Haim Bendao

marié, sept enfants, Rabbin des quartiers nord de Marseille depuis 1997

27 mars 2024

Rabbin à Marseille

L’autre אחר

Né d’un père égyptien et d’une mère tunisienne, Haïm Bendao a eu un parcours aux rencontres multiples, le formant à la rencontre de l’autre. Aujourd’hui, Rabbin dans le 14ème arrondissement de Marseille, Haïm Bendao participe, avec toute une série d’actions sociales, mais aussi interreligieuses, à un vivre ensemble propre à la cité phocéenne

Les media décrivent souvent les quartiers nord de Marseille comme des lieux de violence, où règne le trafic des stupéfiants. Je dirais qu’il faut d’abord et en toute simplicité avoir la volonté de connaître son voisin à travers un dialogue, et non pas en rester à un profil prédéterminé par la télé ou les réseaux sociaux.

Comment créer le dialogue au sein d’un quartier avec des populations différentes, des coutumes différentes, des appréhensions, de la vie différente, ainsi qu’un développement spirituel parfois opposé ?
Par exemple, au sein de la formation et de l’éducation juives, l’étude des textes nous invite à ne pas subir les évènements ; nous les interprétons ou les refusons, ou les négocions. N’est-ce pas l’exemple de Moïse, dans l’Exode, qui négocie avec Dieu et qui se plaint à Dieu ? Alors que, dans l’Islam, tout est pour le bien, aucune remise en cause n’est faite ; peu importe la gravité de l’événement (maktoub) qui pourrait nous tomber dessus, c’est la soumission est totale.

Dans la relation interreligieuse, il faut savoir affaiblir ses convictions, ses croyances, ses vérités (et la modestie de nos maîtres יודע לא אני : je ne sais pas) et certains textes sont à relire, à actualiser.
Ensuite, je dirais qu’il existe de bonnes et de mauvaises personnes et il faut réussir à travailler avec tout le monde. La personne idéale n’existe pas. Le message au début de la Genèse est clair : vous êtes dans un lieu paradisiaque ; il y a un arbre, celui du bien et du mal. « Ne le touchez pas ! ». Et pourtant il faudra le toucher, il faut avoir un contact avec le monde réel, et non avec un idéal imaginaire. La relation idéale n’existe pas. L’être humain, de nature, passe sa vie à vaciller entre le bien et le mal, il est rempli de contradictions. De ce fait, la paix n’est jamais quelque chose d’acquis. Cela demande beaucoup d’efforts. Ce n’est pas un chemin tracé ni définitif.
Le 7 octobre, il y a eu un évènement qui a réveillé chez le peuple juif, à travers le monde et, bien sûr, à Marseille, certains traumatismes. Les jours qui ont suivi, quoi faire ? Se fermer, importer la haine ou continuer à dialoguer ?

En fait, rien n’a changé dans nos relations, parce que les bases étaient solides, fondées sur des relations sincères, pas seulement de la bonne entente cordiale.
Une relation comme des frères, descendants d’une même origine. Une relation honnête, avec la volonté de s’approcher de l’autre. Dans les quartiers, il y a des personnes centrées sur leur liberté individuelle et il y a celles qui sont persuadées de détenir la vérité. Mais, il y a aussi celles qui n’attendent qu’une chose : qu’on s’ouvre à elles, qu’on leur laisse la chance de s’exprimer et de nous connaître. Il faut baisser notre garde, relire les textes ensemble et dire que certains textes ne sont pas compris, dire que Dieu n’est que miséricorde.
Et qu’on ait l’honnêteté, à un moment, de dire qu’il est impossible de régler la violence par la violence.

H. B.

Cet article fait partie du numéro 80 de la revue FOI

Dialoguer pour se comprendre

mars-avril-mai 2024

Formation Chretienne   Oecuménisme   Regard sur le monde  

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