Seigneur a été fidèle. Il m’a prise là où j’en étais pour être petit à petit de plus en plus avec Lui, particulièrement à travers cette responsabilité que la Communauté m’a confiée.

Après quinze ans de présence en France, je suis retournée dans mon pays. C’est toujours un défi de retourner chez soi après un long temps d’absence. C’est alors que j’ai reçu trois paroles, trois petites paroles qui ont été pour moi comme des trésors. Avant de partir, je me demandais par où je devais commencer. Un jour, je croise Jacques (Montfort) et je lui pose ma question. Il me regarde et me répond : « Oh Kata, où que tu ailles, il faut commencer par aimer ! ». Cette parole m’a beaucoup aidée.

La seconde m’a été donnée par Laurent (Fabre), à l’époque responsable de la Communauté. Je lui demande : « Quelle est ta vision pour la communauté en Hongrie ? Qu’est-ce que la communauté me demande en allant dans mon pays ? ». Et Laurent me répond: « Tout ce que je te demande, c’est que tu ne deviennes pas dure dans la responsabilité, que tu ne t’endurcisses pas ». Je ne suis pas sûre d’avoir réussi à obéir à chaque instant, mais cette parole a été comme un panneau indicateur pour moi. Lorsque je commençais à devenir dure, c’était le moment de m’arrêter, de remettre quelque chose, de revoir quelque chose avec le Seigneur, parce que ça ne respirait pas la bonne odeur du Saint- Esprit.

La troisième parole reçue vient de Jacqueline (Coutellier). J’étais responsable depuis plus d’un an et, lorsque je suis arrivée à la semaine internationale, je me sentais un peu plus humble que quand j’étais partie, parce que j’avais découvert que je ne pouvais pas sauver toutes les situations, tous les problèmes rencontrés. Mais, j’étais quand même un peu découragée. Lorsque je rencontrai Jacqueline, qui ne savait rien de ma situation, elle me dit : « Ah ! Tu sais, Kata, j’ai trouvé une photo de toi prise il y a quinze ans ». Et elle me montra une photo sur laquelle elle et moi sommes assises sur une balançoire, moi avec des cheveux longs tressés. Elle me dit : « Tu vois, la clé pour tout problème, c’est la distance ». Je lui dis : « Oui, mais, quel est le rapport avec la balançoire ? » Elle me répondit : « Tu vois, cette photo a été prise pendant ta retraite des ‘’30 jours’’. On était en quies, je me rappelle qu’on a fait la balançoire ensemble. Tu étais en train de prendre une des plus grandes décisions de ta vie et, en fait, tu as su prendre de la distance pendant 24 heures pour prendre une bonne décision dans la deuxième partie des ‘’30 jours’’. »
Cela m’a beaucoup aidée, en fait, parce que j’ai réalisé que, pour prendre des bonnes décisions, il me faut prendre de la distance. Cette distance est vraiment nécessaire pour voir quelle est la volonté du Seigneur sur tel ou tel frère ou sur telle ou telle question. La clé, c’est la distance. Je pourrais aussi rendre grâce pour le choix de notre second lieu communautaire en Hongrie. Le choix de Dieu. Lorsque je suis arrivée, la Communauté vivait déjà dans une maison, à Bodrogolaszi. Il était alors question de commencer une deuxième fraternité de vie, dans un quartier de Budapest. C’était un très bel endroit, mais, surtout, un lieu très proche du lieu de vie de mes parents.

Il faut savoir que, lorsque j’ai quitté la Hongrie, ce fut très difficile pour mes parents. La Communauté du Chemin Neuf ne représentait rien pour eux parce qu’elle n’était pas encore présente en Hongrie. Et voilà que le Seigneur nous donnait un lieu communautaire à dix minutes de chez eux ! Il y a quelque chose, dans cet amour de Dieu, qui va tellement dans les détails. Quand j’ai appelé mes parents pour leur annoncer la nouvelle, c’était un 16 août. Je leur ai dit : « Vous êtes assis ? ». Papa me répondît : « Non, mais tu peux nous parler quand même ». « Je retourne en Hongrie, à Budapest, le 25 août ». « Le 25 août dans un an ? ». « Non, le 25 août dans neuf jours ! ». « Quoi ? ». Ils n’en revenaient pas.

