6 juin 2024

Etats d'âme

« Et pour toi, c’est quoi la vie intérieure? »

« Et pour toi, c’est quoi la vie intérieure? » C'est la question que nous avons posé à quelques chrétiens d'hier et d'aujourd'hui

Gabrielle, étudiante, Nantes :

Pour ma vie intérieure, j’écris beaucoup dans un journal intime et ça me permet de calmer ma peur de tout oublier. Et j’aime bien relire ce que j’ai écrit il y a juste un an : où est-ce que j’en étais, qu’est-ce que je pensais ? Et je vois à quel point j’ai évolué et, pour le futur, à quel point je peux encore évoluer. Je peux me dire : « Regarde à quel point tu étais différente il y a un an, donc à quel point tout peut changer ».

Anne Le Maître

« C’est le temps du ressaisissement, du rendez-vous pris avec soi-même. C’est le temps de la réflexion ou celui du repos. C’est le temps de l’accueil et de la gratuité. C’est le lac au creux de la montagne. C’est la clairière dans la forêt qui semble concentrer toute la lumière et dans celle-ci sont les papillons et poussent les fougères. C’est la vie qui se réinvente. »

Un si grand désir de silence, Le Cerf, 2022.

Bernard de Clairvaux

« Aussi bien, par ces temps corrompus que nous vivons, me bornerai-je à te recommander, pour commencer, de ne te consacrer à l’action ni tout entier, ni toujours, mais de réserver à la considération une partie au moins de toi-même, de ton cœur et de ton temps. » De la Considération.

Eugène Guillevic

« Je fore Je creuse.

Je fore Dans le silence.

Ou plutôt Dans du silence,

Celui qu’en moi Je fais

Et je fore, je creuse Le total silence en ma vie

Où le monde, je l’espère
Me révèlera quelque chose de lui. »

« Du silence », dans Possibles futurs, Gallimard, 2017.

Guillaume, étudiant, Nantes :

Comment je vis ma vie intérieure ? C’est beaucoup dans le questionnement, la remise en question de moi-même, de ce que je fais, de ce que je vis ou de comment je le vis.

A travers ça, je cherche à m’améliorer, à être au plus proche de ce que je souhaite refléter aux autres et ce que je souhaite être moi-même.

Etty Hillesum, femme de lettres :

« Mon paysage intérieur se compose de plaines grandes et vastes, infiniment vastes, c’est à peine s’il y a un horizon, une plaine succède à l’autre sans césure. Et lorsque je suis assise sur cette chaise, repliée en moi-même, la tête profondément inclinée, j’erre parmi ces étendues vierges, et lorsque je reste ainsi un moment, un sentiment bienfaisant d’immensité et de paix m’envahit. Le monde intérieur est aussi réel que le monde extérieur. On doit en être conscient. Il a aussi ses paysages, ses contours, ses possibilités, ses territoires sans frontière. Et soi-même on est le petit centre où mondes intérieur et extérieur se rencontrent. » Journaux et lettres, 1941- 1943, Le Seuil, 2008.

Jacques Lusseyran, auteur :

« Alimenter le désir de vivre, le faire flamber, cela seul comptait. Car c’était lui que la déportation menaçait de mort. Il fallait se rappeler sans cesse que c’est toujours l’âme qui meurt la première_ même si son départ ne s’aperçoit pas_ et qu’elle entraîne toujours le corps dans sa chute. C’était l’âme qu’il fallait nourrir en priorité. » Le monde commence aujourd’hui, La Table ronde, 1959.

Edouard, étudiant, Nantes :

La vie intérieure, c’est de pouvoir prendre du temps pour moi, pour les autres et pour Dieu. C’est-à-dire, par exemple, prendre le temps le matin de prier pour avoir ce temps pour Dieu. Ensuite, être avec les autres m’apporte aussi beaucoup.

Ce que m’apporte la vie intérieure au quo- tidien ? Elle me permet d’être libre, d’être moi-même et d’être toujours dans la joie. Elle me permet aussi de ne pas m’attacher aux petites choses du quotidien qui pour- raient gâcher cette joie.

Thomas, étudiant, Nantes :

Ma vie intérieure, je la vis quotidienne- ment en mettant Jésus au centre de ma vie, que ce soit dans les moments les plus petits, les moins importants, ou dans les grands moments. Ça peut être en allant me confesser, en partageant la fraternité avec des proches… Et ça m’apporte beau- coup de joie, ça m’évite de me centrer sur moi-même.

Anne Soupa, théologienne :

« Une vie de foi a toujours deux fers au feu, comme si deux mains travaillaient de concert. L’une remplit, enrichit, sécu- rise, œuvre au surcroît, à l’abondance. Mais elle ne peut travailler que si l’autre main, un temps plus tôt, a désencombré, vidé, épuré, ménagé cette place libre qui permet d’avancer. La place de l’inouï, de l’inconnu, c’est le désir qui la creuse, en- core et toujours. Sans absence, c’est-à-dire sans silence, sans vide, pas de désir, pas de quête d’un au-delà, pas de passage, pas de rencontre. Comme dans le jeu de taquin où l’on déplace les pions pour composer un mot à force de bouger la case vide, une vie en mouvement est celle où il y a du manque, de la « place libre ». Sinon, rien ne se passe et rien ne passe. » Pâques, Art du passage, Le Cerf, 2009.

Cet article fait partie du numéro 81 de la revue FOI

Vie intérieure

juin-juillet-août 2024

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