Témoignages

Parcours migratoire

"Je m’appelle Ibraim Masso, je suis de la Guinée Conakry, précisément de Man. Je suis né à Mamou le 7 avril 1986. En Guinée, j’étais chauffeur de camions. J’ai travaillé pour un patron environ huit ans et ensuite, j’ai été à mon compte pendant quatre ans."
Ibraim Masso

Je m’appelle Ibraim Masso, je suis de la Guinée Conakry, précisément de Man. Je suis né à Mamou le 7 avril 1986. En Guinée, j’étais chauffeur de camions. J’ai travaillé pour un patron environ huit ans et ensuite, j’ai été à mon compte pendant quatre ans.

Pourquoi je suis venu en Italie ? Ma femme avait une maladie de coeur. On a essayé les médecins partout en Afrique, ça n’a pas marché. Je l’ai envoyée au Ghana, mais ils m’ont demandé de l’argent sans faire les soins. Puis elle a consulté au Gabon, à Sierra Léone. On est passé par beaucoup de cliniques. Finalement, il y a quelqu’un qui nous a conseillés de faire des démarches pour se rendre en Suède. J’ai trouvé quelqu’un de Gambie qui nous a fait les passeports. Mais le type a pris l’argent et il a fait des faux papiers. On a embarqué à partir de Banjul. L’avion a fait une escale au Maroc, ils ont contrôlé, il y avait des problèmes, mais ils nous ont laissés passer. Une fois à Istanbul, en Turquie, ils ont dit : « Ce sont de faux papiers », et on est retourné en Gambie. On a qu’un fils, mon fils je l’ai laissé avec son professeur de l’école. J’ai vendu mon camion pour payer le voyage.

Routes migratoires en Afrique de l’Ouest en direction de l’Europe

On s’est dit avec ma femme : « On n’a qu’à passer par la Lybie ». Elle a quitté la Gambie, j’ai quitté le Sierra Leone et on s’est rejoint au Mali. On a pris la route avec un car Sonef, de la compagnie de bus qui voyage partout dans l’Ouest de l’Afrique. On a traversé le Burkina et ensuite le Niger. Là-bas, on a attendu les passeurs pour le désert de Lybie. Finalement, on s’est embarqué pour la Lybie. On a traversé le désert pendant six jours. On a trop souffert sur la route. On est arrivé en Lybie, j’ai même oublié le nom de la ville. On a embarqué de là-bas pour Tripoli, la capitale. Arrivés là-bas, on a pris le bateau pour Sabratha. Là, on est resté un mois mais moi, j’ai trop dépensé avec ma femme parce qu’en Lybie, si tu ne paies pas, tu n’as pas de sécurité. Si on te demande de l’argent et que tu n’en donnes pas, tu auras des problèmes avec eux. Après, on a pris une petite barque vers 1 heure du matin et la marine italienne nous a trouvés à 6h30. Ils nous ont emmenés directement vers Palerme. A l’arrivée, ma femme était très mal. A cause de sa maladie, ses pieds, tout son corps était gonflés et elle était dans la coma. Du coup, on nous a mis dans une ambulance et on nous a conduits à l’hôpital. On est y resté 21 jours, on ne connaissait personne. Après, on nous a transférés dans un camp près de Palerme. Au camp de réfugiés de Bonna Gracia, on nous a très bien traités. On nous a fait des papiers pour pouvoir rester 5 ans en Italie. Nous avons ensuite été accueillis au Centre Astali où on nous a beaucoup aidés pour nous trouver un logement et nous intégrer. Ma femme reçoit des soins et moi je peux travailler.

« Après ce terrible voyage…« 

Issa Fadoul Bichara
sprar du centre Astalli, en provenance du Tchad

Quand une personne arrive en Sicile, tout est nouveau pour lui. Il y a des choses que tu n’imagines même pas : des personnes que tu ne connais pas, une nouvelle langue, un autre monde, une nouvelle culture. Tout va dans le sens contraire. Ce que tu penses n’arrive pas. Quelqu’un qui me dit « Bonjour ! », je ne sais pas comment lui répondre.

En arrivant, j’étais comme un animal, parce que je ne comprenais pas. Même pour boire, je ne savais pas comment le dire. Même pour manger, je faisais des gestes pour dire ce dont j’avais besoin. Et cela, c’est trop difficile.

(…) Après ce terrible voyage que nous avons fait, très difficile, j’ai constaté que celui qui n’a pas de patience ne peut pas atteindre son but. Chacun de nous a quelque chose à accomplir dans sa vie. Moi aussi, j’ai un rêve. Je veux faire quelque chose qui prouve que je suis Issa et que, cette chose, ce soit moi qui l’ait accomplie.

