P. François Lestang

Professeur d'exégèse et d'hébreu biblique à l'UCLy, ccn

Rencontre avec le Judaïsme

Joie, bénédiction et bonheur : célébrer le mariage juif

Dans la tradition d’Israël, on rapporte que « tout homme qui n’a pas d’épouse vit sans joie, sans bénédiction, sans bonheur. Sans joie, car il est écrit : tu seras dans la joie avec ta maisonnée (Dt 14,26) ; sans bénédiction, car il est écrit : pour que la bénédiction repose sur ta maison (Ez 44,30) ; sans bonheur, car il est écrit : il n’est pas bon pour l’homme d’être seul. (Gn 2,18) » 1. Se marier, c’est aussi pouvoir accomplir le premier des préceptes adressés à l’humanité : Soyez féconds et prolifiques (Gn 1,28).

Comment célèbre-t-on aujourd’hui un mariage juif ? Trois éléments sont indispensables 2  : un engagement d’exclusivité (l’anneau), un engagement matériel pour la vie commune (le contrat), un engagement d’union conjugale (habiter ensemble). Ces trois étapes sont aujourd’hui rassemblées en une seule célébration. A l’époque biblique, le don de l’anneau, appelé « sanctification » ou « fiançailles », pouvait être séparé de la cohabitation par plusieurs mois, jusqu’à la célébration de l’union des mariés. Dès ce don de l’anneau, la femme était légalement mariée. Aujourd’hui il n’y a plus que quelques minutes entre la phase de « fiançailles » et celle du « mariage ». Pour rappeler ces deux étapes, comme dans toute célébration festive, on a deux coupes de vin, l’une pour l’exclusivité du mariage, l’autre pour sa bénédiction et ses multiples fruits.

Vers la consécration

Au matin du mariage, comme dans les jours qui ont précédé, les futurs époux sont séparés, et chacun reçoit ses ami(e)s, qui les habillent, les servent comme un roi ou une reine. Dans certaines communautés, ils jeûnent jusqu’au moment du mariage, dans le sens d’une repentance comparable à celle du jour des Expiations.

Le rabbin, accompagné de deux témoins qui ne sont pas de proches parents des futurs mariés, fait signer au seul fiancé et aux témoins le contrat de mariage, en présence de la famille proche.

Ils se rendent alors vers le lieu du mariage, le dais nuptial. Ce toit en tissu, soutenu par quatre colonnes, richement décoré, est ouvert des quatre côtés, en signe de désir que le futur foyer soit ouvert à tous ceux qui viendront le visiter, ainsi qu’aux promesses du ciel. Le dais n’est pas nécessairement dans la synagogue, mais peut se trouver dans une maison privée ou dans un jardin.

La fiancée s’approche alors, entourée de ses deux parents. Dans certaines communautés, le fiancé est allé auparavant mettre le voile sur la tête de sa promise, ce qui évoque à la fois le voile de Rebecca à l’approche d’Isaac (Gn 24,65) mais aussi la tromperie subie par Jacob, qui pensait épouser Rachel et se retrouva marié à sa sœur Léa (Gn 29,23)…

Parfois, sur le chemin vers le dais, la fiancée fait trois (ou sept) fois un cercle autour du fiancé, en signe de perfection d’un chemin spirituel d’union.

Vient le moment de la consécration ; après deux bénédictions, l’une sur la coupe de vin et l’autre sur le don de l’éthique conjugale, le fiancé passe un anneau à l’index fiancé avec sa fiancée. Ces bénédictions sont emplies d’une joie quasiment messianique, et l’on boit la deuxième coupe de vin ; le voile de la mariée est cette fois définitivement levé. Cependant la joie est tempérée par un geste symbolique, où le marié brise sous son pied droit un verre, en souvenir du Temple de Jérusalem qui a été détruit  ; même au sommet de la joie et de l’union, il faut se souvenir de l’ensemble du peuple et de ses détresses. Certains assistants contredisent ce geste de destruction par un souhait de bonheur  : mazal tov ! droit de sa fiancée, en lui déclarant : « Tu m’es à présent sanctifiée par cet anneau, selon la loi de Moïse et d’Israël ». Les époux boivent alors la première coupe de vin, mais la fiancée garde encore son voile baissé.

Le contrat d’assistance

Le rabbin lit alors le contrat de mariage ; ce document, souvent richement illustré, expose les devoirs de l’époux vis-à-vis de son épouse, surtout d’ordre financier. Il commence ainsi : « Sois ma femme conformément à la loi de Moïse et d’Israël et moi, avec l’aide des Cieux, je travaillerai pour toi, je t’honorerai, te nourrirai, t’entretiendrai, t’alimenterai et te vêtirai… » Ce contrat de mariage, dont le but selon les sages d’Israël est de rendre la répudiation plus coûteuse, donc moins fréquente, est remis à l’épouse ; elle le gardera précieusement au sein du foyer. Si l’on pense à l’alliance entre Dieu et son peuple, la lecture du contrat peut faire penser à la proclamation de la Loi au Sinaï, fêtée à la Pentecôte, tandis que l’anneau précieux donné à la fiancée pourrait évoquer Pâque et la sortie d’Egypte ; reste à vivre l’union, ce qui se célèbre lors de la fête des Tentes, où Dieu réside avec son peuple.

Ils ne seront plus qu’une seule chair

Après avoir lu le contrat de mariage, on remplit une deuxième coupe de vin, et on prononce sept bénédictions, de plus en plus longues, qui remercient Dieu pour ses nombreux bienfaits : il a créé le fruit de la vigne, il a tout créé pour sa gloire, il a façonné l’humanité, il l’a faite à son image en vue de l’éternité, il bénit la femme stérile par le don d’enfants, il réjouit ceux qui s’aiment, fiancée et fiancé, et il réjouit le C’est alors que, dans la tradition d’Europe centrale, les deux époux se retirent dans une pièce spéciale ; s’ils ont jeûné, ils rompent leur jeûne ensemble, et surtout ils échangent paroles et gestes d’intimité. En effet, même au cœur d’une assemblée joyeuse et nombreuse, il importe que le couple sache se retrouver, l’un en vis-à-vis de l’autre. La mariée peut alors bénir son époux, en disant « Puisses-tu mériter longue vie, et d’être uni à moi dans l’amour à jamais ; et que je mérite d’habiter avec toi pour toujours ».

Après ce temps d’intimité, ils rejoignent leurs invités et font la fête, avec bons mets, chants et danses, et tous accueillent ce mariage comme joie, bénédiction et bonheur.  

[1] Talmud de Babylone, Yebamoth 62b
[2] Cf. Talmud de Babylone, Kiddushin 2a

Cet article fait partie du numéro 60 de la revue FOI

La joie de l’amour

mars-avril-mai 2019

Formation Chretienne   Oecuménisme  

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