Sr. Eliane Bossoh

ccn, Ivoirienne, en miss ion en Martinique

1 septembre 2021

Semaine communautaire "Afrique"

La fraternité nous a précédés

La décision d’une Semaine Afrique a été pour moi comme une annonce que j’ai attendue dans la prière. Je savais que ce qui a motivé cette rencontre était le constat que peu de couples africains s’engagent à vie dans la Communauté ou sont présents en Fraternité de vie.

Il y a bien longtemps, un frère africain affirmait que, vue notre réalité, notamment celle de la famille, il était impossible pour des couples de faire ce pas ; je me suis demandé si le Seigneur pouvait leur adresser cet appel à Le suivre et à Le servir dans la Communauté du Chemin Neuf sans pour autant qu’ils soient concernés par l’engagement à vie et la fraternité de vie. Cela est demeuré une question pour moi. C’est donc avec une grande « curiosité » que je me suis rendue à cette rencontre ; toute la semaine, je suis demeurée curieuse de savoir ce qui se passerait, comment le Seigneur nous conduirait et à quoi on aboutirait…

La Communauté vient d’ailleurs et tous, quel que soit le lieu d’où nous venons, nous avons à l’accueillir.

La semaine qui a précédé la rencontre à Tibériade, c’est la figure d’Abraham qui a attiré mon attention. J’ai vécu comme un cheminement les textes de la liturgie. J’ai gardé en mon coeur une parole de François, notre berger, qui disait que la Communauté vient d’ailleurs et que tous, quel que soit le lieu d’où nous venons, nous avons à l’accueillir. Cette parole a eu un écho particulier en moi, d’autant plus qu’après les engagements à vie qui ont eu lieu en Côte d’Ivoire en 2016, il nous avait dit que la Communauté étant née en France, elle a pris et reçu quelques accents de ce lieu, qu’on n’y pouvait rien et qu’il fallait y consentir. Cela m’avait fait du bien de l’entendre. Ce que j’entendais aujourd’hui et qui a été important pour moi, c’est que même si la Communauté est née en France dans un lieu précis, elle n’est pas pour autant française parce qu’elle a été suscitée par le Saint Esprit et de ce fait, nous avons tous à l’accueillir. Cette parole a été pour moi libératrice et je me suis sentie « autorisée » à vivre cette écoute de l’Esprit Saint pour ce qui concerne la Communauté. Parole libératrice d’abord parce que j’ai pris conscience que dans le regard que je portais sur la Communauté, il y avait quelque chose qui l’enfermait sur la France. Libératrice ensuite parce qu’à cause de ce regard enfermant, les tensions entre la Côte d’Ivoire et la France au niveau politique ont impacté et rendu difficile mon cheminement dans la Communauté sans que je ne m’en rende toujours compte….

C’est dans cette disposition intérieure que je suis arrivée à Tibériade Dès le début de la semaine, j’ai été habitée par trois paroles que j’ai reçues en diverses circonstances et j’ai attendu de voir comment elles prendraient sens ou pas dans tout ce que nous aurions à vivre. La première, que j’ai reçue en mon coeur me semble liée à la situation politique : « Il y a la relation entre les personnes, il y a la relation entre les Etats et il y a l’appel de Dieu » (sous- entendu, ce qui devrait guider les relations entre nous, c’est cet appel que nous avons reçu du Seigneur et non ce qui a pu se passer entre nous ou entre nos pays…). La deuxième parole que j’ai entendue en moi à Kinshasa lors d’un week-end communautaire est la suivante : « Il ne s’agit pas d’être un Congolais, un Ivoirien, un Français, un Polonais… dans la Communauté, mais un communautaire congolais, ivoirien, français, polonais… » Tout dépend de ce que je mets en avant. Si c’est mon « ivoirité » (excusez-moi d’utiliser ce terme, il n’a aucune connotation politique) qui me détermine dans la Communauté, je risque de l’opposer aux frères et d’être dans une certaine revendication. Si, par contre c’est mon appartenance au Christ qui me définit et me détermine, alors, sans cesser d’être ce que je suis, j’autoriserai l’Evangile à rejoindre ce que je suis, à le traverser et même à transformer ce qui a besoin de l’être…

La troisième est une parole que nous avons reçue lors du chapitre de la Communauté en 2002. Elle dit ceci : « Est-ce que vous croyez que vous pourrez bâtir ou consolider une route sans laisser dans mes mains et mon côté toutes les blessures et combats du passé ! ».

Que dire de la semaine elle-même et de ce qui a été vécu ? Deux choses. Sur la forme : en 2003, lors du week-end des engagés, nous avions pris le temps de visionner des documentaires montrant l’implication de certains pays d’Europe dans des crises qui ont lieu en dehors du continent. Pendant le temps communautaire qui a suivi, un frère prenant la parole avait dit ceci : « Heureusement que, dans la Communauté, la fraternité nous a précédés ». La joie des retrouvailles, le respect et la délicatesse avec lesquels nous avons vécu les échanges, le fait de rire de certaines situations évoquées qui auraient pu (par le passé) nous « contrarier » était pour moi la confirmation qu’effectivement, la fraternité nous avait précédés.

La joie des retrouvailles, le respect et la délicatesse avec lesquels nous avons vécu les échanges (…)

Sur le fond, j’avais le sentiment que les questions que nous avions exprimées au début et qui semblaient humainement être des raisons de penser ou de dire que l’engament à vie et la fraternité de vie sont difficiles voire impossibles pour des couples africains, avec ces questions je nous voyais dans la même situation que Marie à l’Annonciation. C’était comme si ensemble nous demandions maintenant au Seigneur, « comment est-ce possible, comment cela va-t-il se faire vu ce que nous avons évoqué ? »

La réponse, je ne la connais pas, mais j’avais le sentiment que non seulement nous pouvions regarder Abraham et apprendre de lui comment marcher avec Dieu (lui qui au moment de son appel s’est mis en route sans savoir où il allait et qui est parti avec tout ce qu’il a et tout ce qu’il est, lui qui devra plus tard préférer Dieu à tout, et même au fils de la promesse…). Il me semblait aussi (en relisant ce à quoi nous revenions constamment et qui résonnait pour moi comme un « leit-motiv ») que, pour faire ce chemin, il nous faudra devenir davantage ce que nous sommes et que nous avons choisi d’être en répondant à l’appel à suivre le Seigneur et à Le servir au sein de la Communauté du Chemin Neuf. Devenir davantage Chemin Neuf, c’est-à-dire laisser l’Esprit Saint éclairer et conduire les choses, discerner chacune des situations qui se présenteront pour y découvrir ce que le Seigneur veut et lui demander la force d’y avancer… Que le Seigneur, dans Sa BONTE et Sa MISERICORDE, nous accorde la grâce de ne pas avoir peur de nous laisser déconcerter par le Saint Esprit, afin que ce « Chemin Neuf » que Lui-même désire et veut construire puisse advenir et que nous n’y fassions pas obstacle.

Cet article fait partie du numéro 70 de la revue FOI

Mémoire et identité

septembre-octobre-novembre 2021

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