Pierre Lathuilière

prêtre catholique, Lyon, membre du Groupe des Dombes

27 mars 2024

Dialogue œcuménique

Prière, histoire et conversion, la méthode du Groupe des Dombes

Le Groupe des Dombes, fondé en 1937 à l’initiative de l’abbé Paul Couturier, réunit une quarantaine de membres, catholiques et protestants, de France, Belgique et Suisse. Ses documents, traduits en de nombreuses langues, constituent une référence dans le dialogue œcuménique. Dans un nouvel ouvrage, De toutes les nations…Pour la catholicité des Eglises, le Groupe des Dombes propose aux chrétiens de toutes confessions le fruit de sa réflexion sur un thème ecclésiologique fondamental, celui de la catholicité des Eglises. La question a une portée œcuménique : si une Église ose se prétendre catholique, qu’en est-il de la catholicité des autres Églises ? Pierre Lathuilière, prêtre catholique et membre du Groupe des Dombes, revient sur le travail d’écoute mutuel qui a présidé à ces années d’élaboration.

Ce texte est le plus long jamais publié par le Groupe des Dombes, celui aussi qui a pris le plus de temps, au point que certains nous demandaient parfois si nous existions encore ou si nous avions arrêté de publier. Ayant participé à l’élaboration de tous les textes qui ont suivi la publication de « Pour la conversion des Églises » (1991), je peux dire que le Groupe suit assez généralement une même procédure, que l’on ne peut vraiment comprendre que si l’on réalise que, pour l’immense majorité des échanges, nous nous retrouvons à quarante, vingt Catholiques / vingt Protestants.

Rencontre du Groupe des Dombes à Pradines en août 2023

Comme me l’a dit, après quelques jours, un nouvel arrivant : « Le plus extraordinaire, c’est de voir autant de théologiens en train de s’écouter ».
Et c’est vrai. Cela demande un état d’esprit qui est donné par l’enracinement dans la prière, celle du Groupe et celle de la Communauté monastique qui accueille le Groupe chaque été, à savoir, depuis 1998, l’abbaye bénédictine de Pradines près de Roanne. Cela demande aussi un minimum d’organisation : le Groupe se choisit deux co-présidents (depuis l’été 2023, Elisabeth Parmentier, co-présidente protestante, et Joseph Famerée, co-président catholique) qui veillent ensemble à la bonne marche du Groupe. Ils sont aidés dans leur travail par un(e) secrétaire, un trésorier et surtout, pour les échanges, par deux modérateurs – un Catholique, un Protestant – qui ont la lourde charge de veiller à la qualité des débats. Il s’agit bien sûr de donner la parole à qui la demande, de veiller au bon ordre et de penser à la dynamique du débat.

Le premier temps, très important, est bien évidemment celui du choix d’un thème. Ces heures décisives, auxquelles tou(te)s avaient déjà pensé au cours de l’année, se sont passées dans la semaine du 29 août au 2 septembre 2011. Nous avions voulu commencer, le mardi 30 août, par une journée de retraite prêchée par le pasteur Daniel Bourguet, ancien membre du Groupe. Le mercredi matin, les échanges sont introduits par un long exposé synthétique sur la méthode du Groupe des Dombes au regard de l’évolution de l’œcuménisme jusqu’à aujourd’hui. Une part de l’échange se concentre sur la distinction entre conversion et repentance, une autre part sur la vision post-confessionnelle dont semble témoigner la Communauté de Taizé, mais aussi l‘indifférence de beaucoup.

 L’après-midi sera consacrée à un tour de table sur la suite possible, suivi d’un bref échange sur un lien possible avec le 500ème anniversaire de la protestation de Luther, lien qu’il nous faudra abandonner, mais sous-tendra un dialogue continu entre les concepts de « réforme » et de « conversion ». Ce n’est que lors du débat du lendemain matin que le sujet de la catholicité va nettement émerger en tant que tel, au point qu’en fin de matinée un plan de travail était déjà exposé… Il se précisera dans l’après-midi avec la mise en place d’un programme d’interventions portant sur le travail antérieur du Groupe et sur l’histoire de l’Eglise pour l’année suivante, interventions assurées surtout par des membres du Groupe compétents.

