Michel Clincke

Curé de la paroisse de la Trinité à Roubaix et membre de l’ACFEB (Association Catholique Française pour l’Etude de la Bible)

3 janvier 2023

Femmes dans le Nouveau Testament

Jésus a des femmes DISCIPLES…et plus !

En reprenant à son compte les caractéristiques essentielles de l’être-disciple pour les hommes « Etre avec » ; « suivre » ; « servir » chez Marc et Matthieu et en les appliquant aux femmes, Luc reconnaît que Jésus s’est bien entouré de femmes qui, voyageant avec lui, sont bien témoins de tout ce qu’il a fait et dit et « se souvenant de toutes ses paroles » (Lc 24, 8) sont habilitées à les annoncer et à les proclamer !Mais, concernant les femmes comme disciples dans les deux Evangiles de Luc et de Jean, on trouve encore plus que cela. Parcourons quelques-uns de ces textes qui leur sont propres.

Une femme comme prêtre : « BENIR »

Qui bénit dans l’Ancien Testament ? Ce sont les prêtres et les hommes ! Or, l’Evangile de Luc s’ouvre sur un prêtre Zacharie qui devient muet et est incapable de donner la bénédiction sacerdotale à son peuple. La première double bénédiction de vie, de croissance et de fécondité sera donnée par Elisabeth : « Bénie es-tu, Marie entre les femmes et béni le fruit de tes entrailles » (Lc 1, 42) ! Voilà une femme PRETRE qui bénit Marie et Jésus comme Jésus lui-même bénira à deux reprises ses disciples en finale de l’Evangile (Lc 24, 50-51).

Une femme comme prophète : « PROPHETISER »

Tout le récit de l’enfance de Jésus dans Luc se termine sur une femme dans le temple de Jérusalem : c’est ANNE ; elle était PROPHETESSE (Lc 2, 36) C’est la seule fois qu’apparaît ce mot dans tout le Nouveau Testament ! Prophète au féminin ! Et Luc insiste sur son être-prophétesse, qui est mentionné juste après son prénom et avant tous les autres nombreux traits la caractérisant. Avec discernement, Anne va faire connaître Jésus à tous les pèlerins présents dans le temple de Jérusalem. Comme prophète, elle a pressenti en cet enfant le Sauveur d’Israël.

Une femme comme diacre : « SERVIR »

Voilà une femme mentionnée douze fois dans Luc et Jean ! Marthe est la femme modèle et disciple de l’hospitalité, du service et du diaconat. Marthe, qui « reçoit Jésus dans sa maison » (Lc 10, 38) préfigure et annonce toutes ces femmes qui, disciples du Christ, accueillent dans leur maison une communauté d’Eglise où le maître de maison, homme ou femme, accueille, préside les célébrations, organise la vie de la petite communauté chrétienne. L’hospitalité de Marthe est décrite comme un SERVICE : « Marthe était occupée à un multiple SERVICE ». C’est le mot « diakonia » : la seule fois où il apparaît de tous les Evangiles et que Luc va utiliser huit fois dans les Actes pour décrire le « service de l’Apostolat » (Ac 1, 17-25), « le service de la Parole » (Ac 6, 4), « le service de l’entraide » (Ac 11, 29 et 12, 25) ! Comment ne pas y voir aussi derrière ce mot «  diaconie  », à haute valeur théologique, non seulement le service de la table mais aussi le service du ministère dans toutes ses variétés comme pouvait l’exercer dans sa maison « Phoebé diacre de l’Eglise de Corinthe ».

Deux femmes théologiennes : « SAVOIR »

 Regardez cette merveilleuse réinterprétation que fait l’Evangile de Jean de Marthe ! A la mort de son frère, Marthe aperçoit Jésus sur la route, court à sa rencontre et s’entretient avec lui. Leur conversation est un vrai cours de théologie. Marthe commence par affirmer par deux fois qu’elle « sait » bien des choses : « Elle sait que Dieu accordera à Jésus tout ce qu’il demandera à son Père…elle sait que son frère ressuscitera au dernier jour » (Jn 11, 22-24). Puis sur les questions de Jésus, elle répond par une éblouissante confession de foi sur l’identité de Jésus. Non seulement elle sait mais maintenant elle CROIT : « Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde » (Jn 11, 27). Sa confession de foi est bien supérieure à celle de Pierre qui, dans cet Evangile, ne fait que dire que « Jésus a les paroles de la vie éternelle » (Jn 6, 68) et à celle de Thomas qui demande de voir pour croire. Marthe, elle, croit sans avoir vu son frère revenu à la vie !

