Hélène Prono

Le film

Irénée de Lyon, artisan de paix et d’unité

"Je puis dire l’endroit où s’asseyait le bienheureux Polycarpe pour parler. Comment il entrait et sortait, sa façon de vivre, son aspect physique, les paroles qu’il prononçait devant la foule. Je me rappelle ce qu’il disait au sujet de Jean et de ceux qui avaient connu le Seigneur."

Ainsi Irénée commence-t-il la lettre qu’il adresse à un de ses disciples, un certain Marcianus auquel il prodigue ses conseils, écrit intitulé La démonstration de la prédication apostolique. On peut considérer cet ouvrage comme le premier catéchisme de l’église, car il a nourri tous les Pères qui viendront ensuite, et laisseront leur empreinte dans l’histoire de l’église. Sa pensée a irrigué toute la tradition en Orient et en Occident. Irénée nous ramène à ce temps d’avant les schismes et les séparations qui déchireront la tunique sans couture de l’église.

Pour Marie-Laure Chaieb, enseignante à la Faculté de théologie de Lyon, « Irénée, en fait, ce n’est pas une pensée sèche ! Ce n’est pas un livre ! Ce ne sont pas des choses à apprendre par coeur… C’est quelqu’un qui fait vivre. Et moi, je le considère vraiment comme un compagnon parce qu’il aide à marcher ». Et Sandrine Caneri, théologienne orthodoxe se montre tout aussi enthousiaste « Avec Irénée, on a l’impression de toucher le manteau du Christ ! »

Irénée, qui, dans le film, prend les traits de l’acteur angevin Bruno Durand regarde vers l’horizon. Il se souvient de son vieux maître Polycarpe, qui lui a transmis l’enseignement des Apôtres, et dont il a gravé les paroles dans son coeur. A cette époque, la transmission de la foi se fait essentiellement oralement, et Irénée consacrera toute sa vie à témoigner fidèlement de ce qu’il appelle « la Tradition des Apôtres». Pour lui cette Tradition n’a rien de figé. Au contraire. C’est un processus, un mouvement qui accompagne l’histoire des hommes tout au long des siècles. Irénée ne cherche pas à élaborer une idéologie. Il ne construit pas de système de pensée. Il veut avant tout transmettre « l’événement Jésus Christ ». Et pour cela, dans un langage simple et accessible à tous, Irénée dresse une grande fresque de l’histoire du Salut, autrement dit l’histoire de Dieu qui lie son destin pour toujours avec celui de l’humanité, depuis les origines jusqu’à son achèvement, lorsque tout sera récapitulé dans le Christ. Irénée est un des premiers grands théologiens du christianisme et on lui doit la première synthèse de ce qui sera plus tard notre Credo.

Irénée a échappé providentiellement à la persécution qui frappe la communauté chrétienne de Lyon en 177. Persécution sanglante au cours de laquelle la violence se déchaine : Pothin, le premier évêque de Lyon meurt d’épuisement dans son cachot. Beaucoup sont pourchassés, emprisonnés, décapités. D’autres meurent dans l’arène, affreusement torturés, notamment Blandine et ses compagnons, dont le martyre a profondément marqué la mémoire des Lyonnais.

Nommé évêque à la suite de Pothin, Irénée va déployer toute sa dimension de pasteur. « Il a vécu son nom », dira de lui Eusèbe de Césarée. Irenaios, en grec, veut dire homme de paix. Ainsi découvre-t-on un homme attentif à répondre aux questions de foi que lui pose Marcianus, mais aussi un homme soucieux du troupeau qui lui a été confié dans cette ville que l’empereur Auguste désignera comme la capitale des Gaules.

On découvre aussi que lorsque les Chrétiens de Lyon envoient Irénée comme ambassadeur à Rome, ils parlent de lui comme « notre frère et compagnon », avant même de parler de lui comme prêtre ou évêque. « Dans les crises que traverse aujourd’hui l’Eglise, cette formulation est importante, elle est une sorte d’antidote contre la tentation du cléricalisme », souligne le Père Bernard Badaud, ancien curé de la paroisse Saint Irénée à Lyon.

Dans la querelle sur la date de Pâques, Irénée se démontre là aussi un homme de paix. Il tempère l’impétuosité du pape Victor qui brandissait l’excommunication si les églises d’Asie ne se pliaient pas aux règles de Rome. Irénée évite alors le premier schisme qui aurait pu se produire dans l’Eglise.

