Semaine internationale

Intercéder pour le monde et accueillir notre fragilité

Comme chaque année, la Communauté du Chemin Neuf a réuni les responsables de chaque pays lors de la semaine dite « Internationale ». Garder et faire grandir l’unité d’une communauté qui se trouve appelée en vingt-cinq pays nécessite de se rencontrer afin de recevoir ensemble « ce que l’Esprit dit aux Eglises ».

La rencontre de cette année fut marquée par une intercession de visu pour notre monde, une réflexion commune sur des questions d’éthique, l’interpellation à recevoir la grâce de Dieu dans nos faiblesses et, comme dans tout temps communautaire, la joie de se retrouver et de partager nos expériences différentes selon les pays.

Parmi les participants, certains venaient à cette semaine pour la première fois. Ils témoignent de ce qui fut important à leurs yeux, sur le plan personnel et communautaire.

Communion, Fragilité et Intercession

P. J. Hubert Thieffry

Je pourrais résumer ma première expérience de la semaine internationale en trois mots-clés reliés entre eux : Communion, Fragilité et Intercession. Après de nombreuses années au service de lieux « frontières » (l’aumônerie d’hôpital à Suresnes près de Paris pendant cinq ans, puis vingt et un ans en Paroisse à Paris et Sophia Antipolis, près de Nice), je ressens la nécessité de me rapprocher du « centre », ce que m’a permis de vivre cette semaine.

Aujourd’hui je suis à Montréal, dans un foyer d’étudiants animé par une fraternité de couples et célibataires de la communauté, je fais partie de la troïka pour le Canada et nous préparons la prise en charge d’une paroisse dans le centre de Montréal. Nous sommes arrivés avec beaucoup de questions à ce sujet, mais aussi sur différents points : maisons, frères, sœurs et missions du Canada. J’avais déjà participé à de nombreuses semaines communautaires et deux chapitres mais c’est la première expérience de semaine internationale. Avec Marie Salmon, responsable nationale et Hélène Guilbault notre vis-à-vis, j’ai apprécié de pouvoir faire le point sur les principales questions avec le Conseil de Communauté, l’équipe «  Finances  » et l’équipe «  Mission  » pour sentir ensemble les directions à prendre, les points à consolider ou à explorer. Même si François Michon était venu deux mois avant nous visiter, vivre ces temps de communion, être attentifs ensemble aux motions de l’Esprit avec les membres du Conseil de différents pays a permis de nous sentir davantage greffés sur le corps entier, repartir fortifiés dans ce que nous avions à vivre tant pour le quotidien que pour les nouvelles pistes à explorer.

L’intervention de Dagmara sur la maturité a été une étape importante pour grandir dans cette communion en intégrant la fragilité, la mienne bien sûr, mais aussi celle de la communauté dans la diversité de ses implantations, de ses membres et ses responsables. J’avais de nouveau à consentir à ce que l’œuvre de Dieu se fait au travers et au-delà de nos fragilités. Que je n‘avais pas à récriminer, mais à consentir, à croire que l’œuvre de Dieu et non la mienne était en jeu, que c’est le Seigneur qui est notre fécondité, que l’amour doit toujours être premier. J’avais à le louer et ne pas me laisser ravir ma joie.

Nous n’en sommes pas restés là. Nous avons été invités à intercéder. Une grande carte du monde dessinée dans la chapelle de Tigery, avec les différentes implantations des maisons et des missions nous a permis de prendre le temps de confier les pays et les lieux qui nous tenaient le plus à cœur. Confier cette fragilité et demander que Son règne vienne, prier seul ou ensemble à ces intentions, reconnaître que l’intercession est puissante et féconde, bien au-delà de nos capacités et limites. Vivre cela de manière solidaire avec les représentants des différents pays a été d’une grande intensité. Nous avions été interpellés au Canada par cette parole du Seigneur en Ezéchiel 37, «Crois- tu que ces ossements puissent revivre ? Dis à l’Esprit des quatre vents : ‘’Viens souffle sur ces morts  !’’.  ». Ezéchiel l’a fait, le Seigneur a répondu, les ossements se sont mis à revivre. La promesse s’est accomplie. L’expérience de la semaine internationale a élargi notre cœur et renforcé notre conviction que cette interpellation à intercéder et cette promesse de l’Esprit étaient pour aujourd’hui, pour le monde entier, bien au-delà des forces et faiblesses de notre petite communauté. Nous l’avons remis en œuvre dès notre retour !