Et que dire de la femme de Samarie qui discute aussi de théologie avec Jésus ? De question en question, d’approfondissement en approfondissement sur l’identité de Jésus, elle en vient à dire, elle aussi, qu’elle sait des choses : « Je sais bien que le Messie va venir » (Jn 4, 26). Ce à quoi Jésus répond : « JE SUIS, celui qui te parle ». Comme Dieu s’est présenté à Moïse comme « JE SUIS », c’est à cette femme que Jésus se présente comme le majestueux « JE SUIS », le premier d’une longue liste de « JE SUIS » de cet Evangile.

Une femme comme apôtre : « ANNONCER »

Comment ne pas terminer sur cette autre femme qui a eu le privilège de la première rencontre personnelle avec Jésus Vivant comme l’atteste ce texte de Marc : « Ressuscité le matin du premier jour de la semaine, Jésus a été vu en premier par Marie de Magdala » (Mc 16, 9) De cette rencontre fondatrice, L’Evangile de Jean va en faire un récit tout à l’honneur et à la gloire de cette femme qui arrive au couronnement de son Evangile : il va en faire une femme Disciple bien-aimée, une femme visionnaire et prophète, une femme Apôtre, mieux une femme « Apôtre des Apôtres ».

En disant à Marie de Magdala : « Pour toi, va vers mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père qui est votre Père et vers mon Dieu qui est votre Dieu » et en terminant le récit par « Marie de Magdala vint donc évangéliser les disciples », Jean fait de Marie de Magdala l’Apôtre des Apôtres. Elle remplit toutes les conditions, et tous les critères de l’Apostolicité données par Paul : elle a vu le Seigneur ressuscité (1 Cor 9, 1) ; elle annonce l’Evangile de Jésus (1 Cor 1, 17) ; son message fonde une nouvelle communauté égalitaire de frères et de sœurs en Jésus (1 Cor 9, 1). Marie de Magdala n’est pas envoyée aux Apôtres ou aux Douze mais aux frères et sœurs de Jésus ! « Pour cet Evangile, le témoignage fondateur de l’Eglise est le témoignage d’une femme et non d’un homme. Plus encore, le « ministère apostolique » a d’abord été le fait d’une femme » ! (Jean Zumstein). Son droit à l’apostolat est égal, dans cet Evangile, à tous égards, à celui de Pierre et de Paul. « A la différence de Pierre, elle ne fut pas infidèle à Jésus pendant sa passion et, à la différence de Paul, elle ne persécuta jamais le Christ dans ses membres. Mais, comme les deux, elle vit le Seigneur ressuscité, reçoit directement de lui l’ordre de prêcher l’Evangile et accomplit ce mandat de façon fidèle et efficace » (S. Schneiders). Marie de Magdala est bien devenue « l’APOTRE des APOTRES » selon la formule célèbre d’Hyppolyte, évêque de Rome au 3ème siècle. N’oublions pas, à côté de toutes ces femmes qui tiennent des rôles ministériels de prêtres, prophètes, diacres, enseignantes, apôtres, évangélistes, ces femmes qui sont des modèles de FOI, de MISERICORDE et de PRIERE et qui ne se trouvent que dans l’Evangile de Luc comme la femme en Luc 13, 10-17 que Jésus qualifie de « Fille d’Abraham » ; la femme qui a perdu sa drachme et qui devient l’exemple de la MISERICORDE de Jésus au féminin à côté du berger ; la femme donnée en exemple de PRIERE en Luc 18, 1-8 qui, face au juge ripou, et qui « a la rage pour la justice » et ordonne au juge de lui rendre justice, l’importune, fait le siège de son tribunal et vient lui « casser la tête », littéralement c’est un terme de boxe qui signifie « Frapper sous l’œil » !!!, « faire un œil au beurre noir »

Puissent toutes ces vives femmes propulser l’Eglise et nos communautés vers un Evangile toujours célébré, vécu et proclamé « à double voix ».

Puissent toutes ces vives femmes propulser l’Eglise et nos communautés vers un Evangile toujours célébré, vécu et proclamé « à double voix », féminine et masculine jusque dans ses ministères institués et ordonnés ! Toutes ces femmes ont eu une place dans le cœur de Jésus. Puissent toutes les femmes aujourd’hui avoir place dans le chœur de nos Eglises !

Cet article fait partie du numéro 76 de la revue FOI

Ecouter la voix des femmes

mars-avril-mai 2023

Formation Chretienne  

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