12/01/2022

Interview : « The Week »

« Par où on commence ? »

Hélène Gérin et Frédéric Laloux, couple francobelge vivant aux Etats-Unis, sont à l’initiative du parcours écologique « The Week ». Celui-ci invite, en trois rencontres de groupe, à vivre une expérience personnelle, existentielle, pour changer de regard sur la crise environnementale et climatique et s’impliquer personnellement pour un changement.

FOI : Qu’est-ce qui vous a poussés a lancer « The Week » ?

Hélene Gérin : On est en 2019 et on a la visite d’amis qui ont des enfants à peu près du même âge et qui avaient eu le courage d’aller regarder cette crise-là en face. Ça ne veut pas dire que nous, on y était complètement indifférents, loin de là. Mais quelque part, c’était des notions qui nous avaient percutés au niveau mental, des données, des informations intellectuelles, cérébrales, mais ça n’avait pas encore vraiment percuté au niveau du cœur, ce n’’était pas encore vraiment descendu un étage plus bas. On lisait un article mais après on était tenté, comme beaucoup de gens je pense, de le mettre de côté puis de continuer le fil de notre vie et notre quotidien. Mais ces amis-là, eux, étaient allés à l’étage plus bas, et on avait trouvé ça super courageux.

Ça nous avait vraiment touchés de voir cette force, ce courage d’aller oser voir la réalité en face, sans se mentir, sans se voiler la face. Et quand ils sont partis, on s’est regardé, on s’est dit : mais, si eux ils y arrivent, il n’y a pas de raison, on doit pouvoir le faire aussi. Du coup, après ça, on a énormément lu, on a regardé beaucoup de documentaires, on s’est vraiment penché sur la question. C’est un projet de couple qu’on a commencé à deux, Frédéric et moi, deux gens ordinaires, deux parents. Nous ne sommes pas des spécialistes du climat ni des experts climatiques, mais on a beaucoup appris et on a mis de côté nos autres projets professionnels parce que celui-ci nous paraissait être le plus vital, le plus nécessaire. En comparaison, tout le reste nous paraissait presque futile. Et là, il y avait quelque chose d’essentiel qui nous a appelés, qui nous a vraiment invités à monter à bord. Donc on a écouté cet appel et puis on a décidé de se consacrer entièrement à ça.

FOI : Quelle est la spécificité du parcours ?

Hélene Gérin : Quand on a réfléchi à quelle forme on voulait que le projet prenne, on s’est très vite dit qu’on n’avait pas envie d’un énième projet. C’est important de savoir tout ce qu’on lit dans les rapports, ce qui concerne les ours polaires, la banquise, ce qui va se passer en 2100, ou dans 100 ans…C’est très important tout ça, mais l’angle qu’on avait vraiment envie de prendre avec ce projet « The Week », c’est : qu’est ce qui va se passer ici et maintenant, pour le lieu où je vis et pour les gens que j’aime, qui sont chers à mon cœur, autour de moi ? Alors, non pas que les ours polaires ne soient pas intéressants, non pas que ce qui se passe loin de nous soit inintéressant, loin de là, mais on avait envie, justement, pour aider le passage du côté cérébral au côté cœur, que les gens puissent s’identifier et mesurer l’ampleur de la crise ici, pour eux, là, maintenant. Et donc dans l’épisode 1, on invite les gens à calculer l’âge qu’ils vont avoir en 2050, à réfléchir et à nommer un jeune – ça peut être leur enfant, ou un jeune qu’ils connaissent autour d’eux – et à calculer l’âge que cette personne aura en 2050 pour mesurer vraiment ce qui va se passer.

Donc ça c’est une des spécificités : on s’adresse vraiment aux gens. D’ailleurs, on ne parle pas de spectateur ou de spectatrice, mais de participant, de participante parce qu’on ne voit pas « The Week » comme un fi lm documentaire, mais comme une expérience un peu hybride entre un fi lm et une conférence, parce qu’il y a beaucoup d’informations, beaucoup de recherches, beaucoup de sources qui sont citées ; un mélange aussi avec un workshop, un atelier, où les gens vont vraiment expérimenter quelque chose. Et puis il y a aussi un temps d’échange, donc c’est un mélange entre tous ces formats-là. C’est ça qui fait que c’est une forme un peu hybride, un peu atypique. Donc on casse ce « quatrième mur » typique dans un documentaire pour vraiment s’adresser à la personne en face. L’idée ce n’est pas que les personnes qu’on a filmées soient les héros et que la personne qui regarde soit juste dans son fauteuil passivement à consulter un film, mais que la personne qui soit vraiment centrale dans les films, c’est la personne qui regarde les films, pas la personne à l’écran.

On va essayer de faire sens de la plus grande crise de notre temps, pour pouvoir se préparer et devenir actifs dans cette aventure et faire notre part.