« La promesse est pour tous »

Sr. Maria Olga Diaz, Moundou (Tchad)

La semaine internationale a été riche de rencontres, de partages, de nouveautés. L’Esprit Saint marche devant nous et nous ouvre des chemins nouveaux. « Car c’est pour vous qu’est la promesse, ainsi que pour vos enfants et pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera » (Hébreux 2, 39). Cette parole, reçue à la semaine internationale 2019 à Tigery (France), me réjouit et me réconforte dans la mission que la Communauté m’a confiée au Tchad. Nous sommes appelés à témoigner de « la diversité réconciliée ». La promesse du salut s’est accomplie dans chacune de nos vies et nous en sommes témoins. Cependant, n’oublions pas que cette promesse est pour tous les êtres humains. Aujourd’hui, le Seigneur m’appelle à «  être avec  » le peuple «  tchadien  » (ngambaye, munda, massa, arabe …) et à partager « avec eux » leur quotidien. Mais, comment partager ce que « nos yeux ont vu, nos mains ont touché, nos oreilles ont entendu » (Jean 1, 1) avec ceux et celles envers lesquels nous sommes envoyés en mission au Tchad ? Nous avons abordé la question de l’inculturation de l’Evangile, l’homosexualité, la non-violence, la relation avec les Eglises évangéliques et la relation avec le peuple juif. Aujourd’hui, pour moi le plus important c’est d’aller à la rencontre de l’autre sans préjugés, dans l’humilité et la simplicité. Il s’agit d’être à l’écoute. Il s’agit de laisser le Seigneur passer devant moi, d’être à son service dans le plus petit de nos frères (les enfants, les malades, les jeunes, les couples). Nous sommes tous égaux car nous partageons tous une commune humanité. Nous sommes tous des êtres humains, créés à l’image et à la ressemblance de Dieu. Nous sommes tous des enfants d’un même Père. Donc, nous sommes tous des frères. L’autre, différent de moi, est mon frère. L’autre, différente de moi, est ma sœur. La fraternité va au delà de notre couleur de peau, de notre langue maternelle, de notre lieu d’origine, de notre culture et de notre religion.

Relever de nouveaux défis

Peter Varkonyi, Budapest (Hongrie)

Durant cette semaine, j’ai été frappé par l’abondance de situations où la communauté est invitée à aller jusqu’aux frontières de l’univers dans lequel, en tant que communauté catholique, nous vivons. Avant d’arriver à cette semaine, je pensais que les récents appels en Algérie et au Royaume-Uni, étaient des événements uniques, comme ceux que l’on ne vit qu’une fois dans sa vie. Une semaine plus tard, je me rends compte qu’ils sont en effet uniques, mais qu’il en existe d’autres aussi importants. Nous sommes en effet à nouveau appelés à relever de nouveaux défis, à atteindre de nouvelles frontières. En cheminant avec des Chrétiens des États-Unis, par exemple, nous allons sûrement faire une expérience différente de Dieu ; peut-être allons-nous découvrir des choses nouvelles ? Et j’imagine que le Saint-Esprit va continuer à nous surprendre encore, au travers de situations audacieuses, voire insensées. Je vois la communauté comme un grimpeur entre deux murs verticaux : pour rester en équilibre et ne pas tomber, il doit, avec ses mains et ses pieds, s’appuyer de toutes ses forces contre le rocher. J’ai l’impression que ce que le Seigneur nous demande, c’est d’aller jusqu’au bout de l’espace disponible, en nous aidant de nos mains et de nos pieds. Quelle grâce d’avoir tant de mains et de pieds ! Pourtant, les frontières ne sont pas toutes aussi lointaines ni aussi aventureuses que de se rendre en Algérie ou partager la vie des personnes d’une autre confession. Le témoignage d’Olivier Turbat nous montre bien qu’il est possible de surmonter les situations extrêmes de la vie ou, plutôt, de permettre à Dieu d’utiliser, à sa guise, nos propres limites. Ce fut pour moi un moment très important de la semaine où le Seigneur m’a touché. Je me suis dit que, malgré (ou avec) toutes mes limites, que ce soit dans ma vie de famille, mon travail ou dans mes missions en Hongrie, je suis appelé à faire tout ce qui est en mon pouvoir, puis laisser le Seigneur m’utiliser.

Cet article fait partie du numéro 60 de la revue FOI

La joie de l’amour

mars-avril-mai 2019

Vie de la Communauté  

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