Noëlle Isaac

sœur consacrée, ccn, Lyon

Vie communautaire et formation

Les premières années aux Pothières

En 1975, la Communauté du Chemin Neuf a deux ans d’existence et compte sept membres. A Lyon, se réunissent chaque semaine plusieurs groupes de prière du Renouveau. Beaucoup y font l’expérience du Baptême dans l’Esprit Saint et découvrent en eux une soif de se former, de mieux connaître les Ecritures, de comprendre comment l’Esprit conduit […]

En 1975, la Communauté du Chemin Neuf a deux ans d’existence et compte sept membres. A Lyon, se réunissent chaque semaine plusieurs groupes de prière du Renouveau. Beaucoup y font l’expérience du Baptême dans l’Esprit Saint et découvrent en eux une soif de se former, de mieux connaître les Ecritures, de comprendre comment l’Esprit conduit chacun, personnellement et en peuple. Le fondateur de la Communauté, le père Laurent Fabre, en tant que Jésuite, est habité par ce souci de la formation. Aussi met-il en œuvre, dès octobre de cette année-là, deux cycles de formation, le « Cycle A », résidentiel, sur trois mois à Valpré, et le « Cycle B » (appelé aujourd’hui « Emmaüs »), sur deux ans le weekend, à l’intention des personnes engagées dans la vie professionnelle, où l’on accueille aussi les enfants, à Neuville. Vie charismatique, vie fraternelle et dimension œcuménique sont au cœur de ces formations.

La maison du 49, Montée du Chemin Neuf ne pouvant plus répondre, seule, à ces nouveaux besoins, Laurent se met en quête d’une bâtisse d’une quarantaine de pièces dans les environs de Lyon. En décembre 1975, la Providence répond à sa prière. Située près de Villefranche sur les premiers côteaux du Beaujolais dominant la plaine de la Saône, la propriété des Pothières est à vendre. Elle comprend une maison de maître entourée d’un parc, au milieu des vignes et inclut un grand cuvage à la façade traditionnelle, plusieurs maisons de vignerons dans une petite cour, des dépendances, une maison de gardien, une orangerie. Comme la Providence ne fait jamais rien à moitié, son acquisition est rendue possible par un don reçu la semaine suivante.

A l’issue du premier Cycle A, sept nouveaux frères, parmi lesquels un seul couple, rejoignent le 49, où l’on doit se serrer. La maison des Pothières est enfin investie au début de l’été 1976. On cherche en toute hâte lits, matelas, tables, chaises pour les chambres de la maison principale, équiper la grande cuisine qui est aussi la salle à manger, les salons. Un TUB Citroën acquis pour quelques francs, sert à transporter divers mobiliers cédés par un hôtel ou des maisons religieuses.

A la rentrée de septembre, sept frères et sœurs restent au 49 tandis que les sept autres emménagent aux Pothières, auxquels vont s’agréger peu à peu sept autres dont moi, Noëlle, la dernière. En effet, après avoir reçu du Seigneur l’appel au célibat, confirmé lors d’une retraite d’élection ignatienne, je reçois l’appel explicite à le vivre dans cette communauté

Je me souviens de cette première année aux Pothières. Les jours de semaine, la cloche appelle à l’office à 7 heures, avant que Philippe ne parte travailler à Villefranche-sur-Saône. Nous nous retrouvons dans le petit oratoire du premiere étage. La liturgie a déjà une tournure proche de celle d’aujourd’hui. Mais la couleur internationale n’est pas encore au rendez-vous. Nos deux liturges puisent dans le répertoire d’André Gouzes, de l’Abbaye de Tamié, comme dans celui des églises de la Réforme et de l’Orthodoxie. Forts de notre expérience ignatienne, nous trouvons dans la prière personnelle et communautaire notre quille.

De janvier à avril 1977, les sept derniers arrivés, dont je fais partie, se voient proposer un rythme qui leur est propre : travaux le matin avec Jacques comme chef de chantier, temps d’enseignement ou de partage l’après-midi avec Laurent et Jacqueline, dans la grande chambre 16 au 1er étage. Chacun de nous étant par ailleurs accompagné spirituellement.

Le jeudi soir, après un repas succinct, nous embarquons dans le TUB pour rejoindre le groupe de prière au « 49 ». Trajet joyeux, chantant, malgré l’inconfort : pas de sièges à l’arrière. L’assemblée est nombreuse, on s’assied sur la moquette après avoir laissé ses chaussures à l’entrée.

Laurent habite aux Pothières et nous sommes en pleins préparatifs du rassemblement « Pentecôte pour l’Unité », à Lyon. Les visiteurs se succèdent : le Cardinal Suenens, l’une des figures du Concile Vatican II, le pasteur évangélique Thomas Roberts, au sourire magnifique et au fort accent gallois qui ne s’oublie pas. Un « amoureux du Saint Esprit » à la joie communicative. Sans oublier les pasteurs de l’Union de prière de Charmes et les bergers des communautés du Renouveau.

Autour de Pâques 1977 – nous sommes 21 – c’est le dernier week- end où le célèbre « salon rouge », donnant sur la terrasse peut encore contenir la communauté tout entière. Certaines sœurs tricotent tandis que nous échangeons sur un sujet devenu récurrent : « Comment être une communauté en vivant en deux lieux – ou plus? ». Il est question justement de se mettre en quête d’un 3ème lieu.

Eté 1977. Le Cycle B, commencé deux ans plus tôt à Neuville, s’achève par une semaine aux Pothières. Le Seigneur adjoint à la Communauté (comme il est dit dans les Actes des Apôtres, 2, 47) les premiers couples, éventualité non envisagée par Laurent au départ. Et voilà même un couple mixte, lui catholique et elle protestante, qui demande à se former avec la Communauté, un fruit de cette Pentecôte.

Une année s’écoule. En septembre 1978, s’invente le troisième cycle de formation, « Cycle C ». Il s’agit de partager la vie communautaire pendant deux ans. Formation le matin et service l’après- midi, dans une dimension œcuménique. Et les 30 jours d’Exercices spirituels au cours de la seconde année. Ils se dérouleront à la Maison Forte de Montagnieu à partir de mai 1980. Avec ce Cycle C, le triptyque de la formation est en place.

Ce sont de nombreux couples, familles et célibataires qui ont pû vivre des expériences fondatrices dans cette maison des Pothières, considérée par certains comme la « maison-mère ». N. I.

Cet article fait partie du numéro 78 de la revue FOI

LE CHEMIN NEUF FÊTE SES 50 ANS

septembre-octobre-novembre 2023

Formation Chretienne   Vie de la Communauté  

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