C’est très beau de voir cette fidélité du Seigneur qui, à travers nos « oui », se répand dans nos familles. Depuis ce jour, mes parents viennent nous aider tous les jeudi matin à la maison, de grand coeur. Souvent, ils arrivent tellement discrètement qu’on ne les voit pas, on voit juste que, sur la table de la cuisine, il y a des gâteaux et des saucissons. On les appelle : « Les voleurs qui n’enlèvent rien mais qui apportent des choses ».

J’aimerais aussi rendre grâce pour une difficulté qui a porté du fruit. Dans notre fraternité, à un moment donné, nous n’étions plus que deux soeurs, Nolwenn, une soeur française et moi-même. Nolwen a appris le hongrois qu’elle parle aujourd’hui vraiment parfaitement. Un jour, on s’est regardé avec Nolwenn et on s’est dit : « Donc, c’est toi ou moi ou c’est moi ou toi, c’est vite fait ». De plus, c’était la première fois que nous n’étions qu’entre soeurs.

Il y a eu de nombreuses situations où nous avons ressenti le manque d’altérité, des situations drôles (comme déplacer un frigidaire) et d’autres moins drôles (on rentre de mission, il fait 11° à la maison au mois de décembre, il n’y a pas eu de chauffage depuis une semaine et on ne l’aura pas pendant encore quelques jours, parce que les chauffagistes ne répondent pas !). Dans ces moments de manque et de pauvreté, je ressentais en moi comme une amertume, que nous pouvons tous rencontrer dans notre vie de mission, qui se termine toujours avec le même reproche au Seigneur : « Tu nous as laissées seules, quand même. Comment ça se fait ? ».

Alors, comment cette situation est-elle devenue source d’action de grâce ? Lors d’une retraite, le Seigneur m’a dit : « Kata, moi je veux te rencontrer dans ces moments de pauvreté, c’est là où je t’attends. Alors, si toi tu laisses tout le temps l’espace à cette amertume en toi, à ce reproche et à cette colère, comment veux-tu que je te rencontre ? ». J’ai vraiment demandé pardon au Seigneur. A partir de ce moment-là, rien n’a changé dans notre vie mais pourtant tout a changé. En fait, ces moments sont devenus des moments de prière très intense où j’ai vraiment appris à supplier le Seigneur et à lui dire : « Je ne sais pas comment faire, viens m’aider parce que, là, il y a un manque ». Cela a été très important pour moi d’apprendre petit à petit que la pauvreté n’est pas une source d’angoisse, mais le lieu de rencontre où Jésus m’attend. J’ai vu ça aussi dans les relations, dans nos missions, dans de nombreuses situations .

L’action de grâce, c’est aussi que nous avons mis en place une année missionnaire où nous avons appelé des jeunes à habiter avec nous. Depuis, nous ne sommes plus deux, des jeunes qui nous ont rejointes pour vivre une année de mission avec nous.

La troisième source d’action de grâce c’est que j’ai fait connaissance avec St Joseph. Un jour, je me suis dit : « Je ne suis pas seule au monde à vivre uniquement entre femmes ». Alors, j’ai regardé comment faisaient les autres ordres religieux pour s’en sortir. En lisant les écrits de Thérèse d’Avila, j’ai réalisé qu’elle se confiait souvent à St Joseph. Maintenant, lorsque j’ai un besoin très concret, une pauvreté, un manque, je le confie à St Joseph, qui prend soin de nous comme il a pris soin de Marie et de Jésus. A travers son exemple, j’apprends à mettre ma confiance dans le Seigneur, qui nous envoie l’aide en temps voulu : le chauffagiste, le plombier, le frère qui nous aide à rentrer dans la maison alors que nous avons laissé toutes les clés à l’intérieur !

