Père François Michon

Berger de la Communauté du Chemin Neuf

Editorial

Nous laisser rassembler autour du Christ

Depuis mon arrivée à l’Abbaye Notre Dame des Dombes en septembre dernier, j’accueille avec une profonde consolation spirituelle une triple expérience de la fraternité.

Un chœur ouvert pour le monde

En novembre dernier, alors que le second confinement était annoncé, nous avons pris l’option de diffuser à nouveau sur le web la vie liturgique de la Communauté. Cela a éclairé de manière particulière le sens de notre présence à l’Abbaye : il s’agissait non seulement de porter dans la prière les intentions du monde en ces temps troublés, mais aussi d’attiser ce feu de la prière dans le cœur de tous ceux qui souhaitaient nous rejoindre. Nous percevions de manière plus évidente la vocation qui a toujours été celle de l’Abbaye : être pour les autres un foyer qui maintient éveillée l’aspiration fondamentale qui habite le cœur de l’homme, la prière.

Un chœur pour rassembler la Communauté

L’Abbaye est pour la Communauté bien autre chose qu’un simple lieu d’habitation communautaire ou une fabuleuse opportunité apostolique pour organiser des rassemblements. Il nous a fallu réinvestir notre liturgie : prendre soin des temps de répétition, se déterminer pour arriver à l’heure aux offices et à l’eucharistie, choisir d’ouvrir notre cœur à la grâce de la louange chaque jour… Le chœur est le centre de toute Abbaye, et dans la dispersion de nos activités, qui à ses études, qui au travail agricole, qui à la cuisine, nous éprouvions davantage la joie de nous laisser rassembler autour du Christ.

Un chœur pour se faire frère du Christ

J’ai pu percevoir alors davantage la chance que constituait cet Institut de formation Théologique de l’Abbaye Notre Dame des Dombes. La prière au chœur est aussi une ascèse. Notre Communauté est fondamentalement apostolique, nous sommes appelés au cœur du monde et nos frères et sœurs y aspirent… Et pourtant, ils ne pourront tenir dans l’exigence de leur mission que parce qu’ils auront enraciné en eux ce choix de la prière comme l’affaire de toute leur vie. Celui qui a trouvé le chemin du chœur saura, une fois jeté dans le monde, y retrouver le Christ.

Beaucoup de ceux qui apprennent à connaître le Chemin Neuf nous partagent leur joie de découvrir cette grâce de la fraternité dont nous vivons, et nous avons accueilli avec gratitude la dernière encyclique du Pape François, Fratelli Tutti. Certes, la fraternité n’est pas une notion exclusivement chrétienne ou religieuse, et chacun, quelle que soit sa foi, est appelé à travailler à l’édification de cette fraternité humaine, au fond, la reconnaissance en l’autre de cette humanité que nous avons en partage. Mais pour nous, cette fraternité a un enracinement fondamentalement théologique. Elle découle de la révélation de Dieu lui-même. Dieu se présente à nous à travers le visage du Christ, fi ls du Père partageant notre humanité, aîné d’une multitude de frères.

D’où il découle que l’enseignement théologique de l’Eglise a forcément une dimension sociale. C’est ce qu’écrivait Henri de Lubac : « Le catholicisme est essentiellement social. Social, au sens le plus profond du terme : non pas seulement par ses applications dans le domaine des institutions naturelles, mais d’abord en lui-même, en son centre le plus mystérieux, dans l’essence de sa dogmatique. » Le père Arrupe parlait de cette « communauté eucharistique », fondement de cette notion de fraternité. Il n’y a rien de notre foi au Christ qui n’engage notre relation aux autres hommes. Si notre foi est catholique, quelle que soit notre dénomination chrétienne, c’est parce qu’elle engage notre relation à tous ceux, quelle que soit leur culture, que le Christ aspire à rejoindre. La relation du Père et du Fils fait circuler en nos veines un même sang, l’Esprit Saint. Nous sommes théologiquement frères et sœurs de sang, de par ce qui nous unit au Fils.

Cet article fait partie du numéro 67 de la revue FOI

La fraternité

décembre 2020-janvier-février 2021

Vie de la Communauté  

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