1 mars 2021

Interview : Dominique Rouyer

La diversité des sonorités

FOI : Comment en êtes-vous arrivée à vivre cette expérience de synodalité, cette rencontre entre différentes sensibilités d’Eglise ?

De formation, je suis philosophe. J’ai été journaliste pendant une bonne partie de ma vie professionnelle. A la fin de celle-ci, j’ai suivi des études de théologie à l’ICP. La Bible me passionnait et j’ai fait un Master en études bibliques. J’ai aussi beaucoup réfléchi à ce que peut être l’Eglise. D’origine, je ne suis pas d’une famille chrétienne. J’ai découvert la foi chrétienne à l’âge de 18 ans. C’était en 1968 et j’ai longtemps pensé ma foi comme quelque chose qui me conduisait à agir. C’est beaucoup plus tard que j’ai découvert la dimension spirituelle de ma foi. Il fallait tenir les deux bouts, entre engagement et spiritualité. Je suis arrivée au CCFD au moment où l’instance nationale recherchait une personne pour aider à avancer sur la question du rôle et de la place du CCFD dans l’Eglise. Ils m’ont choisie pour ma formation.

La dynamique de « Promesse d’Eglise » commençait alors à se mettre en place. J’ai été très vite impliquée dans le projet de PE, comme une sorte de « pont » entre ces deux réalités. Mon travail au sein du CCFD m’a aussi ouverte à l’importance de la diversité. Au départ, on rassemblait une trentaine de mouvements d’Eglise. Petit à petit, sont entrées des personnes bénévoles, à titre individuel (15 000 bénévoles en France), qui viennent d’horizons différents, pas forcément de mouvements, ni d’horizon chrétien. C’est souvent l’engagement pour la solidarité internationale qui mobilise ces personnes et on se retrouve ainsi en présence de différentes spiritualités, religions, ou sans religion. De plus, on travaille avec des organisations qui se trouvent dans différents pays du monde qui représentent différentes spiritualités. En travaillant sur les objectifs du CCFD pour les prochaines années, nous nous sommes posé cette question: « Comment cette diversité de sensibilités spirituelles inspire-t-elle la solidarité internationale ? Et comment nos actions de solidarité inspirent-elles nos différentes spiritualités présentes au CCFD ? ».

FOI : Comment définiriez-vous la synodalité ?

En partant du grec, la synodalité signifie « arriver à faire marcher ensemble ». Pour moi, la foi chrétienne, c’est marcher sur le chemin du Christ et permettre à tous ceux qui le souhaitent de pouvoir marcher sur ce chemin. Et construire ensemble l’humanité que Dieu attend, que Dieu espère. C’est se donner les moyens, et donner les moyens à chacun de trouver sa place et d’être entendu. Il ne s’agit pas pour moi de faire de l’Eglise une démocratie. C’est complètement autre chose. Chacun a une mission de baptisé. Et, que l’on soit baptisé ou pas, Dieu appelle tous les êtres humains. Et donc, rassembler tout le monde dans cette marche ensemble.

FOI : Votre plus grand désir pour l’Eglise de demain ?

Qu’elle soit plus synodale, sûrement. Je crois que, si ce n’est pas ça, ce sera rien du tout. Sinon, l’Eglise va se racornir, se rétrécir. Ouvrir grandes les portes et les fenêtres, et penser à tous ceux qui cherchent leur place dans l’Eglise et ne la trouvent pas. Si on ne fait pas ça, on ne remplit pas notre mission et on perd notre temps.

FOI : Cela veut dire beaucoup d’énergie à donner.

Oui, mais tous ensemble ! Lors de nos rencontres, je suis frappée par la diversité des sonorités. Je ne vous cache pas que je n’avais jamais rencontré jusqu’à présent des gens du Chemin Neuf, ni de l’Emmanuel. Au début, je me disais : « On est vraiment sur des planètes différentes ! ». Et on arrive à se parler. La première fois qu’on a confié un temps spirituel à Etienne et Blandine, je me suis dit : « Oulala, je ne sais même pas si je vais m’y retrouver ! ». Mais, si, on s’est retrouvé ! Et, à chaque fois, on s’y retrouve vraiment très bien.

FOI : A votre avis, qu’est-ce qui fait que vous vous y retrouvez ?

Le fait qu’on a passé beaucoup de temps à se parler, à se côtoyer, à travailler à nos objectifs communs. On n’a pas encore éclairci toutes nos différences. Mais, on a compris une chose, c’est que le fait de marcher ensemble, ça allait nous transformer tous. Je vois qu’il y a deux ans, on était sur des positions beaucoup plus tranchées. Mais, on se rend compte que marcher ensemble, cela fait bouger nos propres positions, notre propre façon de réagir et aussi notre foi. Parce qu’on accueille quelque chose de l’autre pour moi et on accueille aussi l’Esprit de Dieu. Oui, c’est beaucoup d’énergie à donner, mais c’est aussi beaucoup de joie !

Cet article fait partie du numéro 68 de la revue FOI

Quelle Eglise pour demain?

mars-avril-mai 2021

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