Ces neuf années ont vraiment été pour moi une école de confiance. J’ai compris combien le Seigneur prend soin de nous et de tous nos besoins. Il ne veut pas qu’on soit capable de tout faire mais il veut qu’on ose tout lui demander.

Deux nouvelles fondations

Ouganda : God is good, all the time !

John et Jane Baguma

Nous avons été responsables de Cana pendant 11 ans. A chaque session Cana, nous disions : « Cana a été fondé par la Communauté du Chemin Neuf ». Mais, nous ne savions pas ce qu’était la Communauté du Chemin Neuf ! C’est en allant à la rencontre internationale de Cana, en Italie, en 2012, que j’ai été touché par la prière et la louange communes de personnes très différentes et surtout de dénominations chrétiennes très variées. J’en garde un souvenir très ému. Là, je me suis dit : « Mais, comment je peux devenir membre du Chemin Neuf ? ». Après le temps de formation à Saragosse, nous avons encore attendu. A chaque fois que le P. Christophe venait pour Cana, nous lui disions : « Mais, qui sommes-nous ? ». Finalement, un cheminement communautaire a pu commencer avec sept autres couples, pendant deux ans. Et, le 14 décembre, nous nous sommes engagés dans la communauté. Aujourd’hui, des couples et des jeunes frappent à la porte. La présence de Georges (Scholastique) sera très précieuse auprès des jeunes de l’Université qui ouvre ses portes à côté de la nouvelle maison communautaire. God is good !

USA : Nazareth à Redding !

François et Laurence Cartier

Depuis deux ans, Scott et Lynne, un couple de l’Eglise de Bethel cheminait (à distance) avec la Communauté et sont entrés cet été en « Nazareth » (les deux années de noviciat de la CCN). Après plusieurs voyages, Laurence et moi, envoyés par le Conseil, sommes partis vivre cette étape en fraternité avec et chez eux. Dans cette maison, à Redding, résident de nombreuses personnes (étudiants qui louent des chambres) et il nous faut trouver les moyens de la vie communautaire à quatre. C’est une vie toute simple, avec ses surprises et ses joies. Il y a, bien sûr, nos différences de culture, de langue et d’Eglises, mais une communion est en train de naître entre nous. Notre autre mission est le lien avec l’Eglise de Bethel, dont nous sommes proches. Nous participons aux rencontres des groupes de « missionnaires », qui deviennent, de semaine en semaine, nos amis. Et, chaque samedi, nous faisons partie des « Healing Rooms », équipes qui prient pour les malades. Deux à six cents personnes viennent chaque samedi pour que l’on prie pour elles. Que le Seigneur nous montre Sa volonté !

Une visite au goût de l’Esprit Saint

Julia Torres

Depuis de nombreuses années, Julia Torres participe aux instances du Renouveau  charismatique catholique à Rome (aujourd’hui, « Charis »). Venant d’Argentine, où la  dimension œcuménique fait pleinement partie du renouveau charismatique, elle a insufflé autour d’elle cette ouverture à la diversité chrétienne. Invitée à Tigery, Julia Torres a encouragé la Communauté à accueillir la grâce spécifique que lui a donnée le Seigneur ; rendre grâce, mais aussi en « demander plus » : « Ne gardez pas frileusement pour vous les grâces reçues. L’Eglise et le monde en ont besoin! ». 

Ce petit pays cher au coeur de Dieu, le Liban

Samar Andary, ccn, Liban

Communauté du Chemin Neuf au Liban

Dans la Bible, Dieu chante sa bien-aimée, L’Epoux à son épouse: « Viens du Liban, ô fiancée, viens du Liban, fais ton entrée… tu me fais perdre le sens, ô fiancée, ma sœur, par un seul de tes regards », Cant 4, 8.9. Ce chant d’amour de Dieu révèle combien ce tout petit pays est au cœur même de Dieu. Mais pour le peuple libanais, le Liban a-t-il la même place ?

