A-Dieu

Henri, un frère et un père

Le P. Henri Rakotoarisoa, ccn, est décédé à l’âge de 60 ans le vendredi 10 mai, des suites d’une opération. Ses funérailles, qui eurent lieu à l’Abbaye Notre-Dame des Dombes, rassemblèrent de nombreuses personnes, témoignant de ce qu’Henri a été pour elles, un frère et un père. Plusieurs prises de paroles ont ponctué ce temps d’action de grâce.

« Une confiance absolue dans le travail de Dieu à l’oeuvre dans le monde »

P. François Michon, berger de la Communauté du Chemin Neuf

« Très souvent, Henri nous a rassemblés pour la louange et l’action de grâce, d’habitude avec sa guitare. Et il nous rassemble encore aujourd’hui pour la louange et l’action de grâce. Il y a une phrase qu’Henri répétait comme un leitmotiv, dans les moments de joie comme dans les moments plus difficiles : ‘’Dieu est grand !’’. Et il ajoutait : ‘’L’homme n’est pas petit !’’. Henri nourrissait son espérance, non pas en l’homme en général, mais en chacun qu’il rencontrait en puisant dans cette confiance absolue qu’il avait dans le travail de Dieu à l’œuvre dans le monde. Si nous sommes nombreux aujourd’hui à être touchés, rejoints, c’est parce qu’il y avait entre Henri et nous une relation personnelle. Se savoir écouté, accueilli, avec la délicatesse, la tendresse d’un père, la délicatesse et la tendresse du Père. Avec une miséricorde et une patience infinies. Certains disent : « Henri était trop bon ! ». Mais, c’est parce que notre Père à tous est « trop bon ». La maladie et la mort n’ont pas arraché Henri à la vie. Ils nous donnent de percevoir d’où venaient la vie et la source qui faisaient tout le ministère de père et tout le ministère de frère d’Henri et qui lui a permis de fonder la communauté en Côte d’Ivoire et à Madagascar. »  

« Henri était un frère universel »

P. Hasso Beyer. Henri et Hasso se sont engagés à vie dans la Communauté et ont été ordonnés ensemble à la Pentecôte 1992.

Quelque fois, Dieu nous fait un cadeau, et un cadeau précieux. On ne sait pas pourquoi on a la chance de recevoir ce cadeau, mais il est là avec nous et pour nous. Moi, j’ai eu cette chance d’avoir Henri comme cadeau. Cadeau d’un frère. Un frère qui aimait gratuitement. Appréciant mes talents, mais aussi m’acceptant jusque dans mes défauts. Il aimait nos forces et acceptait nos faiblesses, paisiblement.


Henri avait beaucoup de dons, mais son don principal, c’était sa bonté. Sa bonté lui a permis d’être quelqu’un sans frontières. Il aimait être en France, il aimait être en Côte d’Ivoire. Il était heureux d’être de retour à Madagascar. Henri était un frère universel. Dans son cœur, il n’y avait pas de frontières. Et cela lui a permis d’être tout à tous, sa famille, nous, les frères et sœurs de la communauté et tous ceux qui avaient besoin de lui.


Cette douceur et cette humilité étaient déjà en lui par sa famille, par sa culture et par sa foi. Il avait une telle foi profonde que cette bonté pouvait s’exprimer sans peur. Parce que Dieu est grand et qu’Il fera. Cette foi a permis en lui cette douceur et cette humilité. Comme le Christ, il a pu dire : « Venez tous ! Il y a de la place ! On fait encore à manger ! ». Et cette bonté a généré la vraie fraternité. Ce n’est pas par hasard s’il est à l’origine de deux communautés dans deux pays. Cette bonté était attirante et elle a construit. Elle venait de ce Jésus. Henri aimait la Bible, il aimait retrouver Jésus dans cette Bible et dans la louange. Et cet amour de Jésus a transformé cette bonté en un don universel. En Côte d’Ivoire, la communauté a vécu toutes les tensions de la guerre civile. Elle est restée unie parce qu’elle était plantée dans cette bonté et dans cette foi en Dieu.
C’était quelqu’un de bon et de très intelligent. Jamais, il ne voulait dominer personne. C’était toujours un frère, plein de simplicité et de générosité. Jamais il ne voulait impressionner, seulement partager et servir. Mais, quand on est bon et qu’il y a des conflits, le cœur le paye. Quand il y avait des conflits, lui, avec son cœur large et généreux, il ne comprenait rien. Ca lui coûtait vraiment. Un cœur vraiment bon, un cœur sans frontières, c’est aussi un cœur sans limite et vulnérable. Alors, nous, nous avons rencontré ce cadeau. Je l’ai rencontré comme frère. Nous étions musiciens tous les deux. On aimait l’harmonie, tout ce qui est bon et beau pour Jésus. Alors, Henri, doux et humble de cœur, on aimait venir à lui et lui et sa présence nous ont soulagés. Et maintenant, il est en présence de Jésus doux et humble de cœur qui a partagé ce don et nous croyons que, de là-haut, le cœur d’Henri continue à battre pour nous partager la paix et la joie qui viennent de Jésus, doux et humble de cœur. »

« Qu’est-ce qu’on peut faire pour ces enfants ? »

Sr. Dorothée Gnapy

« Père Henri, je t’ai rencontré pour la première fois en Côte d’Ivoire, mais je t’ai surtout rencontré quand tu m’as accueillie à Madagascar. Tu avais cette capacité de croire en l’homme, tel qu’il est. Tu avais toujours confiance. Je me demandais souvent : « Mais, comment fait-il ? ». Cette capacité d’écoute m’a aidée à grandir. Le premier fruit de cette écoute, ce fut le soutien scolaire à Antsirabe. Lorsque j’ai vu une petite fille traîner dans le terrain des zébus, je suis venue te voir et te dire : « Qu’est-ce qu’on peut faire pour ces enfants ? ». Tu m’as demandé ce que je portais moi-même. Et la petite communauté que nous formions à l’époque a essayé de discerner et on a commencé le soutien scolaire avec ces gamins, qui étaient 50, puis 100, aujourd’hui 400. Merci de m’avoir montré que je pouvais aimer. Après, est née la cantine scolaire, parce qu’on s’est rendu compte que les enfants ne mangeaient pas. Ils n’avaient même pas un repas par jour. Avec toi, la porte de la communauté était toujours ouverte. Des gens ne préviennent pas. Tu reçois un coup de fil et tu me dis : « Ma sœur, on les invite à manger ? ». Et, oui, on les invite à manger. Chaque jour, on reçoit à manger et on invite. Tu m’as appris à aller vers l’autre, à faire confiance. Tu n’as pas peur de l’inconnu. Et ta joie de vivre était vraiment contagieuse. Les étudiants de Madagascar te disent : « Merci ! », les couples de Cana te disent : « Merci ! ». Tu as été le serviteur infatigable. Entre dans la joie de ton maître ! »


Cet article fait partie du numéro 61 de la revue FOI

A la source du pape François

juin-juillet-août 2019

Vie de la Communauté  

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