Pascale Paté

Revue FOI, ccn

Ouverture

« Nous avons besoin plus que jamais de fraternité »

Depuis plusieurs mois, le message essentiel du pape François réside dans cette phrase. Dans le contexte de crise sanitaire, mais aussi économique, sociale et écologique que nous connaissons, il réaffirme que, quel que soit le continent ou le pays où nous habitons, nous sommes « tous frères et sœurs ».

En termes autres que religieux, que veut dire la « fraternité » ? Du latin fraternitas, qui désigne les relations entre frères, entre peuples, la fraternité est, selon le Petit Larousse illustré 2016, le « lien de solidarité et d’amitié entre des êtres humains, entre les membres d’une société ». En fait, parler de fraternité, c’est reconnaître notre humanité commune et le respect de ses différences.

Aujourd’hui, des hommes et des femmes politiques, des philosophes, des sociologues reviennent à cette notion de fraternité, car, pour eux, la fraternité est « la politique de la main tendue, du rejet du rejet a l’heure des tentations de repli sur soi, des pulsions identitaires.»1 L’engagement pris par le nouveau Président des Etats-Unis, Joe Biden, de lutter contre le racisme est de cet ordre-là.

En France, nous connaissons bien la devise républicaine française « Liberté, Egalité, Fraternité » inscrite en lettres capitales sur les frontons des mairies et des écoles. Ce qui est intéressant, c’est de réaliser que la fraternité se distingue de la liberté et de l’égalité, dans la mesure où, même si ces termes sont complémentaires, on ne peut imposer la fraternité par la loi. Alors, certains auteurs posent la question : « D’où vient la fraternité ? ». Dans son ouvrage La Fraternité. Pourquoi ?, le philosophe et sociologue Edgar Morin répond : « La fraternité ne peut venir que de nous ». Le langage de la sociologie nous ouvre une piste.

« Sa source est donc en nous. Où ?

Ici, il faut considérer que tout individu a, en tant que sujet, deux quasi-logiciels en lui. Le premier est un logiciel égocentrique : « Moi, je ». Par ce moi-je, chacun s’auto-affirme en se situant au centre du monde, du moins de son monde. Ce logiciel est nécessaire car si nous ne l’avions pas nous ne serions pas amenés à nous nourrir, à nous défendre, à vouloir vivre. Mais il y a un second logiciel qui se manifeste dès la naissance, quand le nouveau-né attend le sourire, la caresse, le bercement, le regard de la mère, du père, du frère… Dès l’enfance, nous avons besoin du « nous » et du « tu » qui reconnaît « toi » comme sujet analogie a « soi » et proche affectivement de soi, tout en étant autre. Les êtres humains ont besoin de l’épanouissement de leur « je », mais celui-ci ne peut se produire pleinement que dans un « nous ». Le « je » sans « nous » s’atrophie dans l’égoïsme et sombre dans la solitude. Le « je » a non moins besoin du « tu », c’est-à-dire d’une relation de personne à personne affective et affectueuse. Donc, les sources du sentiment qui nous portent vers autrui, collectivement (nous) ou personnellement (tu), sont les sources de la fraternité.»2

Oui, en cette période, nous avons besoin de la fraternité, mais, oui aussi, nous sommes faits pour la fraternité, la recevoir et la donner, c’est dans notre ADN d’êtres humains, parce que créés « à l’image » de Dieu.

Au service des plus pauvres, de la mission auprès des jeunes, dans un pays en guerre ou en recherche de dialogue interreligieux, voici le témoignage d’hommes et de femmes qui se rendent frères et sœurs de leur « prochain ».

« L’individualisme ne nous rend pas plus libres, plus égaux, plus frères (…).

L’individualisme radical est le virus le plus difficile à vaincre. Il nous trompe. Il nous fait croire que tout consiste à donner libre cours aux ambitions personnelles, comme si en accumulant les ambitions et les sécurités individuelles nous pouvions construire le bien commun » (FT 105)

[1] https://www.leparisien.fr/societe/la-fraternite-c-est-quoi-au-juste-20-09-2016 Abdenmour Bidar, Les tisserands : réparer ensemble le tissu déchiré du monde, Les liens qui libèrent, 2016.
[2] Edgar Morin, La fraternité. Pourquoi ?, Actes Sud, 2019, p. 10

Cet article fait partie du numéro 67 de la revue FOI

La fraternité

décembre 2020-janvier-février 2021

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