Sr. Marie-Hélène Robert

Soeur de l’institut missionnaire Notre Dame des Apôtres Professeur de théologie, Université catholique de Lyon.

Pour un quatuor de la vocation missionnaire

Le baptême est une haute vocation. Il donne le mandat d’être missionnaire, il en donne aussi la force, la grâce et même il implique le devoir de témoigner de la vie nouvelle et renouvelante reçue au baptême. C’est ce que rappelle régulièrement le magistère, jusqu’à Evangelii Gaudium (2013) et Gaudete et exsultate (2018).

Cette vocation reçue de Dieu, le baptisé la vit personnellement et dans une communauté, qui elle-même est orientée vers l’humanité. C’est une constante dans les grands textes de l’Église que de mettre en relation d’inclusion Dieu, la personne, la communauté et l’univers (Cf. Gaudium et Spes). Perdre l’un des pôles risque de dénaturer le sens même de la mission. Elle ne vient pas de nous mais de Dieu, elle n’est pas le fait d’un individu isolé, elle ne se clôt pas sur un groupe, elle n’est pas une évasion dans un cosmos éthéré. Oublier consciemment ou non l’une des quatre voix du quatuor expose à une mission providentialiste, idéologique, sectaire ou évanescente !

Baptême et sainteté personnelle

« J’évoque le souvenir de la foi sans détours qui est en toi, foi qui, d’abord, résida dans le cœur de ta grand-mère Loïs et de ta mère Eunice » (2 Tm 1, 5/ TOB).

Le baptême est une plongée dans la sainteté de Dieu, une recréation, qui génère un souffle missionnaire. En faisant mémoire de notre baptême ou de la réactivation du don de Dieu, nous sommes en relation avec les personnes qui nous ont permis de nous rapprocher de Dieu. Bénir ces personnes de foi nous fait devenir à notre tour une bénédiction pour d’autres personnes auprès desquelles nous aurons témoigné de notre joie de croire. En d’autres termes, la relation de bénédiction entre personnes devient communion des saints, qui ne demande qu’à s’étendre aux dimensions de l’univers : personne n’est sauvé ou sanctifié seul (Gaudete et exsultate 6).

La sainteté de Dieu que nous réfléchissons est évangélisatrice, elle touche le cœur de nos contemporains. « Chaque saint est une mission ; il est un projet du Père pour refléter et incarner, à un moment déterminé de l’histoire, un aspect de l’Évangile » (Gaudete et exsultate 19). Elle est plus contagieuse que les germes de mal et de scandales.

Jésus nous demande d’aimer nos ennemis, de bénir ceux qui nous maudissent (Mt 5,44), de leur souhaiter du bien et non pas du mal (Rm 12,14). Nos ennemis sont au cœur de notre vocation, comme un appel à mettre toute notre confiance en Dieu, capable de transfigurer les relations. La grâce agissante du baptême dans le cœur des saints et de leurs ennemis est alors une force évangélisatrice du monde entier.

Le respect de la personne, et pas seulement des saints, est premier et avec lui le respect de sa conscience, de sa liberté, de sa vocation. La liberté des personnes est au principe et au terme de l’acte de foi personnel et de la vie communautaire.

Baptême et mission communautaire

« Moi j’appartiens à Paul. Moi à Apollos. Moi à Céphas. Moi à Christ. Le Christ est-il divisé ? Est-ce Paul qui a été crucifié pour vous ? Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ? » (1 Co 1,12-13/ TOB).

La famille, le monde du travail, la communauté religieuse, le groupe d’amis, la paroisse sont autant de réalités où les personnes tendent à vivre des relations qui construisent le groupe, mais en vue d’un bien qui dépasse le groupe s’il veut rester vivant et vivifiant.

L’Église prend régulièrement conscience de la nécessité de renouveler ses méthodes missionnaires sous l’aiguillon de l’Écriture, des contextes inédits, et de l’émulation suscitée par d’autres communautés ecclésiales, dans l’espace, le temps ou l’esprit de ces groupes.

Actuellement, les Protestants évangéliques et pentecôtistes provoquent les catholiques à vivre une mission plus explicite, et plus centrée sur l’expérience spirituelle de la conversion. Ces méthodes poussent à plus d’attention aux personnes en situation de vulnérabilité, dans le groupe ou hors du groupe, et elles développent une communication médiatique qui cherche à rejoindre le plus grand nombre.

L’écueil ici serait d’enfermer la personne dans le groupe, faisant croire que l’appartenance au groupe est la fin de la quête1 alors que l’enjeu est de lui permettre de vivre sa vocation unique, qui lui vient de Dieu, en étant partie prenante d’une communauté précise, qui elle-même renvoie à la Jérusalem céleste.

L’organisation communautaire de la mission permet au missionnaire de s’engager de manière responsable dans la mission. Responsable en deux aspects : sans se dédouaner à l’avance d’un manque de fécondité, et en rendant témoignage non à son propre zèle ou à celui de sa communauté mais à la grâce de Dieu !

La vocation missionnaire du baptisé s’exerce donc au croisement de quatre dimensions : la générosité de la grâce de Dieu, le respect des personnes créées à l’image de Dieu, l’engagement concret dans une communauté évangélisatrice, et une variété de contextes, qui exprime quelque chose de la richesse infinie du Créateur.

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