P. Stephan Lange

Curé de la paroisse Saint André, Reims, ccn

1 mars 2021

Paroisse et communauté

La synodalité, une clé incontournable de fécondité missionnaire pour nos paroisses

Pour une communauté nouvelle, recevoir de l'évêque l'animation d'une ou plusieurs paroisses représente souvent, dans un premier temps, un challenge de communion avec les paroissiens. Comment cet appel à la fraternité peut-il servir le développement de la synodalité et de la collégialité de l'Eglise?

Il est une notion qui me semble primordiale, surtout lorsqu’on est envoyé en mission sur une paroisse, c’est celle de « croissance ». Parce que l’Eglise est un corps, un organisme vivant, il est naturel qu’elle grandisse. Sinon, c’est contre nature. Il en va de même pour une paroisse. Posons-nous cette question : « Nos paroisses sont-elles en croissance ? » Et si elles ne le sont pas, « Quels sont les obstacles à cette croissance et comment y remédier pour qu’elle survienne naturellement ? » Cette question de la croissance est à mes yeux le but de notre action en paroisse. Mais il ne s’agit pas seulement de travailler à leur croissance en taille. L’objectif est bien en priorité la croissance spirituelle des paroissiens : que chacun grandisse en sagesse et devienne disciple missionnaire conscient de sa vocation et mature dans sa relation au Christ.

Un célèbre conférencier anglais, spécialiste du management et de la motivation, Simon Sinek1, explique que chaque action doit être inspirée par trois questions à se poser : « Que faisons-nous (What)? Comment le faisons-nous (How)? Pourquoi le faisons-nous (Why)? ». La question la plus importante est le « Why? », la question du pourquoi ! Je crois en effet que le but de notre apostolat en paroisse est de transformer des vies et de faire croître l’Eglise de demain. La croissance vers une maturité spirituelle des paroissiens aura comme conséquence la croissance en nombre et inversement. Si je garde en tête cet objectif, c’est bien autour de lui que mon action pastorale doit s’organiser.

Ici à Reims, nous avons vécu de belles années de croissance, impulsées par des prêtres charismatiques et l’arrivée de la Communauté du Chemin Neuf. Grâce à la richesse de l’esprit communautaire et à l’enthousiasme de nos paroissiens pour celui-ci, de nombreux serviteurs se sont formés (notamment au travers des parcours Emmaüs) et se sont engagés véritablement comme disciples missionnaires (DM) au sein des Fraternités Paroissiales Missionnaires du Chemin Neuf (FPMCN) par exemple. Mais, peu à peu, nous en sommes arrivés à une « stagnation », une sorte de blocage dans notre croissance. Nous avons fait plusieurs constats : épuisement des mêmes membres investis, communautaires et paroissiens ; difficulté à proposer de nouveaux projets ; arrêt de propositions fécondes et non remplacées par d’autres ; tensions dans les équipes. Bien sûr, notre paroisse vivait toujours de tous les fruits des années précédentes et elle était et reste toujours belle ; mais nous avons dû nous interroger et rechercher les causes de cette stagnation. Nous en avons décelé deux. Le premier est le manque de formation des serviteurs (étape du processus spirituel de croissance). Le second est le manque de délégation des responsabilités (la subsidiarité) et de progression vers une véritable synodalité entre paroissiens et communautaires.

A cela s’est ajoutée une nouvelle réalité diocésaine. Notre nouvel archevêque, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, un an après son arrivée, a redessiné le diocèse en douze espaces. Il nous a confié un quart de la ville de Reims (soit huit clochers pour un total de 56 000 habitants), au travers de l’Espace Missionnaire Reims Est. Pas simple de rassurer les paroissiens des nouvelles paroisses face à l’arrivée de la Communauté du Chemin Neuf.

Porter ensemble la coresponsabilité de notre Espace Missionnaire parce que nous sommes complémentaires.