Et quand Irénée, dans son traité Contre les hérésies, s’emploie à démonter la thèse soutenue par les gnostiques, il ne jette pas non plus l’anathème. Mais il prend la peine de réfuter point par point cette gnose « au nom menteur ». Une gnose toujours agissante aujourd’hui quand on propose un salut par la connaissance, et que l’on fait de Jésus une sorte d’avatar, de superman, lui retirant toute sa dimension humaine. « C’est un petit peu ce qui m’a conduit à vouloir approfondir cette question pour voir comment Irénée, dans son combat, rejoignait des problématiques d’aujourd’hui », note encore le Père Bernard Badaud.

Irénée homme de paix, Irénée homme d’unité : difficile de ne pas aimer ce grand théologien, oublié pendant des siècles et ressurgi au XXème. « Irénée est cité 19 fois par le Concile Vatican II, soit de façon explicite, soit dans les notes. Il fait partie de la sève qui a donné l’Esprit du Concile Vatican II ». indique Marie-Laure Chaieb.

Et on comprend à quel point Irénée peut nourrir notre foi d’aujourd’hui. Il croit au dessein d’amour de Dieu, à sa fidélité, sa patience. Irénée a une vision extrêmement positive de l’homme, créé libre à l’image et à la ressemblance de Dieu, et qui, avec l’aide de la Grâce divine, chemine vers sa perfection. Guillaume Bady, directeur de « Sources Chrétiennes » le formule très bien : « Il y a chez Irénée quelque chose de vraiment réconfortant, de profondément joyeux. Je crois que personne à ce point-là n’avait, comme Irénée, développé cette idée d’une béatitude dans la vision de Dieu. On cite souvent le début de la phrase « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant » et on oublie la suite de la phrase « et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu ». Il faut voir que pour les anciens, la vision, la lumière, venait non pas de l’extérieur, mais de l’intérieur. C’est à dire qu’il ne s’agissait pas d’être transformé par Dieu de l’extérieur mais de l’intérieur, par Dieu lui-même. »

Une lumière inaltérable toujours actuelle. Du haut de ses deux mille ans, Irénée de Lyon a encore quelque chose à nous dire.

« Avec Irénée, on peut presque toucher le manteau du Christ ! » C’est le cri du cœur de Sandrine Caneri, théologienne orthodoxe. Elle parle avec un enthousiasme contagieux de cet homme qu’elle considère comme le petit-fils spirituel de Saint-Jean l’évangéliste. Irénée, premier évêque de Lyon et premier grand théologien de l’église, est né vers 130 après Jésus-Christ à Smyrne, en Asie Mineure, l’actuelle Turquie. C’est un homme venu de l’Orient qui s’est nourri aux enseignements de St Polycarpe, lui-même disciple direct de Saint-Jean, dont il a gardé précieusement les paroles. « C’est un jaillissement, un pur jaillissement », s’exclame également Guillaume Bady, le directeur de Sources Chrétiennes, la maison d’édition qui a permis de rééditer les écrits d’Irénée. Et Frère Elie Ayroulet, vice-doyen de l’Université catholique de Lyon, s’en fait l’écho : pour lui, Irénée nous dit quelque chose de la fraicheur de
l’église dans ses commencements. Une source pure à laquelle l’homme d’aujourd’hui peut étancher sa soif. Parce que loin de se révéler désuète, sa théologie « intégrale » est au contraire extraordinairement moderne.

Ce dossier est réalisé avec l’équipe Net for God, à partir du film de novembre 2019, Irénée artisan de paix et d’unité. Net for God est un réseau de prière, de formation et d’évangélisation, créé par la Communauté du Chemin Neuf en 2000, qui s’engage pour l’unité des chrétiens, la réconciliation et la paix. Chaque mois, un film traduit
en 20 langues est envoyé dans près de 70 pays à tous les membres du réseau qui
constituent la Fraternité Œcuménique Internationale.
Pour rejoindre le réseau de prière près de chez vous : netforgod.tv
Revues et DVD en vente sur le site laboutique-chemin-neuf.com

Cet article fait partie du numéro 62 de la revue FOI

Irénée de Lyon, artisan de paix et d’unité

septembre-octobre-novembre 2019

Formation Chretienne  

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