Marie-Noëlle et Yves Gélébart

ccn, Français, en mission en Espagne, Saragosse

1 septembre 2021

Semaine communautaire "Afrique"

La pierre angulaire, le Christ Jésus

« Vous n'êtes plus des étrangers ni des gens de passage, vous êtes concitoyens des saints, vous êtes membres de la famille de Dieu, car vous avez été intégrés dans la construction qui a pour fondations les Apôtres et les prophètes ; et la pierre angulaire, c'est le Christ Jésus lui-même…»

Cette lecture d’Ephésiens 2, 19-22 à l’Eucharistie finale de notre « semaine Afrique » m’a paru tellement adaptée que moi, Marie-Noëlle, j’ai cru qu’elle avait été choisie exprès ! Tout au long de ces journées à Tibériade, j’ai, en effet, eu l’impression que nous construisions ensemble la Communauté. Non par la transmission de telle façon de faire, mais en nous écoutant mutuellement. Chaque jour, nous avons eu de longs temps de paroles, où chacun pouvait partager ce qu’il portait, ses questions, son expérience, ses joies ou ses blessures. J’ai été frappée par la très grande vérité entre nous, qui n’était possible qu’en nous sachant de la même famille ! Pour moi, ces partages vrais ont été l’occasion de découvrir certains frères peu connus et de m’émerveiller de la richesse de ce qu’ils sont, de leur chemin et de ce qu’ils apportaient par leur réflexion !

L’Esprit Saint nous a conduits tout particulièrement. Une image reçue nous a accompagnés au long de nos échanges : c’était celle d’une mère allaitant deux enfants jumeaux, qui étaient l’un blanc et l’autre noir ! En Afrique, quand on est frères et soeurs de sang, on dit qu’on est de « même père, même mère ». En tant que chrétiens, je nous savais déjà enfants du même Père du Ciel. Pendant ces quelques jours, j’ai découvert que nous étions aussi comme de la même mère, issus d’un héritage commun, de la même famille proche : plus des étrangers, ni des gens de passage. J’ai expérimenté cette proximité. Pour moi, Yves, cette proximité n’est possible et ne devient profonde que si l’on vit ensemble une purification. Ainsi une autre image a été donnée d’« une flaque d’eau sur le chemin dont l’eau est très claire. En passant dedans, les pas troublent l’eau et la rendent moins claire mais en même temps elle lave les chaussures et les pieds pleins de boue. On peut continuer le chemin avec des pieds plus légers et plus propres » Il y a des moments où l’on peut s’embourber dans nos relations, nos différences. Que faire alors ? Eviter la flaque et en faire le tour ? Cela va prendre plus de temps, et nos chaussures resteront toujours sales ! Passer dedans demande une certaine détermination, mais le chemin est plus direct. Ne pas craindre de se mouiller et choisir d’affronter nos limites et nos différences pour plus de communion, nous permet d’aller plus loin ensemble.

Ne pas craindre de se mouiller et choisir d’affronter nos limites et nos différences pour plus de communion, nous permet d’aller plus loin ensemble.

Pour l’un et l’autre, un point fort de cette semaine fut un exercice proposé de se regarder « face à face », en deux lignes : couples / célibataires ou blancs/noirs, etc. Face à mes frères africains, moi, Yves, j’ai été habité par deux sentiments : un premier de crainte en prenant conscience de ce qui pourrait nous séparer encore comme incompréhensions, différences irréductibles, culture, préjugés. Et puis, un deuxième sentiment de joie de voir tout le chemin parcouru depuis le début de la Communauté au Congo Brazzaville, où j’étais présent, de 1984 à 1986, et de voir comment nous pouvions aborder aussi paisiblement ces questions qui pourraient nous séparer.

Marie-Noëlle, 1985


Durant le temps de réconciliation qui a suivi, je suis allé voir mon frère Benoît Lokila. Pendant toute mon enfance, j’ai suivi mes parents en Afrique et aux Antilles. J’ai vécu donc dans un milieu expatrié métropolitain avec ses jugements, son quant-àsoi, parfois un peu ghetto. Et bien que j’aie déjà pu faire le chemin auparavant, il m’a semblé important de demander pardon à nouveau pour cette mentalité réductrice qui peut resurgir en moi à certaines occasions.
Pour conclure, nous pouvons comparer cette semaine à la construction de la première maison communautaire à Kimbaouka en juillet 1985. Pour moi, Marie-Noëlle, avec d’autres jeunes, j’avais participé à ce chantier, à l’époque. Après un mois de chantier intense pas une pierre n’avait été posée, rien de visible n’apparaissait. Nous n’avions fait que creuser les fondations !

Chantier des jeunes en 1985


J’ai l’impression que cette semaine Afrique est à cette image : rien n’a encore changé, … et pourtant tout a changé, comme on dit à la fin d’une session Cana !
Quant à moi, Yves, qui ai passé deux ans là-bas, je me suis occupé des pierres, de la maison, faisant quelques liens avec l’Eglise du Congo. Mais je n’ai pas connu les premières entrées en communauté. D’autres ont continué la fondation. Nous pouvons dire que nous avons creusé plus profond les fondations de la fraternité et de la Communauté sur le continent africain. Nous allons pouvoir continuer à construire ce temple saint, cette demeure de Dieu par l’Esprit Saint.

Première fraternité à Kimbaouka. Yves, en haut à gauche.
Brigitte Faure au centre de soins

Cet article fait partie du numéro 70 de la revue FOI

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septembre-octobre-novembre 2021

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