Agnès Vanhems

31 ans, Journaliste Reporter d'Images, ccn

Témoignage

L’étranger et le pauvre dévoilent l’humanité

Très souvent, face à un problème compliqué et, qui plus est, à la dimension internationale, l'homme singulier se sent diminué, débordé. Pourtant,c'est souvent à l'appel d'une personne singulière que le Seigneur nous demande de répondre et non à la résolution d'un problème insurmontable. Agnès a fait cette expérience et, à la demande de FOI, elle nous raconte sa rencontre particulière à Paris.

Un soir de décembre à Paris, j’ai croisé le chemin de Daniel, un roumain qui allait sans le savoir, m’apprendre à faire confiance. Assise dans le métro, un homme me demande si je parle anglais. Il cherche un bus pour la Roumanie. Il a les yeux brillants de fatigue et ne cesse de répéter « I need to go home ! ». Alors je lui propose de sortir du métro pour regarder sur internet. Il n’a que 100€ en poche et les bus sont à 130€, et dans 2 jours ! Alors là je commence à prier, car je ne vois pas comment l’aider, et il a l’air vraiment épuisé et apeuré.
Il est venu travailler à Paris et désassembler des machines à laver. 3 semaines, 1 carton pour dormir, 1/2 baguette par jour et 100€ de salaire. Il s’est donc enfui de la décharge pour rentrer chez lui, mais s’est perdu dans la ville. Il a marché 72h sans dormir.
Il me dit que Paris est une jungle, que tous les gens sont drogués et qu’il ne peut faire confiance à personne, sauf à moi… Je suis surprise, car de mon côté je ne sais pas comment lui faire confiance. Ma seule solution : m’en remettre à Dieu. Chaque idée, inquiétude, doute, je prie pour être guidée. Je finis par trouver un covoiturage pour la Roumanie ! Miracle ! Mais il part le lendemain à 6h. Mais où va-t-il dormir ? J’appelle des amis, consulte un annuaire d’hébergements etc. J’ai bien pensé à chez moi, mais seule avec lui, je ne suis pas rassurée. Néanmoins, ne trouvant rien, et après avoir réfléchi, je lui propose une chambre dans l’appartement où je vis. A chaque instant je prends le chemin de la prière. Je confie la situation à Jésus, en lui disant : « maintenant aide-moi à aller jusqu’au bout de cette mission. Je suis heureuse d’aider un frère, et même si j’ai peur, je choisis la confiance ! ».

Arrivés à la maison, Daniel me raconte les épreuves de sa vie. Il me dit combien son âme est triste et noire, mais qu’il veut la paix. Alors je prie pour lui, toute la nuit, car je crois que cette paix Dieu peut lui donner. Je n’ai pas dormi de la nuit, mais au réveil il me dit avec un grand sourire « I’ve slept like an angel ! ». Tout au long de cet évènement, j’ai vraiment ressenti la paix et la présence de Dieu avec moi face à l’inconnu. Et c’est seulement grâce à Lui que j’ai été rendue capable de mettre en pratique fraternité et charité ce soir là. Je me suis rappelée cette prière au fond de mon coeur : « j’aimerai un jour pouvoir accueillir le plus pauvre, et avoir la force d’aller jusqu’au bout de ce que certains appellent la charité chrétienne, mais surtout d’être vraiment humaine. » A.V.

Cet article fait partie du numéro 64 de la revue FOI

Sicile, terre d’accueil

n°64 mars-avril-mai 2020

Regard sur le monde  

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