Laure-Elise Billioud

Sœur consacrée, ccn, directrice des Bleuets du Pilat

21 décembre 2023

A Pélussin, auprès de nos aînés

Nous sommes là pour une Bonne Nouvelle

« Les Bleuets du Pilat » est une Résidence pour Séniors tenue par la Communauté du Chemin Neuf. Elle se situe à Pélussin dans le département de la Loire (parc du Pilat) au carrefour du Rhône, de l’Isère et de l’Ardèche.

Cette résidence est un lieu de vie apportant logement-restauration, accompagnement et animation pour les Séniors autonomes. Nous y accueillons 46 résidents pour des séjours permanents ou temporaires dans un esprit familial. Les raisons de l’accueil temporaire sont principalement pour des saisons (hiver ou été), des temps de vacances, de repos-convalescence ou encore pour des répits.

Nous souhaitons mettre en avant l’accompagnement et le bienvieillir. Cette étape de la vie n’est pas une attente de la fin mais plutôt une nouvelle étape de la vie à découvrir. L’apprentissage de la gratuité, de l’accueil et du don, d’un partage où chacun a besoin les uns des autres. C’est l’étape d’apprendre à être ensemble plus que de faire de grandes choses. C’est aussi l’étape de l’accueil d’une paix et d’une joie que notre société de consommation et de suractivité a du mal à comprendre. C’est pour cette bonne nouvelle que nous sommes là. Un message de sagesse pour une écologie intégrale qui se cherche et qui a beaucoup à entendre et à recevoir de ses aînés.

C’est aussi l’étape où il est bon d’être bien chez soi. Bien dans son environnement, en sécurité, pour maintenir au maximum son autonomie.

Au cœur de ce site magnifique du parc du Pilat, la maison se situe dans la ville donnant accès aux commerces et poste, banque…. Chaque jour, des animations sont proposées pour soutenir la vie sociale, le bien être corps et esprit, ainsi que la vie spirituelle et la vie de prière.

Comme toujours dans la Communauté, nous recherchons l’unité de la personne dans la diversité. L’accueil s’adapte donc en fonction des besoins qui sont euxmême évolutifs. Nous sommes en capacité de proposer des logements pour des célibataires comme pour des couples, en chambre, studio ou T2 avec ou sans kitchenette. Si la maison n’est pas médicalisée, elle facilite les soins à domicile des infirmières, kiné, médecins, pédicure, psychologue. La vie spirituelle est soutenue entre autres par l’animation quotidienne de temps de prières, et d’autres propositions. Les familles sont toujours les bienvenues.

Pour vivre notre fraternité et notre spiritualité, nous sommes quatorze membres de la Communauté à vivre à Pélussin, aidés de nos fidèles frères et sœurs de la Communion et de jeunes volontaires. Nous sommes jeunes et vieux (de 18 à 93 ans), de plusieurs nationalités (France, Réunion, Tchad, Liban, Madagascar), célibataires, couples, veufs, parents, grands-parents, arrièresgrands-parents…pour porter la Bonne Nouvelle au monde…. Celle de la Paix dont le monde a tant besoin. L-E. B.


Partage en fraternité

Une fois par mois, les membres de la Communauté et de la Communion du Chemin Neuf résidant aux Bleuets se retrouvent pour un temps de « fraternité », un temps convivial de partage autour du goûter. Nous leur avons proposé de partager leur vécu autour du thème de la vulnérabilité.

Marie-Luce

Jamais je n’aurais pensé vivre ici, à Pélussin. Peut-être vivre au service de la maison, oui, ça m’était déjà passé par l’esprit, mais vivre dans la maison avec des personnes plus âgées que moi, jamais je ne l’aurais imaginé. Mais je suis très heureuse ici, franchement. Pour l’instant, tout va bien pour moi, je ne suis plus à la fleur de l’âge, mais, je peux encore aller et venir. Le fait d’être là, parmi ces personnes un peu plus âgées que moi fait que le Seigneur m’apprivoise pour la vieillesse qui m’attend, et je me sens moins inquiète de vieillir. Vous écouter parler de ce que vous vivez me donne beaucoup d’espérance. Je prends une leçon de vie. J’entends le Seigneur qui me dit : « M’aimes-tu ? ». A chaque pas que je fais, le Seigneur me dit qu’il faut L’aimer, c’est son amour qui m’aidera à avancer.

Geneviève

C’est difficile qu’un autre te passe une autre « ceinture » (cfr Jn 21). Mais, sentir l’amour du Père m’aide.

Christiane

J’ai vécu un AVC, et cela n’a pas été facile d’accepter ma situation. Je ne pouvais plus faire comme je voulais. Ne plus pouvoir faire des choses en communauté, avec d’autres, ne plus pouvoir accomplir le moindre service est très difficile pour moi. Pour le moment, c’est comme ça. Et j’ai l’impression que le Seigneur est là, tout le temps, près de moi, et m’aide à vivre ce que je vis. C’est Son amour qui est là. Depuis une dizaine de jours, je suis bien aidée par des personnes qui viennent le matin pour m’aider à m’habiller. Pas le soir. Et je me rends compte que, seule, ce n’est pas évident, j’ai beaucoup plus de peine. Et je dis vraiment merci au Seigneur pour ce que je vis. Par le soin des autres, Il me donne son amour et moi, j’essaye de le rendre autant que je peux. Pour moi, c’est une nouvelle vie.

