Historienne, auteure de documentaires, de romans et d'histoires pour les tout-petits,

elle écrit également pour la presse jeunesse. Mariée et mère de cinq enfants, ccn

Littérature

Ignace, un héros sans superpouvoirs

Co-auteur de plusieurs livres pour enfants, Claire Astolfi vient de publier une seconde biographie de saint à l’attention des adolescents, Ignace de Loyola, L’appel du Roi. Ce livre particulièrement vivant, à la fois historique et rempli d’aventures, parvient à retracer les principales expériences spirituelles d’Ignace de manière juste et abordable. Pour découvrir ou redécouvrir le fondateur des Jésuites, à lire, de 12 à 92 ans.. !

FOI : Apres l’histoire de Jean-Paul II, tu fais, à l’attention des jeunes, le récit de la vie d’Ignace de Loyola. Qu’est-ce qui te pousse a écrire pour les adolescents ?

Claire Astolfi : Grande lectrice depuis l’enfance, je sais à quel point nos lectures nous façonnent et nous influencent… Aujourd’hui, je constate un appauvrissement des livres consacrés aux adolescents : les histoires se suivent et se ressemblent, mettant souvent en scène des adolescents sauveurs d’un monde où l’adulte est impuissant ou menaçant. Enfant, je me souviens avoir été fascinée par les Belles Histoires de l’oncle Paul qui racontaient en BD des histoires d’hommes et de femmes réels, ayant accompli des actes de courage, de sacrifice, d’ingéniosité. A travers mes livres, j’aimerais raconter des histoires vraies, incarnées par des « héros » sans super pouvoirs et qui, pourtant, ont contribué à changer le monde. Je voudrais avant tout leur révéler que l’aventure est à leur portée !

FOI : Pourquoi avoir choisi l’histoire d’Ignace ? Qu’est-ce que son histoire peut apporter à un adolescent d’aujourd’hui ?

C. A : Ignace a quelque chose de l’adolescent : il aime les livres de chevalerie (nos fameux livres d’héroic fantasy d’aujourd’hui), aspire à plaire et à séduire, a éperdument besoin de reconnaissance, cherche quelque chose de plus grand que lui… Et puis, ce sera la chute sur les remparts de Pampelune et la découverte de son intériorité. Le discernement des esprits. La relecture. Le combat spirituel. Le désir de « sauver les âmes ». Ignace change de vie de manière radicale, excessive, se mettant parfois en danger… un peu comme les jeunes. En fait, toute sa vie est un enseignement ! C’est pourquoi elle parle au coeur et à l’intelligence…

FOI : Les jeunes (et moins jeunes) lecteurs apprécient la vivacité du récit mais aussi la sûreté de ta recherche historique. Dois-tu cela à ta formation d’historienne ?

C.A : Ah oui ! Je suis très rigoureuse sur les détails les plus insignifiants. Grâce à internet, j’ai pu découvrir la faune et la flore de la Catalogne, du pays basque mais aussi découvrir comment les gens s’éclairaient, se chauffaient, s’habillaient, se nourrissaient… Je me suis renseignée sur les types de bateaux qui naviguaient en Méditerranée, j’ai vérifié les distances, les dates, les lieux. Un exemple : j’avais imaginé une belle scène d’Ignace devant les murailles étincelantes de Jérusalem. Après quelques recherches, j’ai découvert à mon plus grand dépit que les murailles n’ont été restaurées par Soliman que quinze ans après le séjour d’Ignace. J’ai donc renoncé à ma belle entrée triomphale pour évoquer des murs en lambeaux…

FOI : Est-il facile de décrire les expériences spirituelles d’Ignace ?

C.A : Décrire de manière vivante et fidèle ces expériences a été un vrai défi pour moi. Comment restituer des monologues intérieurs, des intuitions spirituelles, des visions dont je n’ai l’écho qu’à travers le Récit du Pèlerin ? Je ne voulais pas faire d’Ignace un schizophrène habité par des voix contradictoires ! Certaines de ces expériences sont en outre « surnaturelles » et donc extrêmement subjectives. M’inspirant des Exercices spirituels, j’ai fait dialoguer Ignace avec lui-même. Mais c’est ma version d’Ignace et je ne prétends pas à sa parfaite justesse…

FOI : Quelle intuition d’Ignace préferes-tu ? Pourquoi ?

C.A : Le discernement des esprits me semble particulièrement adapté aux jeunes d’aujourd’hui. A l’heure où l’hyper connectivité empêche le jeune de faire silence et de descendre en lui-même, Ignace nous rappelle l’importance de nos mouvements intérieurs. Et si les jeunes apprenaient à s’écouter au lieu de chercher sur internet les solutions ? Et s’ils se faisaient suffisamment confiance pour discerner ce qui leur fait du bien et ce qui les blesse ? L’importance du combat spirituel : arrêtons d’élever nos enfants dans du coton. Ils devront faire des choix de vie et de mort. Ignace nous donne des outils pour discerner et décider, tout en nous invitant à nous battre sous le bon étendard. Comment répondre à l’appel du Roi ?

Claire Astolfi, Ignace de Loyola, L’appel du roi, Salvator, 2019

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Un lecteur en parle : Donatien Horesny

De l’humour, de l’aventure et la joie de marcher avec Dieu !

Le livre sur Ignace de Loyola m’a beaucoup plu, car c’est à la fois une histoire émouvante et spirituelle et aussi parce que les touches d’humour ne manquent pas. Il suscite à la fois la tristesse et la joie. Par exemple, à travers le récit, nous découvrons les conditions de pauvreté des pèlerins qu’Ignace rencontre au cours de ses pèlerinages, je dirais même lors de ses multiples pérégrinations et aventures.

Ce qui m’a touché, aussi, c’est la joie intense que ressent Ignace à travers ses rencontres avec Marie : « O Marie, vous êtes désormais et pour toujours la seule dame de mon cœur. Plus rien ne me retient désormais à Loyola » (p. 59- 60).

Enfin, l’histoire d’Ignace montre que l’on peut vivre une lutte intérieure mais aussi la joie quand on marche en présence de Dieu. Cela me fait penser à une parole dans la Bible : « On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien et ce que l’Eternel demande de toi. C’est que tu pratiques la justice, que tu aimes la miséricorde, que tu marches humblement avec ton Dieu » (Michée 6, 8).

Cet article fait partie du numéro 61 de la revue FOI

A la source du pape François

juin-juillet-août 2019

Formation Chretienne  

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