Bruno Cadoré

religieux dominicain français, maître de l’ordre des Prêcheurs du 5 septembre 2010 au 13 juillet 2019, après avoir été prieur provincial de la Province dominicaine de France

Interview

Le temps de la gratitude

Invité au Chapitre général vécu par la Communauté du Chemin Neuf du 7 au 20 août, à l'Abbaye d'Hautecombe, le Frère B. Cadoré, op, est intervenu à plusieurs reprises. L'équipe FOI lui a demandé ce que représentait une année jubilaire pour un frère Dominicain.

Ce qu’on dit pour tout jubilé, c’est qu’il faut remettre les dettes. C’est tout ce qu’on a à faire. Il faut remettre les dettes. Ça peut paraître une réponse dilatoire, mais ça dit beaucoup. Si c’est le temps favorable de la grâce, c’est le temps favorable du pardon, de la réparation, de la confiance redonnée, de l’estime à nouveau acquise. C’est le temps de la gratuité, c’est le temps de la gratitude.

Le Jubilé, dans la tradition biblique, c’est l’équivalent du shabbat. C’est le moment où nous remettons toutes choses à leur Créateur. C’est un moment de grâce et de joie. C’est important parce que nos institutions, la vôtre, la mienne, ancienne ou pas ancienne, sont depuis longtemps ou depuis peu menacées par une fausse surestime de soi. On est toujours encombré de soi. Le jubilé, c’est justement le moment où l’on dit que c’est très beau et on remercie : « C’est à Toi quand même, c’est à Toi ! ». Cela remet à sa juste place l’estime de nous-mêmes. Nous avons le droit de nous estimer nous-mêmes, bien sûr. Mais, le jubilé c’est le moment où on peut le faire vraiment en vérité parce que nous le faisons de la part de Dieu. Et tout d’un coup c’est très libérant. Nous ne sommes pas fiers de nous-mêmes pour ce que nous avons réalisé. Ça fait huit siècles que l’Ordre existe : il a fait beaucoup de bêtises et il a fait beaucoup de belles choses. Pas l’Ordre en tant que tel, mais dans l’Ordre il y a eu beaucoup de bêtises.

Parce qu’en huit siècles, on a le temps d’être humain. Et, si on a le temps d’être humain, c’est ce qui se passe. Mais on a aussi beaucoup de raisons d’être fier de cet Ordre. Mais la première raison, c’est que le bon Dieu a bien voulu qu’il existe. C’est la première raison. C’est ce qui fait que ça vaut la peine.

Il y a quelques années, on a célébré les 800 ans de l’Ordre. C’était magnifique ! Ce que j’ai préféré de cette célébration, c’est d’avoir organisé juste avant le Chapitre Général, un périple avec 100 jeunes frères étudiants du monde entier pendant 15 jours, de Caleruega, qui est le lieu de naissance de Dominique, à Bologne et qui est le lieu où il est mort. Pendant ces 15 jours, on a marché, navigué, pris le bus, tout cela avec ces jeunes. C’étaient des tout- commençants qui entraient dans l’Ordre, qui recevaient l’Ordre, à qui il s’agissait de le transmettre.

Il n’y a que Dieu pour faire ça. C’est même Lui qui fait qu’on est quelquefois capables de transmettre la tradition qu’on a reçue. On est bien souvent maladroit. Mais on voyait des jeunes vocations naître, émerger, aimer l’Ordre, le découvrir, l’aimer avant même de l’avoir découvert. Pour certains, malgré les découvertes qu’ils en faisaient. C’était magnifique ! Donc le Jubilé pour moi c’est ça, c’est l’équivalent du Shabbat.

Propos recueillis par C. Nouschi et P. Paté

Cet article fait partie du numéro 78 de la revue FOI

LE CHEMIN NEUF FÊTE SES 50 ANS

septembre-octobre-novembre 2023

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