Louis Schweitzer

Pasteur baptiste, professeur d’éthique et de spiritualité à la Faculté Libre de Théologie Evangélique de Vaux-sur-Seine.

Les Eglises baptistes

« Heureux ceux qui procurent la paix … » (Math. 5, 9)

Martin Luther King était un baptiste. Il est d’ailleurs probable que bien des français ne connaissent les baptistes que pour cette raison. Pourtant, si ces Eglises ne sont en France qu’une petite minorité au sein de la minorité protestante, elles représentent une des grandes confessions protestantes mondiales. Nées au début du 17ème siècle, elles trouvent néanmoins leurs racines dans deux traditions qui datent des débuts de la Réforme, la tradition réformée calvinienne et la tradition anabaptiste.

Les sources historiques

On date traditionnellement la Réforme de l’année 1517. Mais, très rapidement, elle va s’exprimer de manière plurielle et principalement sous trois formes  : la Réforme luthérienne qui touchera d’abord l’Allemagne et les pays du Nord ; la tradition réformée qui commencera très vite à Zürich, dès 1523, avec Zwingli, puis prendra à la génération suivante sa forme aboutie à Genève avec le français Jean Calvin. Cette tradition réformée touchera la Suisse, la France, la Hongrie et aura un impact très profond, sous diverses formes, sur le protestantisme anglo-saxon.

Au début, le luthéranisme proposera une réforme de la théologie et de la spiritualité, mais sans trop toucher aux formes extérieures de l’Eglise (structure, liturgie…). Le souci réformé sera de proposer un culte plus dépouillé et de « réformer selon la Parole de Dieu » aussi bien la forme de l’Eglise que son fond. Mais il est un élément que personne ne songeait à mettre en cause, c’était le lien qui existait entre l’Eglise et le pouvoir politique. Jusque là, en effet, toutes les Eglises, protestantes comme catholique, considéraient comme naturel que l’Eglise soit liée à l’Etat. Même en Allemagne ou en Suisse où Protestants et Catholiques cohabitaient, une principauté ou un canton était soit catholique, soit protestant.

C’est à Zürich que ce lien va être mis en cause et que nait ainsi la troisième forme de protestantisme. Certains disciples de Zwingli considérèrent que l’Eglise n’était pas sortie de l’autorité romaine pour se mettre sous celle des bourgeois de la ville. Ils en vinrent à penser que l’Eglise ne devait pas être la fonction religieuse d’une société, mais la communauté des disciples de Jésus. Ils formèrent donc en 1525 à Zürich une première Eglise qui était « libre », au sens de séparée de l’Etat, et « Eglise de professants » au sens où l’on n’en devenait pas membre par la naissance, mais par la confession personnelle de la foi.

En cohérence avec cette conception et selon leur lecture du Nouveau Testament, ces Chrétiens ne baptisèrent pas les petits enfants mais seulement des croyants capables de s’engager personnellement à la suite du Christ. Ils reçurent très vite le sobriquet d’ « anabaptistes », qui veut dire « rebaptiseurs ». Ces chrétiens eurent le souci de suivre radicalement l’Evangile et particulièrement le Sermon sur la montagne. Ils refusèrent donc de porter les armes, même pour se défendre, choisirent une voie de non-violence radicale et refusèrent de prêter serment. La réaction fut violente.

Ils furent persécutés « œcuméniquement » par les Réformés, les Luthériens et les Catholiques. Paradoxalement, malgré cette persécution, les communautés anabaptistes se multiplièrent en Suisse, en Allemagne, dans la vallée du Rhin et en Europe centrale. Les principaux responsables ayant été brûlés, noyés ou emprisonnés, elles connurent un certain nombre de dérapages avant d’être réorganisées par Menno Simons aux Pays-Bas. C’est alors qu’elles prirent le nom de « mennonites » sous lequel elles sont connues aujourd’hui. Il existe plusieurs formes de communautés qui ont ces mêmes origines, dont les célèbres Amish. En Grande Bretagne, la Réforme se manifestait sous des formes diverses. L’Eglise d’Angleterre se sépara de Rome par décision du roi et devint l’Eglise anglicane. Mais, certains voulurent une Réforme plus profonde qui puisse « purifier » l’Eglise des restes de catholicisme, trop nombreux à leurs yeux. Ils furent appelés « puritains ». Certains d’entre eux, les Presbytériens, souhaitaient que l’Eglise d’Angleterre devienne une Eglise réformée sur le modèle de l’Eglise de Genève. D’autres, appelés indépendants ou congrégationalistes, préféraient la séparation des Eglises et de l’Etat. Certains de ces derniers durent s’exiler et choisirent de le faire aux Pays-Bas, qui étaient connus comme terre de tolérance et d’accueil. Ils furent reçus à Amsterdam en 1608, par des Mennonites et se sentirent très proches de leur théologie et de leur approche de la foi ainsi que de leur pratique du baptême des croyants. La première Eglise « baptiste » proprement dite naquit en 1609, à Amsterdam, composée de Britanniques. Ces premiers Baptistes revinrent en Angleterre dès 1612 et les communautés se développèrent. Un peu plus tard, une première Eglise baptiste fut créée en Amérique en 1638 par Roger Williams qui fonda la colonie de la Providence (actuellement Rhode Island), basée sur une totale liberté en matière de religion. Ces Eglises, à la structure légère, se répandirent largement en Amérique et, dès qu’ils le purent, de nombreux Afro-américains fondèrent leurs propres communautés. Les missions britanniques et américaines touchèrent ensuite l’ensemble des pays suscitant des Eglises baptistes un peu partout dans le monde. On évalue aujourd’hui à environ 125 millions le nombre des chrétiens qui se rattachent à ces Eglises. Quelques caractéristiques des Eglises baptistes Il va de soi que les Baptistes peuvent être très différents selon les époques, les pays ou les sensibilités locales, mais ils partagent certains traits communs.