Qu’est-ce qui m’a fait vraiment accepter ça ? En venant habiter à Pélussin, j’ai eu l’impression d’un espace qui m’était donné, et c’était à moi de prendre cet espace que le Seigneur me proposait, quelque chose de grand ouvert. Parce que je sentais que j’en avais besoin. Il m’a tendu la main et je l’ai prise, parce que je pouvais très bien ne pas la prendre. Mais je sens que c’est ça, ma vie, maintenant. Et je rends grâce.

Comme le dit le psaume 26. : « Le Seigneur est ma lumière et mon salut. De qui aurais-je crainte ? Le Seigneur est le rempart de ma vie. Devant qui tremblerais-je ? ».

Georges

J’ai beaucoup de mal en ce moment. C’est la maladie qui travaille et j’ai du mal à accepter mon sort. Je suis embarrassé ; je ne peux plus lire, prendre un livre. Ca, c’est difficile. J’ai du mal à vivre. Il m’arrive tous les jours aux mêmes heures de la journée d’être complètement crevé, d’être absent.

Mais, je ne suis pas abandonné !!

Jean-Louis

Il y a eu un « avant » et un « après »-covid. Avant, je marchais beaucoup mais, après, ça a été autre chose. J’avais plus de difficulté à marcher. Ceci dit, ma difficulté la plus importante, c’est l’audition : ne pas entendre, me sentir coupé. Etre parmi vous me donne de l’espérance. Et j’ai confiance dans la prière. Chaque matin, je me lève et je prends une demi-heure de prière dans ma chambre. J’essaie de m’y tenir.

Agnès

Cela fait douze ans que Paul et moi sommes au service des résidents communautaires de Pélussin. Lorsque nous sommes arrivés, les Sœurs de Marie-Thérèse étaient encore bien présentes. C’est leur amour et leur accueil qui nous ont donné envie de rester. Après quelques années au service, il a fallu se dépouiller. Au début, j’étais très active : la cuisine, l’animation… J’étais sur tous les fronts dans la maison. Il y a des passages dans la vie, pour nous aussi. Paul et moi prenons de l’âge. Les jeunes prennent le relais, il faut s’effacer, mais sans effacer tout ce quI a été vécu. Je sens qu’on a à devenir de plus en plus humbles et accueillants, et, en même temps, ce recul me donne du temps pour partager ce que j’ai reçu pendant toutes ces années.

La vie avec les résidents nous rend heureux. Nous apprenons énormément. Mais, c’est aussi de la souffrance chaque fois que l’un ou l’autre part en EPHAD. Souvent, je les accompagne. Accepter de voir ces personnes diminuer et les accompagner jusqu’au bout, pour moi, c’est un apprentissage. J’ai beaucoup appris à lâcher prise. Dans ma prière, je demande souvent cette grâce de l’abandon.

Marie-Noëlle

Quand on n’a plus la maîtrise des affaires courantes, c’est difficile, mais je peux dire à Dieu : « Donc Dieu, c’est toi qui tiens le volant maintenant. Débrouille-toi pour ne pas me mettre dans le fossé. Et conduis-moi bien là où tu dois me conduire ». Et du coup, j’ai pris une « assurance-vie ». J’ai réalisé que la mort n’est pas la mort, c’est une « assurance-vie » sur Dieu. Et ça m’aide. Même si je fais encore beaucoup de choses, il faut bien que je pense à mon départ. Et mon départ, c’est un départ pour une arrivée, l’arrivée avec le Seigneur. Il faut que ça soit bien, ce moment-là. Il n’y a que Dieu qui peut me le donner. Donc, moi aussi, je lis beaucoup les psaumes. J’aime bien le psaume 15.

Ghislaine

Je suis venue à Pélussin en convalescence, à la suite d’une opération. Déjà, j’avais eu du mal à accepter cette opération : je ne voulais ni rester au lit ni dépendre des autres. Je me sentais jeune et pleine de vie, mais aussi fragile et vulnérable et j’étais appelée à faire confiance aux autres et au Seigneur. Je ne connaissais pas cette maison et ne savais pas que la Communauté y était présente. Chaque jour, il y a un message derrière ce que je vis. Je vois mes frères et sœurs qui ont donné beaucoup de choses dans la Communauté accepter leur situation, et, pour moi, c’est une véritable leçon de vie. Cela me fait grandir.

Parfois, j’ai envie d’être plus active, me sentir moins « à l’écart » des autres lieux de mission, mais cette réalité de vie me fait grandir aussi dans ma relation au Seigneur. J’ai pu parler, par exemple, avec une sœur religieuse qui regrettait, à la fin de sa vie, avoir tant travaillé et pas assez prié. Ce fut, pour moi, qui suis célibataire consacrée, une invitation à mettre Dieu en premier avant toute mission.

Monique

J’ai traversé pas mal d’épreuves, mais à travers ces épreuves, j’ai toujours trouvé la présence de Dieu, l’amour de Dieu. A l’hôpital, j’ai trouvé de bons soignants, y compris quand on était confiné. Je me suis liée d’amitié avec des malades. Il y en a une avec qui je corresponds encore, et on se retrouve de temps en temps. J’aime ce chant : « Mon papa est fidèle, il ne m’abandonnera jamais ». Je vis avec Dieu, et il m’accompagne.

Cet article fait partie du numéro 79 de la revue FOI

PAUVRETE ET VULNERABILITE

décembre 2023-janvier-février 2024

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