Heureux ceux qui accueillent. Vivre l’hospitalité

Moines de Tibhirine, Cerf, 2023

Textes recueillis par Marie-Dominique Minassian, Introduits par Thomas Georgeon et Gilles Routhier Le Cerf , 2023.

Ce quatrième volume de la série Les écrits de Tibhirine dévoile ce qui faisait le cœur et la vitalité de leur vie monastique : l’hospitalité, une ouverture aux autres qui nous rappelle qu’il n’y a pas d’autre moyen pour signifier la fraternité humaine et nourrir l’espérance.

Ainsi, sous leur plume, l’accueil à la porterie ou à l’hôtellerie est élevé au rang de  » sacrement de la rencontre  » et la Bible et le Coran consonnent au creux d’une lecture spirituelle. C’est aussi le récit inspirant du quotidien de leur voisinage, de leurs visiteurs, de leur pays d’accueil et des nombreuses relations de communion entretenues à travers le monde grâce à une correspondance nourrie.

A l’heure où les replis identitaires sont manifestes, l’hospitalité vécue à Tibhirine et plus largement dans toute l’Eglise d’Algérie est un style de vie et le rappel qu’il n’y a pas d’autre moyen pour signifier la fraternité humaine et nourrir l’espérance.

Extrait

« Il y a cette autre expérience forte d’hospitalité, cette nuit de feu racontée par Christian. On était en plein Ramadan. Christian, de retour de deux années d’études à Rome à l’Institut Pontifical d’Etudes Arabes et d’Islamologie, occupait la fonction d’hôtelier, c’est-à-dire qu’il était chargé de l’accueil de ceux qui venaient au monastère. Une chose cependant est d’accueillir la présence de l’autre au moment de la prière des moines et une autre de consentir à ce que la prière de l’autre se mêle à sa propre prière. Cela ne pouvait pas se prévoir, ni se planifier. Ce soir-là, après Complies, Christian retourne à la chapelle pour goûter la paix du soir. Alors qu’il priait, l’autre vint le rejoindre et, dans le silence, jaillit la prière, la prière d’un Chrétien et d’un Musulman qui se mêle dans la nuit et la déchire. Accueillir la prière de l’autre et oser la sienne, attendue, laisser jaillir une prière à deux voix où les langues se mélangent, mais où la prière de l’un et de l’autre sont tournées vers l’Unique, alors que « se fraie la route commune vers l’amour de ce Dieu partagé1 ». Il s’agit, dans cette prière à deux voix et bientôt à trois, d’‘’expressions différentes d’une seule et même fidélité, celle de l’Esprit qui est en Dieu, qui dit Dieu !’’. » (p. 26)

Cet article fait partie du numéro 80 de la revue FOI

Dialoguer pour se comprendre

mars-avril-mai 2024