Une porte à franchir

Marie-Paule Billard, ccn

Envoyée par la Communauté en Sicile, j’ai découvert à Palerme énormément de migrants. D’où venaient-ils et que faisaient-ils ? Cette question m’a habitée pendant plusieurs semaines mais je n’avais pas vraiment de réponse. Je connaissais le lieu d’accueil des Jésuites, mais, ce qui me permit de l’aborder fut une rencontre au groupe de prière. Daniel, un frère italien, a prié pour les migrants, lors d’une assemblée de prière et, après avoir fait sa connaissance, il m’a invitée à venir passer une matinée au centre d’accueil des migrants. Ce jour-là, je me suis contentée non seulement de regarder mais aussi de parler avec certains migrants venant du Sénégal ou du Congo et qui s’exprimaient très bien en français. A ce moment-là, j’ai compris qu’une nouvelle porte s’ouvrait mais comment la franchir ? Le Seigneur me guidait pas à pas, mais pas forcément à la vitesse que j’aurais souhaité…. Petit à petit tout devenait plus clair. Pour moi, être au service des migrants était une continuité de mes missions en Afrique. J’avais beaucoup reçu, il fallait à mon tour que je donne beaucoup.

En arrivant en France, je me suis inscrite très rapidement dans une association paroissiale de Ste Foy les Lyon appelée ESPOIR.

La mission consiste à faire des maraudes dans la ville de Lyon, que nous faisons à deux ou trois personnes. J’ai opté pour le soir de 20h à 22h -23h. Nous rencontrons de nombreuses personnes venant d’Albanie: des gens seuls (beaucoup de femmes), mais aussi des familles avec enfants couchant sous tentes, coincées entre les piliers sous les autoroutes de Perrache, dans le bruit et la pollution. Tous ont un minimum de bagages. Ils sont souvent en attente de régularisation de papiers, attente toujours très longue (parfois plusieurs mois) malgré les aides des bénévoles et services sociaux.

Nous rencontrons aussi des personnes qui ont des problèmes de santé, des troubles psychologiques, surtout ceux qui ont été victimes de la guerre ou des régimes de dictature. D’une façon générale, tous vivent de grandes souffrances physiques et morales, mais aussi des problèmes familiaux, climatiques, etc.

Pourquoi arrivent-ils en France ? Une désinformation massive des passeurs vantant la France comme un pays de cocagne où il fait bon vivre, où l’on trouve facilement du travail, un logement. Quand ils arrivent en France tous nous disent : « C’est la galère, nous dormons dans la rue avec tous les risques que cela comporte : vols, viols, maladies, difficultés pour faire les papiers de régularisation, barrage de la langue, mais aussi descentes de la police qui met les tentes et tous les effets des migrants à la poubelle (ce qui arrive de temps en temps) ».

Notre association n’a pas de grands moyens financiers, mais plutôt humains. Pour les maraudes, nous choisissons un parcours qui peut varier d’une fois à l’autre et nous nous arrêtons à chaque personne que nous rencontrons pour l’écouter, lui parler, voir où en sont ses papiers, quelles difficultés il ou elle rencontre. En général, on commence par offrir une tasse de thé ou de café.

Je me rends compte à quel point les gens dans la rue ont besoin de parler et d’être écouté. Sur place, les migrants trouvent tout ce qu’il faut pour manger matin et soir, se doucher, laver leur linge s’habiller, avancer dans leurs démarches, car, sur Lyon, il y a beaucoup d’associations de toutes confessions et autres. Mais, écouter et parler fait encore un peu peur car il faut à la fois être discret, encourager et montrer qu’on les aime tels qu’ils sont, sans jugement. Beaucoup de gratitude de leur part et aussi de la nôtre, due à une simplicité d’échange et d’écoute. Des liens avec eux se tissent au moins pour quelque temps et parfois on ne les revoit plus. Surprise aussi comme avec ce jeune Gambien qui, après deux ans de galère, a ouvert sa main dans laquelle il y avait une clé et dans un grand sourire m’a dit : « J’ai une chambre pour moi tout seul dans un centre, à 30 kms de Lyon, où les gens sont très gentils. Je suis heureux. Maintenant, je viens aider l’association et tous ceux qui m’ont soutenu pendant deux ans. Je vais pouvoir travailler et envoyer de l’argent à ma mère. »

Un point très positif, c’est que les migrants peuvent être visités par plusieurs associations différentes sans créer des rivalités entre nous. Nous sommes tous solidaires.

Nous rencontrons beaucoup de migrants, mais aussi des jeunes sansabris français qui vivent dans la rue sans espoir de trouver du travail et oublient un peu leur situation en se réfugiant dans l’alcool. Nous nous arrêtons aussi, sauf s’il y a trop de chiens. Je trouve cette mission pleine d’imprévus, d’échanges, de compassion, de simplicité, d’ouverture, d’une grande richesse humaine dans ce monde marginalisé qui dérange. Pour moi, aujourd’hui, cette mission est un vrai cadeau du Seigneur.

« Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40).  

Cet article fait partie du numéro 64 de la revue FOI

Sicile, terre d’accueil

n°64 mars-avril-mai 2020

Regard sur le monde  

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