P. Marcin Borządek

curé de la paroisse N. D. de Fatima, ccn, Pologne

1 mars 2022

Lettre de Pologne

Oser accueillir, la meilleure évangélisation!

Alors que nous devions publier sur ces pages un article relatant des expériences de Providence vécues par nos frères et soeurs de Pologne, nous est arrivé, au moment du « bouclage », ce message en provenance de Mistow et nous avons choisi de le partager avec nos lecteurs. Au milieu de cette guerre qui frappe l’Europe à l’improviste, ce message apporte l’espérance. En répondant à l’appel d’accueillir les réfugiés ukrainiens, Asia, Marcin, et Ula expérimentent qu’ « en ouvrant nos coeurs aux pauvres, on reçoit au centuple ». La paix est un bien précieux qui n’est jamais acquis. Prions pour que cet incendie ravageur s’éteigne et que ce vent de folie ne s’étende pas davantage.

A 300 km de notre maison, il y a la guerre, une vraie guerre, où les civils meurent chaque jour. Et donc une gigantesque foule de réfugiés arrive en Pologne. Pour l’instant, ils sont 500 000 (des femmes et des enfants) alors que ce n’est que le début… Bien sûr, nous en Pologne, on n’était pas préparé pour ça, on n’imaginait même pas quelque chose comme ça… Il y a une énorme vague de solidarité, de générosité. Nous, en Pologne, on connait bien la violence de la Russie, et donc on est choqué et bouleversé.

Et voilà que – samedi après-midi, on reçoit la demande d’accueillir les réfugiés. Le presbytère est bien grand, donc on n’a pas trop hésité. On a reconnu cette demande comme l’appel du Christ humble et pauvre qui aime les plus petits… « Ce que vous avez fait aux plus petits d’entre mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait »… Donc je vous présente notre grande « frat de vie » qui (à part nous, trois célibataires) compte 10 adultes (huit mamans et deux grand-mères) et treize enfants (entre 2 mois et 19 ans). Et, encore une fois, nous expérimentons cette vérité qu’en risquant au nom de Jésus, en ouvrant nos coeurs aux pauvres, nous reçevons au centuple ! D’ailleurs c’est l’Evangile d’aujourd’hui (Marc 10, 28-31). On est inondé par la vague de générosité et de bonté, pas seulement de la part de nos paroissiens, mais aussi par des gens qu’on ne connaît pas ! Parfois je me sens comme dans une centrale téléphonique ; plein de gens appellent pour demander de quoi on a besoin. Alors qu’on a trois frigos plein de nourriture, les couches pour les enfants, les savons, les papier- toilettes, etc. comme pour un petit bataillon, en plus les crayons, les puzzles, les jouets… Bref, on commence à distribuer tout cela aux autres lieux d’accueil. Les familles que nous accueillons sont super ! Bien sûr, elles ont vécu un vrai trauma de la guerre, leurs maris et leurs pères sont restés en Ukraine, mais la vie communautaire leur apporte la paix. Et bien sûr, souvent les femmes pleurent, mais petit à petit la vie reprend. On s’organise en vraie « frat de vie », avec les services et les travaux. Avec l’aide de la commune, on commence à organiser la garderie pour les enfants et on réfléchit comment faire avec l’école. Les mamans veulent bien aller travailler, donc on va chercher pour elles un emploi. Elles sont tellement heureuses d’être ici, en sécurité, et de voir les enfants heureux !

Et encore une fois on s’est dit : « Mais, quelle trésor la vie communautaire ! ». En fait, on est tellement habitué à vivre avec des personnes différentes, qui ne parlent pas notre langue, on sait organiser notre vie à plusieurs, avec les enfants, on sait respecter nos espaces…. Merci Seigneur ! Aujourd’hui, on a reçu les appels de deux paroisses où les prêtres demandent des conseils : comment il faut faire, comment on accueille les familles ? Bien sûr , le fait qu’il y a des soeurs au presbytère facilite aussi beaucoup de choses.

Maison communautaire. Mistów

Et peut-être que le fait qu’on a osé et qu’on a accueilli ces femmes et ces enfants, c’est la meilleure évangélisation. En effet, plusieurs personnes qui ont apporté les dons se sont dit non croyantes ou carrément déçues par l’Eglise, mais elles sont très touchées par ce qui se passe chez nous. Donc, même si, à cause de l’accueil, on a été obligé de modifier des choses dans la paroisse, la grâce passe autrement. On ne sait pas grand-chose pour la suite, on ne sait pas combien de temps la guerre durera et combien de temps notre « frat de vie » comptera vingt-six personnes, mais une journée à la fois ! Cette nuit il y a la prière continue dans notre chapelle pour la paix en Ukraine. Nos mamans sont en majorité orthodoxes, il y a une famille baptiste et donc elles sont aussi très touchées par cette prière.

Bon temps de carême !

En union de prière !

Asia, Marcin et Ula

Avec Karina, Nataliia, Iryna, Zlata, Darina, Tetiana, Matviy, Nina, Oksana, Tetiana, Vanesa, Lybov, Inna, Oleksangra, Iyriiy, Kateryna, Tetiana, Kateryna, Diana, Anna, Vitalina, Karina et Sofija

Cet article fait partie du numéro 72 de la revue FOI

Evangéliser autrement?

mars-avril-mai 2022

Regard sur le monde   Vie de la Communauté  

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