Le parcours se vit sur une semaine, c’est pour ça que ça s’appelle « The Week », puisque c’est trois temps de rencontres sur une semaine où ensemble on va essayer de faire sens de la plus grande crise de notre temps, pour pouvoir se préparer et devenir actifs dans cette aventure et faire notre part. Entre chaque épisode on laisse 24h minimum. On ne peut pas « bingewatcher » comme on dit, on ne peut pas regarder trop vite et s’enfiler épisode après épisode parce qu’il y a tout un arc narratif, un arc émotionnel et pour pouvoir métaboliser et faire du sens de ces émotions-là, il faut rester un peu avec et ne pas passer trop vite à la solution.

Une autre de nos spécificités, c’est que ça se voie en groupe. L’idée derrière, c’est que si moi je change parce que je prends conscience de certaines choses, mais que autour de moi, mon quotidien, mon environnement, les gens que j’aime ne me comprennent pas ou pire encore, me font des remarques, ça va me ralentir dans mon élan et je ne vais pas pouvoir déployer tout ce que j’ai à offrir pour pouvoir agir. Donc, pouvoir le voir en groupe permet de se comprendre et de faire sens ensemble. C’est un sujet tellement gros que le prendre seul est très difficile. Mais le prendre en groupe et trouver comment on peut y contribuer ensemble, c’est un démultiplicateur d’énergie.

FOI : Quel est le cheminement que vous proposez a travers les trois étapes du parcours ?

Hélene Gérin : Dans « The Week », on invite les participants à vivre une expérience, comme un voyage émotionnel en forme de U. Le premier épisode peut être perçu comme le plus difficile parce c’est vraiment la descente, on va regarder en face, on va voir la réalité telle qu’elle est. On accompagne les gens pour oser descendre parce que, de nouveau, ça demande du courage : on va faire le point régulièrement au fil de l’épisode 1 pour voir où ils en sont, comment ça a atterri chez eux, qu’est-ce que ça leur fait vivre, etc. Bien souvent, la plupart des gens sont effectivement conscients qu’il y a des difficultés, des problèmes, des choses qui ne tournent pas rond. Mais on va avoir une info ici, un feu de forêt massif, là, ou bien une sécheresse ou une inondation majeure ici. Et puis après voilà, on a le fil de notre journée qui continue. On a les courses à aller faire, un repas à préparer, des enfants à aller chercher à l’école…ce qui fait le cours de notre vie ! Et puis le lendemain, on a encore une autre info, mais on est aussi happé par le quotidien et du coup on a rarement l’image qui vient comme en 3D. L’idée c’est de mettre tous les morceaux du puzzle sur la table et qu’une image supplémentaire prenne relief et vienne vraiment nous toucher autrement.

Dans l’épisode 2, le bas du U, on va comprendre comment on en est arrivé là et ce qui fait qu’on scie la branche sur laquelle on est assis. Qu’est ce qui fait qu’on détruit autant la création, le vivant, la vie ? On a été alertés depuis des dizaines d’années, ce n’est pas récent qu’on découvre ça. Et est-ce qu’il y a moyen de s’en sortir ? Est ce qu’il y a de l’espoir ?

Et puis dans l’épisode 3, là c’est la remontée du U, et où on a compris qu’en fait il y a moyen de sortir d’une ancienne logique qui nous pousse toujours à aller vers du plus et de la destruction, et qu’il y a une nouvelle logique, une logique du mieux qui émerge.

Dans l’épisode 3, il y a un foisonnement d’idées qu’on propose pour que les gens puissent trouver ce qui leur fait envie et qu’ils passent à l’action. Souvent les gens commencent l’expérience en se disant : « Mais qu’est-ce que je peux faire ? Je me sens trop petit, je me sens impuissant, c’est un problème trop grand, je ne peux rien faire à mon échelle, ça ne va pas changer la donne. » Et en fait, ils sortent souvent de l’épisode 3 avec une tout autre tournure d’esprit. Ce n’est pas tellement : « Qu’est-ce que je peux faire ? », c’est « Par où je commence ? ». Donc il y a vraiment une notion de joie, de sens. Trouver du sens dans ce qu’on fait, se sentir utile, voir comment on peut contribuer parce qu’on va activer ses talents, ses dons, on va aller sonder en nous ce qu’on a de meilleur à apporter sur ces questions-là et comment on peut faire partie de cette grande aventure.   

Propos recueillis par G. Roussineau

Il y a vraiment une notion de joie, de sens.
Trouver du sens dans ce qu’on fait, se sentir utile, voir comment on peut contribuer parce qu’on va activer ses talents, ses dons.

Comment suivre le parcours The Week ?

Existant pour le moment sous la forme d’un « prototype », celui-ci sera officiellement lancé en janvier 2023 sous forme de films
doublés en français et en anglais.

Pour en savoir plus et s’inscrire : www.theweek.ooo

Cet article fait partie du numéro 75 de la revue FOI

Messagers d’espoir

décembre 2022-janvier-février 2023

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