David Zebus

marié, père de famille, ccn, Guadeloupe

1 juin 2021

Témoignage

Ma paternité vient de l’amour de Dieu

Héritée d’un passé esclavagiste où l’homme était réduit à une fonction de reproducteur, l’image « d’homme-coq » de l’Antillais fait écho avec l’importance des familles monoparentales dans nos sociétés.

Dans le même temps, la figure paternelle tutélaire demeure très présente. Sur un plan plus personnel, mon père considérait que les tâches ménagères ne constituaient pas un attribut masculin. Cependant, la plupart de mes oncles, qui étaient de la même génération que lui, effectuaient le marché et préparaient souvent le repas familial. On perçoit toute la complexité des problématiques liées à la masculinité et à la paternité qui s’enracinent dans nos histoires familiales, personnelles mais aussi dans notre terreau culturel et social.

Aujourd’hui, à 50 ans, je m’interroge : dans quel modèle de masculinité m’inscris-je ? Quel père suis-je ? En m’arrêtant sur mon histoire familiale, le premier élément constitutif de la paternité qui m’apparait est la transmission de valeurs. C’est ainsi que j’ai reçu de mon père un nom, une histoire qui me préexistaient, des valeurs d’humanisme (respect de l’autre, tolérance, liberté d’esprit…), mais aussi le goût des livres. Il a été et demeure un tuteur qui m’accompagne sur mon parcours. Le fondement et le coeur de cette paternité est l’amour. Un amour qui n’était pas verbalisé mais néanmoins bien réel. J’en ai pris toute la mesure au fil du temps et en particulier à la relecture d’un acte fondateur, à savoir la découverte, à 18 ans, que mon père n’était pas mon géniteur. Il a épousé ma mère sachant qu’elle enfanterait leur premier-né d’un autre. C’est véritablement un don d’amour qui transcende l’hérédité. A certains égards, cela m’évoque Joseph.

Avec cet héritage en filigrane, quel est mon regard sur ma propre paternité ? Mes références se sont construites à partir des représentations familiales et sociétales. Tout d’abord, je me suis marié en considérant qu’au sein de ma cellule familiale devait primer la co-construction, la complémentarité et la solidarité. Ensuite, avec mon épouse, nous avons été confrontés à la difficulté d’enfanter, jusqu’à en faire notre deuil. Et c’est au moment où nous avions obtenu un agrément d’adoption que se produisit le miracle d’une grossesse, cinq ans après notre union. Nous avions beaucoup confié cette difficulté au Seigneur. Cet enfant, si désiré, est un don de Dieu. Ma paternité vient donc de l’amour de Dieu. Maintenant, il s’agit de faire vivre cet amour. Et malgré la pudeur liée à mon éducation, j’essaye d’exprimer mon amour paternel. Le plus important, selon moi, est de s’en remettre à Dieu. Chaque jour, nous lui confions notre famille, nos doutes, nos difficultés afin qu’il nous éclaire et nous accompagne jour après jour.

Cet article fait partie du numéro 69 de la revue FOI

St Joseph, un modèle masculin?

juin-juillet-août 2021

Formation Chretienne  

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