Tout au long des siècles, le Liban a été dévasté, violé, envahi par plusieurs civilisations et peuples. Mais, depuis le 17 octobre, des manifestations ont eu lieu dans toutes les régions libanaises pour dire « Assez ! » à ces dévastations, à ce viol, à cet envahissement qui viennent cette fois-ci, non de l’extérieur mais de l’intérieur. A travers une grande révolution contre des politiciens qui sont au pouvoir depuis plus de trente ans, les manifestants, qui n’ont plus rien à craindre, dénoncent la corruption, les intérêts privés, l’incompétence et les fonds publics dilapidés, ce qui a poussé le premier ministre à démissionner deux semaines plus tard. Seulement après quatre mois, un nouveau gouvernement voit le jour avec cette espérance de pouvoir juguler la crise. Il y a deux mois, la Banque mondiale a averti que le taux de pauvreté pourrait toucher prochainement les 50% de la population. La paupérisation arrive au grand galop. Cet effondrement économique suscite aujourd’hui le désespoir chez le peuple : réductions de salaires, des licenciements massifs, une énorme inflation des prix, manque de médicaments dans les hôpitaux. En plus de tout cela, la crise monétaire reste la partie la plus difficile à vivre. Les banques ont pris des mesures empêchant leurs clients de retirer ou transférer leur argent ce qui provoque la colère de la population.

En face de tout ce qui se passe, une très belle solidarité est apparue. Avec une grande spontanéité, beaucoup de Libanais se sont mobilisés pour donner de l’aide aux plus démunis. L’Eglise de même a commencé à mettre en place plusieurs comités pour venir en aide, et a mis en place un plan de travail qui s’étale sur une longue durée (cinq ans) pour que les écoles ainsi que les hôpitaux et autres centres médico-sociaux restent opérationnels.

La Communauté a été dès le début touchée par ces évènements (blocages des routes et crise économique). Nous avons été obligés d’annuler tous nos weekends de mission (Cana, 14-18, Timothée, 18-30) et deux weekends de formation théologique. Une grosse difficulté de se réunir en fraternité à cause des routes bloquées. Plusieurs groupes de prière ont été annulés aussi. Mais, nous avons eu l’idée de vivre le groupe de prière par WhatsApp, chacun avec sa famille, parents et enfants, puis de partager avec les frères la parole ou bien l’image reçues. Ainsi, sur différents groupes (Communauté, Communion et JCN), il nous est arrivé de recevoir les mêmes textes ! Ce fut une profonde consolation de Notre Seigneur pour nous! En ce moment, beaucoup de frères et sœurs de la Communauté sont aussi affectés par la crise économique. Quelques-uns ont perdu leur travail, d’autres gagnent la moitié de leur salaire ou moins encore.

Dès le début, nous avons vu que le grand défi était de garder l’unité entre nous, d’autant plus que nous avons des avis politiques différents. Demander au Seigneur pour chaque jour la grâce de vivre « cette diversité réconciliée » en Lui, cela exige de faire attention à notre façon de nous exprimer, sur WhatsApp, Facebook…Comment être gardien de mon frère et de ses sentiments ? Ce qui est le plus important, ce n’est pas seulement de posséder la vérité, mais aussi de porter l’Amour, « Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent » Ps 84/11.  

 » Le Royaume grandit, on ne sait comment « 

P. Eugene Lehembre, ccn, Tibhirine, Algérie

En Algérie, quand on dit : « One, two, three », tout le monde répond en cœur, joyeusement : « Viva l’Algérie ». C’est un slogan que l’on a beaucoup entendu pendant la coupe d’Afrique des nations de football (gagnée par l’Algérie).

