Le film

Martin Luther King : une voix, une vision

Au milieu du XXème siècle, époque où les Américains n’avaient pas tous les mêmes droits, la discrimination raciale contre les Noirs aux États-Unis était à son apogée. Plusieurs manifestations et luttes pour les droits civiques se mettent en place notamment avec l’engagement de Martin Luther King, qui deviendra la voix des sans-voix.

Le 4 avril 2018 nous avons commémoré les 50 ans de la mort de Martin Luther King, assassiné à Memphis, dans le Tennessee, sur le balcon d’un motel. Il avait 39 ans. Marqué par l’héritage de l’Eglise afro-américaine, il était devenu le leader charismatique du peuple noir américain et il restera une icône inspirant tous ceux qui, à travers le monde, ont soif de justice et de liberté. En 1963, il prononça le plus célèbre et émouvant de ses discours resté célèbre pour les mots : I have a dream ! (J’ai un rêve) qui annonçaient un monde de justice.

Gandhi la Méthode, Christ le fondement

Au XVIIème siècle, peu après l’installation des colons britanniques en Amérique, arrivent les premiers esclaves noirs. Ils sont importés depuis l’Afrique de manière inhumaine, comme de la marchandise, pour faire face aux besoins en main d’œuvre, notamment dans les plantations en Virginie. Malgré l’abolition officielle de l’esclavage en 1865 sur tout le territoire nord-américain, la grande majorité des Noirs des Etats du Sud vit dans la misère; ils sont exclus de la vie politique et victimes d’humiliations quotidiennes à cause de la ségrégation, une situation qui dure encore dans les années 1950.

Martin Luther King Junior est né le 15 janvier 1929 à Atlanta, aux Etats-Unis. Il est issu d’une famille de pasteurs de confession évangélique baptiste.  Ayant eu un excellent parcours scolaire, il obtient une licence de théologie en Pennsylvanie et un doctorat en théologie à l’université de Boston. En 1954, il devient pasteur à Montgomery dans l’état de l’Alabama. Il épouse Coretta Scott, une étudiante en musique avec laquelle il aura quatre enfants.

Il s’intéresse de très près à Gandhi ainsi qu’à sa théorie du combat non-violent et de la résistance passive en faveur des droits de l’homme. Luttant pacifique Le film Martin Luther King : une voix, une vision ment pour l’Indépendence de l’Inde, territoire occupé à cette époque par la Grande Bretagne, Gandhi était devenu la figure la plus pertinente de la scène politique et sociale de l’Inde et l’une des personnalités les plus influentes de l’histoire contemporaine. Actuellement, il est considéré comme le père fondateur de la désobéissance civile basée sur la non-violence.

Martin Luther King s’inspire de cette théorie non-violente pour commencer sa lutte contre les injustices et les inégalités dont sont victimes les Noirs- Américains. Très vite il se rend compte que les gens de son entourage ne connaissent pas assez bien Gandhi et il choisit de citer l’Evangile avec une insistance sur l’amour des ennemis, car il sait bien que ces références vont parler aux siens. «  Il va souligner l’importance de certaines phrases évangéliques et reprendre les stratégies venant de Gandhi, et c’est là qu’il va dire effectivement  :  « Gandhi a fourni la méthode, le Christ le fondement » », déclare le pasteur Serge Molla, auteur de nombreux ouvrages sur Martin Luther King. « Parce que, lorsqu’il souligne le fondement, qu’il revient à Jésus Christ, au Sermon sur la montagne, il sait que c’est immédiatement compris par son assemblée. Il n’a qu’à lier l’un avec l’autre, et ça fait sens pour celles et ceux auxquels il s’adresse. Il faut savoir que ce sont les moyens qui annoncent la fin que l’on recherche. Donc si on recherche la paix, si on recherche la réconciliation, il faut mettre en place des moyens qui annoncent ce but recherché ».

Martin Luther King trouve dans l’Évangile tout ce qu’il faut pour nourrir spirituellement le combat, comme l’explique Christian Delorme, prêtre catholique à Lyon : « Je crois vraiment que Martin Luther King n’aurait pas pu mener l’action qui a été la sienne s’il n’avait pas été tout plein de la présence de Dieu, de la vision intérieure de la personne de Jésus et de son action. Mais je crois aussi que le mouvement n’aurait pas connu le succès qu’il a quand même connu, même s’il y a eu des lendemains amers, si tous ceux qui ont combattu non violemment avec Martin Luther King n’avaient pas été eux-mêmes tout plein de cette spiritualité-là. »

La Non-violence

La non-violence est une pratique qui consiste à ne pas utiliser la force physique comme méthode de protestation ou comme réponse à la violence, considérant que chaque acte violent génère plus de violence. «  La non-violence est une arme puissante et juste, qui tranche sans blesser et ennoblit l’homme qui la manie. C’est une épée qui guérit.  » (Martin Luther King). De la même manière que la spiritualité des Negro spirituals peut tous nous aider à approfondir ce qu’est l’amour de Dieu pour une humanité souffrante, quand on scrute ce qu’a été le souffle qui habitait Martin Luther King, on constate une redécouverte de la non-violence évangélique.

«  L’action non-violente, quand on est confronté à des situations d’oppression très dures, demande une certaine discipline personnelle » (Christian Delorme). Pour tenir cette discipline, il fallait donc une formation où la dimension spirituelle était souvent très forte : « Il y avait tout un apprentissage ; savoir se discipliner soi-même pour ne pas se laisser d’abord envahir par la colère, par la haine ou par la peur quand vous êtes agressé » (Christian Delorme).

«  L’autre n’est pas l’ennemi, l’autre est un frère, il a tout autant de valeur que moi. Il va falloir le découvrir, mais le découvrir en luttant, en s’opposant d’une certaine manière à ce frère. Donc il y a tout un travail qui est non seulement stratégique (on fait telle marche, etc.), mais aussi spirituel au cœur de cela » (Serge Molla).

Cet article fait partie du numéro 57 de la revue FOI

Martin Luther King

juin-juillet-août 2018

Regard sur le monde   Vie de l'église  

Ces articles peuvent aussi vous intéresser…

 

Je verrai toujours vos visages

Réalisé par Jeanne Herry en 2023, le film « Je verrai toujours vos visages » a fait découvrir au grand public l’existence et la pratique de la justice restaurative. S’inspirant de faits réels, le film traduit fidèlement la réalité de ces rencontres entre victimes et auteurs d’a...

Rabbin à Marseille

L’autre אחר

Haim Bendao

Né d’un père égyptien et d’une mère tunisienne, Haïm Bendao a eu un parcours aux rencontres multiples, le formant à la rencontre de l’autre. Aujourd’hui, Rabbin dans le 14ème arrondissement de Marseille, Haïm Bendao participe, avec toute une série d’actions sociales, mais aussi in...