Les Eglises baptistes sont toujours composées de personnes qui ont confessé publiquement leur foi à des âges très divers par le baptême. Elles se caractérisent comme des Eglises congrégationalistes. Ce terme a deux significations. Il signifie d’une part que chaque communauté est très autonome. C’est elle qui gère ses propres affaires et les liens qui unissent les Eglises entre elles sont toujours assez légers. On parlera ainsi de Fédération Baptiste française ou européenne ou d’Alliance Baptiste mondiale. Le mot « Eglise » au singulier concerne toujours la communauté locale ou l’Eglise de Jésus-Christ au sens le plus large qui soit, qui englobe les Chrétiens de toute confession et dont Dieu seul connaît l’étendue. Mais congrégationaliste signifie également que c’est la congrégation dans son ensemble qui prend toutes les décisions importantes. Les membres de l’Eglise sont habitués à être réunis pour élire leurs pasteurs et les divers responsables et essayer de discerner ensemble la volonté de Dieu pour la vie de la communauté. Les Eglises locales peuvent se réunir entre elles dans diverses associations ou fédérations selon leurs sensibilités. Ainsi la Fédération des Eglises Evangéliques Baptistes est membre depuis 1916 de la Fédération Protestante de France alors que d’autres Eglises (celles de Association des Eglises baptistes, par exemple) demeurent plus réservées.

Certains Baptistes demeurent en effet réticents devant l’œcuménisme et surtout son caractère institutionnel, alors que d’autres entretiennent depuis longtemps des relations avec les autres Eglises. Il existe ainsi des dialogues avec l’Eglise catholique depuis 1984 au niveau mondial et ceux qui ont commencé en France en 1981 ont abouti dès 1986 à un comité mixte baptiste-catholique.

Quelques éléments de la spiritualité

Les Baptistes sont très largement des Chrétiens évangéliques. Ils ont cet attachement à la Bible et à la vie spirituelle qui caractérise cette grande partie du protestantisme. Bien que la réalité dans le monde soit plus complexe, ils sont majoritairement attachés à une approche orthodoxe de la foi protestante et marqués par les divers réveils qui ont régulièrement renouvelé la spiritualité des Eglises issues de la Réforme. Un prédicateur baptiste du 17ème siècle, John Bunyan, est l’auteur du Voyage du pèlerin (The pilgrim progress), un livre qui a longtemps été un des plus diffusés après la Bible et qui présente sous forme d’une allégorie, le cheminement de la vie chrétienne.

Les Baptistes sont persuadés que l’Evangile doit être communiqué et ont toujours été très actifs dans les missions et l’évangélisation. William Carey fonda en 1792 la première mission protestante  ; Charles Haddon Spurgeon (1834-1892) fut un très grand prédicateur baptiste et l’évangéliste bien connu Billy Graham, récemment disparu, fut un des Baptistes les plus connus. Pourquoi les premiers Baptistes ne sont-ils pas devenus simplement des mennonites anglais alors qu’ils avaient tant de choses en commun ? Les Mennonites, pour demeurer fidèles à leurs convictions chrétiennes non-violentes, avaient dû, autant que possible, se faire oublier à cause de la persécution et avaient été ainsi contraints de se tenir à l’écart de la société. Les Anglais, plus marqués par une tradition calvinienne, souhaitaient pouvoir s’impliquer dans la société. A ce titre, ils conservèrent une position plus classique dans l’Eglise et acceptèrent de faire des compromis quant à la participation au pouvoir et à l’usage de la force. Il est intéressant de noter qu’au 20ème siècle, on a pu assister à une convergence nouvelle (et limitée) entre ces deux traditions. Des Mennonites, qui n’ont plus à se soucier de leur survie comme à leurs débuts, se sont impliqués plus fortement dans la société, tentant d’agir, toujours dans l’esprit non violent du Sermon sur la montagne, pour le progrès de la justice et de la paix. De même, bien des Baptistes, essentiellement grâce à Martin Luther King, ont découvert qu’il était possible de s’engager dans la société et même dans ses luttes sans avoir recours à la violence. On peut d’ailleurs penser que cette convergence dépasse de loin le cadre des Eglises mennonites ou baptistes et qu’une grande partie des Eglises chrétiennes s’oriente aujourd’hui dans cette direction.

Cet article fait partie du numéro 57 de la revue FOI

Martin Luther King

juin-juillet-août 2018

Oecuménisme  

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