Session Be The Church, Abbaye Notre-Dame des Dombes

La collégialité, l’une des solutions à nos problèmes…

Face à nos difficultés, nous avons dû mieux organiser les différents services avec des coordinateurs à la tête de pôles de services et établir une base de données. Nous mettons progressivement en place un véritable processus spirituel de croissance pour faire vivre les points vitaux de la vie chrétienne (les 5 essentiels) et encourager la progression spirituelle de chaque paroissien et de chaque serviteur. Dans ce processus, chaque proposition est installée et articulée en cohérence les unes avec les autres. Mais surtout, nous pensons collégialité : nous avons en effet décidé de vivre une alliance entre les paroissiens et les frères de la Communauté afin de porter ensemble la coresponsabilité de notre Espace Missionnaire. Pourquoi ? Mais parce que nous sommes complémentaires. La Communauté essaye de partager sa spiritualité, la vie dans l’Esprit, le discernement, la formation, et son trésor… la vie communautaire ! Les paroissiens apportent leur pragmatisme, la connaissance du terrain, la mémoire de l’histoire de l’Eglise locale, l’évangélisation des périphéries, et des moyens et compétences humaines. Notre désir profond est que la Communauté insuffle l’esprit communautaire dans toute la paroisse et que paroissiens et communautaires puissent être co-acteurs dans les décisions et la réalisation de toute la pastorale ; c’est la coresponsabilité que nous appelons de nos voeux. Les paroissiens ont ce désir de vivre une vraie collégialité avec la Communauté. Si nous acceptons de faire corps avec eux et leurs projets, et de faire en sorte qu’ils puissent s’investir et porter la responsabilité des propositions, y compris celles issues de la Communauté (comme Cana, Cana parents, Nicodème, Emmaüs, des accompagnements), tout en les accompagnant et en les formant, nous aurons gagné beaucoup, incontestablement ! Cela créerait une saine émulation et entraînerait une vraie spirale vertueuse, où chacun se sentirait partie prenante d’un corps en croissance, dans un élan d’enthousiasme et d’engagement pour la mission. Cette coresponsabilité rassurera ceux parmi les paroissiens qui craignent d’être envahis par la Communauté qu’ils ne connaissent pas. Les membres de la Communauté présents sur place ont naturellement le devoir d’être à l’écoute de tous les paroissiens, de connaître ce qu’ils portent, de les appeler en fonction de leurs talents, de les former, les encourager et les accompagner dans une collégialité, sans d’emblée proposer des réponses communautaires.

Naturellement, il ne s’agit pas seulement d’une alliance entre deux réalités (paroissiens et communauté) mais d’une alliance à trois, avec le Seigneur. Dans la Communauté, nous croyons en effet que la collégialité passe par la recherche commune de la volonté du Christ, dans le partage fraternel et la prière, pour recevoir de l’Esprit Saint ce qu’il est bon d’entreprendre. Il s’agit donc de faire corps pour recevoir du Seigneur ce que nous avons à bâtir et mettre en place ensemble.

Mais nous avons vraiment à coeur de parvenir à vivre la synodalité sur notre Espace Missionnaire tout en gardant la collégialité.

« La synodalité est le chemin que Dieu attend de l’Eglise du troisième millénaire. » (Pape François)

Il faut bien distinguer les deux. La collégialité est un principe qui guide un groupe ayant autorité (notre Equipe Pastorale EP, constituée de communautaires et de paroissiens), composé de personnes ayant le même statut (de baptisés), par lequel les décisions sont prises collectivement selon la règle de la majorité.

C’est donc un mode décisionnel ; tandis que la synodalité repose sur le fait de ne pas être seul à mettre en oeuvre des décisions pastorales et de pouvoir les porter et les travailler ensemble : c’est une manière de construire l’Eglise comme communion de tous ses membres, clercs et laïcs. Une Eglise portée par tous où, comme dans une pyramide inversée, chaque voix a autant d’importance qu’une autre. Ce n’est pas seulement la tête qui décide, mais chaque membre du corps.

La synodalité est une manière de construire l’Eglise comme communion de tous ses membres, clercs et laïcs.

Conclusion : Eglise forte ou faible, posonsnous cette question de la croissance ? J’ai cette intime conviction que, si nous voulons que nos paroisses soient fécondes et croissent, nous devons nécessairement aller vers cette synodalité communauté-paroisse. C’est impératif ! Cette dernière est essentielle, non seulement pour faire croitre le corps de l’Eglise, mais aussi pour lever des disciples missionnaires formés pour l’évangélisation.

Les paroles du pape François résonnent en moi, lui qui s’engage résolument pour une Eglise plus synodale parce que « la synodalité est le chemin que Dieu attend de l’Eglise du troisième millénaire2 ». Alors soyons audacieux dans le partage des responsabilités : non seulement dans l’installation d’équipes décisionnelles pour les missions à la fois communautaires et paroissiales, mais aussi dans la mise en oeuvre de ces missions. Partage auquel appelait déjà le pape Benoit XVI en 2009 en exhortant les clercs3 à reconnaitre les laïcs coresponsables de l’être et de l’agir de l’Eglise. Et, surtout, ne perdons pas de vue notre souci d’insuffler ce pour quoi nos paroissiens nous sont reconnaissants, notre esprit communautaire.

[1] https://www.ted.com/talks/simon_sinek_how_great_leaders_inspire_action/transcript?language=fr
[2] François, Discours lors de la Commémoration du 50e anniversaire de l’institution du Synode des évêques, 17 octobre 2015.
[3] Benoit XVI, Discours d'ouverture du congrès ecclésial du diocèse de Rome, 26 mai 2009 : « Comme j'ai déjà eu l'occasion de le rappeler, cela exige un changement de mentalité, en particulier à l'égard des laïcs, en ne les considérant plus seulement comme des "collaborateurs" du clergé, mais en les reconnaissant réellement comme "coresponsables" de l'être et de l'agir de l'Eglise, en favorisant la consolidation d'un laïcat mûr et engagé. »

Cet article fait partie du numéro 68 de la revue FOI

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