Bibliographie

Lire pour mieux comprendre

Il y a différentes manières d’essayer de comprendre les temps que nous vivons : chercher une information vérifiée et équilibrée, écouter des enseignements ou des témoignages de ceux qui ont l’expérience et la connaissance. Il est aussi un registre puissant qui donne des clés de lecture du monde, l’écriture. Aussi bien celle qui provient des sciences que celle offerte dans la littérature. Bonne lecture !

Jean-Luc Bonniol,
La couleur comme maléfice ; une illustration
créole de la généalogie des blancs et des noirs, Albin Michel, 1992.

Lors de la découverte du Nouveau Monde, juste avant le mouvement de colonisation et la mise en place de la traite négrière, une assemblée de sorciers qui en voulaient particulièrement au genre humain aurait eu l’idée d’un maléfice particulièrement redoutable : faire en sorte que la couleur de la peau, dans les sociétés à venir, soit liée au rang… Du fait de la transmission héréditaire des caractères physiques, c’était condamner l’humanité tout entière à se segmenter interminablement, génération après génération, en fonction d’apparences fatalement inscrites sur le corps.

Professeur d’anthropologie à l’université d’Aix-Marseille-III, Jean-Luc Bonniol propose dans cet ouvrage une réflexion sur la manière dont s’articule un destin biologique – la couleur de la peau – avec la gestion sociale de cette marque, à partir de l’histoire des Antilles de colonisation française du XVIIIe au XXe siècle. Il montre comment ces sociétés, confrontées à une correspondance originelle, au départ fortuite, entre une inégalité sociale et un contraste de couleur, ont géré les traits biologiques et surtout la transmission de ces traits par une « économie » matrimoniale bien surveillée, comment en quelque sorte le biologique a enregistré en lui l’ordre du social et comment par là une idéologie s’est véritablement incarnée.

James Baldwin,
Raoul Peck,
I am not your negro,

Robert Laffond, 2017.

 » Ce que les Blancs doivent faire, c’est essayer de trouver au fond d’eux-mêmes pourquoi, tout d’abord, il leur a été nécessaire d’avoir un « nègre’, parce que je ne suis pas un « nègre’. Je ne suis pas un nègre, je suis un homme. Mais si vous pensez que je suis un nègre, ça veut dire qu’il vous en faut un.  » James Baldwin.

Dans ses dernières années, le grand écrivain américain James Baldwin a commencé la rédaction d’un livre sur l’Amérique à partir des portraits de ses trois amis assassinés, figures de la lutte pour les droits civiques : Medgar Evers, Malcolm X et Martin Luther King Jr. Partant de ce livre inachevé, Raoul Peck a reconstitué la pensée de Baldwin en s’aidant des notes prises par l’écrivain, ses discours et ses lettres. Il en a fait un documentaire – salué dans le monde entier et sélectionné aux Oscars – aujourd’hui devenu un livre, formidable introduction à l’œuvre de James Baldwin. Un voyage kaléidoscopique qui révèle sa vision tragique, profonde et pleine d’humanité de l’histoire des Noirs aux États-Unis et de l’aveuglement de l’Occident.

Jodi Picoult,
Mille petits riens,
Acte Sud, 2018.

Un nourrisson de quelques jours, jusqu’ici en bonne santé apparente, décède brutalement à la maternité de l’hôpital de New York où Ruth est infirmière obstétrique depuis vingt ans. Les parents sont de violents suprémacistes blancs, Ruth a la peau noire. Cela suffit pour que la malheureuse se retrouve aussitôt accusée de meurtre par le couple aveuglé par la douleur et la haine, licenciée avec interdiction d’exercer sa profession, et bientôt au centre d’un procès retentissant, où la défense est assurée par Kennedy, avocate commise d’office, Le thème central du roman est le racisme aux Etats-Unis et l’hypocrisie qui l’entoure : le racisme extrême et sans fard, aisément reconnaissable et condamnable, des suprémacistes blancs et autres mouvances descendant en ligne droite du KKK, mais aussi celui, plus subtil et plus pernicieux, qui se cache au plus profond des perceptions et des préjugés, biaise les comportements parfois les mieux intentionnés, nourrissant un racisme institutionnel qui continue à structurer l’ordre social malgré les lois qui proclament l’égalité.

En alternant les points de vue, quitte à revivre les mêmes scènes sous plusieurs angles, blanc ou noir, Jodi Picoult réussit à faire entrer les lecteurs blancs, le temps du livre, dans la peau d’une femme noire, leur faisant vivre de l’intérieur les grandes injustices, mais aussi les mille détails du quotidien qui, insidieusement, stigmatisent en permanence l’existence des noirs américains.

Harper Lee,
Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur,
Livre de Poche.

Situé dans la ville fictive de Maycomb, Alabama, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur (To kill a mockingbird) est ainsi un portrait de la société raciste et ségrégationniste du sud des Etats-Unis, vue à travers les yeux d’une enfant, la jeune Scout, fille de l’avocat Atticus Finch, un honnête homme de loi qui croit en la justice et en l’égalité des hommes. Fiction humaniste et touchante, le roman a obtenu le prix Pullitzer en 1961.


Kathryn Stockett,
La couleur des sentiments,
Actes Sud, 2011.

Chez les Blancs de Jackson, Mississippi, ce sont les Noires qui font le ménage, la cuisine, et qui s’occupent des enfants. On est en 1962, les lois raciales font autorité. En quarante ans de service, Aibileen a appris à tenir sa langue. L’insolente Minny, sa meilleure amie, vient tout juste de se faire renvoyer. Si les choses s’enveniment, elle devra chercher du travail dans une autre ville. Peut-être même s’exiler dans un autre État.

Tahar Ben Jelloun,
Le racisme expliqué à ma fille,
Edition augmentée et refondue,
Seuil, 2018.

Jelloun doit répondre aux questions d’une enfant qui veut comprendre le sens du mot racisme. T.B. Jelloun a choisi le dialogue pour rendre plus simple la compréhension d’un sujet si difficile pour un public d’adolescents. L’inspiration du livre a été une manifestation contre le projet des lois Pasqua-Debré.La nouvelle édition prend en compte l’évolution, depuis 20 ans, dans nos sociétés de la question du racisme.

 » – Dis, papa, c’est quoi le racisme ? – Le racisme est un comportement assez répandu, commun à toutes les sociétés, devenu, hélas !, banal dans certains pays parce qu’il arrive qu’on ne s’en rende pas compte. Il consiste à se méfier, et même à mépriser, des personnes ayant des caractéristiques physiques et culturelles différentes des nôtres. »

Cet article fait partie du numéro 66 de la revue FOI

Carlo Acutis

septembre-octobre-novembre 2020

Formation Chretienne  

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