Avec le deuxième temps commence vraiment un travail qui va occuper plusieurs sessions. C’est un temps exploratoire sur le thème choisi. Cette exploration consistera surtout, au départ, à croiser deux types de recherche :

1) les synthèses de nos perceptions actuelles de ce qu’est l’Eglise du côté catholique et du côté protestant ;

 2) des approfondissements historiques du côté des Pères de l’Eglise et des acteurs de la Réforme. En relisant mes notes personnelles, j’ai pu observer comment la perspective esquissée en 2011 se maintenait.

 A la session de 2013, le 29 août, deux membres font le point sur le travail et insèrent au cœur de leur synthèse cette question qui animera en fait toute la recherche : « Comment comprendre et vivre la catholicité pour que notre unité soit plus vraie, et plus crédible dans le monde d’aujourd’hui ? »

La confrontation de nos ecclésiologies fut sans doute – et assez logiquement – un des moments les plus rudes de ce parcours en particulier à la session d’août 2015. Dans ce contexte du Groupe des Dombes où nous éprouvons une certaine qualité de communion, retracer avec vigueur les arêtes de nos visions concrètes de l’Eglise nous est apparu comme une exigence de clarté nécessaire à notre conversion, c’est pourquoi nous en avons fait comme notre porte d’entrée du document (§ 19-88), suivie immédiatement d’une expérience de catholicité qui marche : le Canon des Ecritures (§ 89-95). Reprenant une stratégie intellectuelle chère aux Dombes, visant à déminer nos représentations, nous sommes entrés dans une exploration fine et large à la fois de l’usage du concept de « catholicité » confronté aux renouvellements et aux pesanteurs de l’Eglise au cours des siècles.

C’est ce qui a été rassemblé dans la partie suivante de l’ouvrage (§ 96-335). Mais un regard un peu plus fourni sur l’expérience maintenant séculaire du mouvement œcuménique nous a semblé nécessaire, et notre recherche s’est élargie considérablement selon les exigences mêmes de la catholicité (cf. § 336-415). Et, comme l’expérience œcuménique nous amène à constater que l’altérité de l’autre ne peut être effacée, notre document comporte alors une sorte de rocher témoin solitaire : un chapitre spécifique sur Israël, qui nous rappelle à notre « incomplétude » (§ 416-421). Pour nous aider à la méditation des Ecritures, nos exégètes des deux testaments livrent à l’ensemble du Groupe leurs travaux préparatoires toujours stimulants ce qui donne de riches débats. Même si le mot « catholicité » n’est pas biblique, relire l’Ecriture avec ce prisme permet de voir là un enjeu déterminant dans le dessein de Dieu tel qu’il nous est révélé dans l’aventure du peuple d’Israël comme dans le christianisme naissant.

C’est vers la fin de cette période que le Groupe commence déjà à réfléchir à des propositions de conversion. Notre pratique habituelle à ce moment-là consiste à prendre deux temps de travail : un temps mono-confessionnel où chaque groupe énonce à quelles conversions il lui semble que sa confession doit faire face ; un deuxième temps où chaque groupe rend compte à l’autre de ce qu’il a élaboré, ce qui très normalement mène à un échange riche en grand groupe. Mais là, des voix se sont fait entendre pour que l’on approfondisse nos perceptions de la catholicité avant que de nous préciser des propositions de conversion.

En effet, tout cela peut apparaître quelque peu foisonnant, et l’est, de fait. Alors le Groupe se lance, comme il l’a fait le 22 août 2016, dans un grand tour de table où chacun est invité à exprimer personnellement sa vision sur notre thématique. Une grande synthèse est proposée ensuite par l’un d’entre nous. Et à la session de 2017, le Groupe sera amené à réfléchir sur un texte qui va marquer une étape : « Pour une catholicité réformée », texte qui va contribuer à orienter nos propositions de conversion. Lors des relectures des textes déjà en voie de rédaction que nous avons alors commencées, toutes ces réflexions vont être présentes et cela contribue à une cohérence d’ensemble du document. Les nouveaux arrivants dans le Groupe apportent aussi une saine distance critique par rapport au travail déjà réalisé.

Tout cela concourt à ce que, malgré l’épreuve de la pandémie qui nous oblige à nous réunir dans une salle de la commune de Pradines, nous puissions arriver à une relecture commune, avant que ne débute l’autre épreuve de l’édition… Mais la véritable histoire commence maintenant : celle des effets de ce document sur ses lecteurs et lectrices.  
P. L.

Cet article fait partie du numéro 80 de la revue FOI

Dialoguer pour se comprendre

mars-avril-mai 2024

Formation Chretienne   Oecuménisme  

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