Depuis le vendredi 22 février 2019, quelque chose a bougé en Algérie. Pour manifester leur refus que le président sortant, âgé et malade, brigue un cinquième mandat, les Algériens sont sortis dans la rue. Les manifestations étant interdites, ils ont dû dépasser leurs peurs. Et ils se sont retrouvés des centaines de milliers. Ces manifestations ont continué chaque vendredi, prenant plus d’ampleur et se sont déroulées dans les grandes villes du pays. Plusieurs millions d’Algériens sont ainsi sortis dans la rue.
Difficile de ne pas y voir l’œuvre de l’Esprit. Manifestation de ce que disait déjà St Paul en son temps : « Nous le savons bien, la création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore » (Romains 8). Ils ne demandent ni pain ni jeux. Mais autre chose : plus de liberté, d’égalité des chances, plus d’avenir pour les jeunes, plus de justice. Tout cela dans un réel climat de fraternité. Un changement inattendu et profond. « Le Royaume grandit, on ne sait comment » (cfr. Mc 4, 26-29).
Les journalistes du pays n’en reviennent pas : le peuple s’est libéré de sa peur. Tous, hommes, femmes, enfants sont sortis pour exprimer leur désir d’un changement de régime. Ces manifestations se déroulent pacifiquement, sans violence, sans désordre. Elles sont venues de façon spontanée. Il n’y a pas de leader, pas de parti ni de syndicat qui les dirigent. C’est vraiment un mouvement populaire.

En décembre dernier, des élections ont eu lieu et un président a été élu (par très peu de votants). On attend de voir si le nouveau gouvernement va entendre ce qui se passe et aller dans le sens des aspirations populaires. Mais quelque chose s’est ouvert et qui ne pourra pas se refermer. C’est une étape dans la croissance de ce pays. Encore aujourd’hui, chaque vendredi, ces manifestations (appelées Irak) continuent.

A Tibhirine, où la communauté vit depuis août 2016, on est rejoint aussi par ce qui se passe dans le pays. A travers, notamment, l’augmentation du nombre des visiteurs, surtout le weekend, c’est-à-dire les vendredi et samedi. Plusieurs centaines de personnes viennent visiter le monastère. Ce sont dans la très grande majorité des Algériens musulmans. Ils désirent connaître le lieu où ont vécu les moines. Quand on leur demande pourquoi ils viennent, ils disent que l’histoire du monastère fait partie de l’histoire du pays. Les moines sont leurs frères : ils ont choisi de rester dans le pays quand les temps étaient difficiles et ils ont donné leur vie. Comme le dit Christian de Chergé dans son « Testament spirituel » : « Ma vie était donnée à Dieu et à ce pays. » On peut dire qu’ils ont réussi leur insertion après soixante ans en Algérie !

Nous faisons des visites guidées, en expliquant ce qu’est un monastère, la vie des moines, et ce qui s’est passé. On leur montre la chapelle, le parc, les principaux bâtiments, le cimetière, et on termine par le magasin. Il n’est pas rare de voir des personnes touchées par l’histoire des moines et éprouver une véritable compassion pour eux.

A travers la visite de la chapelle on leur présente parfois quelques symboles de la foi chrétienne. Beaucoup disent ressentir une paix en visitant le monastère. Ils s’y sentent bien. Ils font aussi beaucoup de photos ! Nous ne faisons pas de publicité pour le monastère. Elle se fait par les visiteurs eux-mêmes, principalement sur les réseaux sociaux.
Ce qui est beau aussi, c’est l’amitié, la sympathie qu’ils nous témoignent et nous faisons parfois de belles rencontres. On peut dire dans l’ensemble que les Algériens aiment la rencontre, l’amitié
Actuellement à Tibhirine nous sommes cinq : Félicité Moizard, Blandine Masson, Brigitte Faure, Yves Raymond et moi-même. Alors si l’on vous dit : « One, two, three… », qu’est-ce que vous dites ?  

Cet article fait partie du numéro 63 de la revue FOI

Church Planting

décembre 2019-janvier-février 2020

Vie de la Communauté  

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